14:38, 18/09/2026, vendredi
Nigeria 2027: l’insécurité et la vie chère au cœur de la présidentielle
La course à la présidentielle nigériane de 2027 est officiellement entrée dans une phase décisive. La Commission électorale nationale indépendante, l’INEC, a publié la liste définitive des 18 candidats qui participeront au scrutin du 16 janvier prochain. Parmi eux figurent le président sortant Bola Tinubu, l’ancien vice-président Atiku Abubakar et Peter Obi, arrivé troisième lors de la présidentielle de 2023.
Plus qu’un choix entre plusieurs personnalités politiques, cette élection devrait constituer un véritable jugement sur le bilan de Bola Tinubu. Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2023, le chef de l’État a engagé des réformes économiques majeures, mais socialement coûteuses. À quatre mois du vote, la vie chère et l’insécurité apparaissent comme les deux principales préoccupations susceptibles d’orienter le choix des électeurs.
Le Nigeria enregistre désormais une croissance plus soutenue et une inflation moins élevée qu’au début du mandat. Pourtant, les ménages continuent de subir l’augmentation des prix de l’alimentation, des transports, de l’électricité et du logement. Dans le même temps, les enlèvements contre rançon, les attaques jihadistes et les violences armées alimentent un profond sentiment d’insécurité.
Une présidentielle à 18 candidats dominée par trois figures
La liste définitive publiée par l’INEC comprend 18 candidats, dont 16 hommes et deux femmes. Mais la campagne devrait principalement s’organiser autour de trois personnalités disposant d’une véritable implantation nationale.
Bola Tinubu représentera l’All Progressives Congress, l’APC. Le président sortant brigue un second et dernier mandat autorisé par la Constitution. Il cherchera à défendre ses réformes économiques, la reprise de la croissance et les investissements attirés par la libéralisation de l’économie.
Face à lui, Atiku Abubakar portera les couleurs de l’African Democratic Congress, l’ADC. Ancien vice-président entre 1999 et 2007, il se présente pour la septième fois à une élection présidentielle. Il tentera de capitaliser sur le mécontentement provoqué par la dégradation du pouvoir d’achat et sur son implantation dans le nord du pays.
Peter Obi, ancien gouverneur de l’État d’Anambra, sera candidat du Nigeria Democratic Congress, le NDC. Révélation de la présidentielle de 2023, il avait mobilisé une partie importante de la jeunesse, des classes urbaines et des électeurs réclamant une rupture avec les formations politiques traditionnelles.
La campagne s’ouvre cependant dans un contexte d’opposition fragmentée. Atiku Abubakar et Peter Obi avaient participé à une coalition destinée à présenter un candidat unique face à Bola Tinubu. Cette alliance a finalement éclaté, notamment en raison de rivalités internes et de désaccords sur le choix du candidat. Cette division pourrait de nouveau disperser les voix hostiles au pouvoir, comme en 2023.
Le président sortant bénéficie ainsi des avantages liés à sa fonction, de l’appareil électoral de l’APC et d’un réseau politique solidement implanté dans les États. Mais cette puissance organisationnelle devra affronter un mécontentement social bien réel.
Vie chère et enlèvements, le double défi de Bola Tinubu
Dès son arrivée au pouvoir, Bola Tinubu a supprimé les subventions sur le carburant, libéralisé le marché des changes et réduit progressivement certaines aides publiques. Ces mesures visaient à diminuer les dépenses de l’État, à corriger les déséquilibres budgétaires et à restaurer la confiance des investisseurs.
Les premiers résultats macroéconomiques commencent à apparaître. L’économie nigériane a progressé de 4,43 % au deuxième trimestre de 2026, contre 3,89 % au trimestre précédent. Cette croissance a été soutenue par l’augmentation de la production pétrolière et par l’activité des secteurs non pétroliers.
L’inflation générale a également légèrement reculé, passant de 15,43 % en juillet à 15,39 % en août 2026. L’inflation alimentaire a diminué de 20,31 % à 19,57 %.
Mais un ralentissement de l’inflation ne signifie pas que les prix baissent. Il indique seulement qu’ils augmentent moins rapidement. Pour des millions de Nigérians, le coût de la nourriture, des déplacements, du logement et de l’électricité demeure donc extrêmement lourd. Le principal défi du gouvernement sera de démontrer que la stabilisation des indicateurs économiques peut désormais se traduire par une amélioration concrète des conditions de vie.
À cette pression économique s’ajoute une situation sécuritaire particulièrement complexe. Dans le nord-est, Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest poursuivent leurs attaques après plus de quinze années d’insurrection. Dans le nord-ouest, des groupes armés qualifiés localement de "bandits" multiplient les raids contre les villages, les écoles et les axes routiers. Le centre-nord reste également confronté aux enlèvements ainsi qu’à des violences liées aux conflits fonciers et aux rivalités entre agriculteurs et éleveurs.
Selon une étude de SBM Intelligence, 7 825 personnes ont été enlevées entre juillet 2025 et juin 2026, soit une hausse de 66 % en un an. Au moins 1 142 personnes ont été tuées et près de 5,8 millions de dollars de rançons confirmées ont été versés. Le cabinet estime que les chiffres réels sont probablement plus élevés, de nombreux paiements n’étant jamais déclarés.
Bola Tinubu devra convaincre que les opérations militaires, le renforcement des services de renseignement et ses réformes économiques commencent à produire des résultats tangibles. Atiku Abubakar et Peter Obi chercheront, de leur côté, à démontrer que les améliorations macroéconomiques restent largement invisibles dans le quotidien de la population.
La présidentielle du 16 janvier se jouera donc autour de trois questions centrales : les Nigérians vivent-ils mieux qu’en 2023 ? Se sentent-ils davantage protégés par l’État ? Et les candidats peuvent-ils restaurer la confiance dans les institutions et dans le processus électoral ?
La réponse déterminera non seulement l’avenir politique de Bola Tinubu, mais aussi la trajectoire économique et sécuritaire du pays le plus peuplé d’Afrique.
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