La rédaction
18:05, 17/09/2026, jeudi

Pourquoi l’Algérie a rompu avec les Émirats arabes unis

La rupture diplomatique entre l’Algérie et les Émirats arabes unis dépasse les seuls dossiers israélien et sahraoui. Les deux pays s’opposent depuis plusieurs années sur plusieurs crises régionales majeures, notamment en Libye, au Sahel et au Soudan. Les accusations d’ingérence et les divergences stratégiques ont progressivement aggravé les tensions. Cet article revient également sur une page méconnue de leur histoire commune : le rôle joué par des experts algériens dans la structuration du secteur pétrolier émirati au début des années 1970.

La décision d'Alger de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis marque l'aboutissement d'un contentieux qui s'est progressivement aggravé au fil des années. Si la normalisation d'Abu Dhabi avec Israël et son soutien au Maroc sur le dossier du Sahara occidental sont souvent présentés comme les principales sources de désaccord, les tensions entre les deux pays sont en réalité beaucoup plus profondes.

Les divergences portent sur plusieurs dossiers stratégiques qui concernent directement l'environnement sécuritaire de l'Algérie. De la Libye au Sahel, en passant par le Soudan, les deux États ont adopté des positions souvent opposées sur les grandes crises régionales.

L'Algérie considère depuis longtemps que la stabilité de son voisinage constitue un enjeu essentiel de sécurité nationale. Cette approche l'a conduite à privilégier des solutions politiques dans plusieurs conflits régionaux.

Des visions opposées de la sécurité régionale

La Libye constitue l'un des principaux sujets de divergence entre Alger et Abu Dhabi.

Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi, l'Algérie défend une solution politique visant à préserver l'unité du pays. Les Émirats, de leur côté, ont soutenu le maréchal Khalifa Haftar et les forces qui lui sont associées dans l'Est libyen.

Pour les autorités algériennes, la fragmentation de la Libye représente un risque direct pour la sécurité de leurs frontières orientales.

Les désaccords se prolongent également au Sahel. Cette région est considérée par Alger comme une profondeur stratégique essentielle. Les autorités algériennes ont à plusieurs reprises exprimé leurs inquiétudes concernant certaines formes d'influence extérieure dans cette zone particulièrement sensible.

Les événements survenus au Niger à la fin du mois d'août ont illustré l'importance accordée par Alger à la stabilité régionale. À la demande des autorités nigériennes, l'Algérie a déployé plusieurs moyens aériens afin de soutenir les efforts de sécurisation du pays.

Le conflit soudanais constitue un autre point de friction majeur. Depuis le déclenchement de la guerre civile, les Émirats font l'objet d'accusations récurrentes concernant un soutien aux Forces de soutien rapide dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemetti. Abu Dhabi rejette ces accusations.

Pour Alger, la poursuite du conflit au Soudan risque d'alimenter l'instabilité dans une vaste zone allant du Darfour jusqu'au Sahel.

Le Sahara occidental, Israël et la question de l'influence régionale

Le Sahara occidental reste l'un des principaux sujets de désaccord entre les deux pays.

Les Émirats ont été le premier pays arabe à ouvrir un consulat à Laâyoune. Cette décision a été interprétée comme une reconnaissance de facto de la souveraineté marocaine sur ce territoire contesté.

L'Algérie défend pour sa part une position radicalement différente sur cette question.

La normalisation des relations entre les Émirats et Israël dans le cadre des Accords d'Abraham a également renforcé les divergences.

Aux yeux des responsables algériens, le rapprochement entre Abu Dhabi, Rabat et Tel-Aviv dépasse le simple cadre diplomatique. Cette coopération concerne également les domaines de la sécurité, des technologies, de la défense et du renseignement.

À ces désaccords s'ajoutent des accusations d'ingérence régulièrement formulées par les autorités algériennes à l'encontre de responsables émiratis. Le président Abdelmadjid Tebboune a lui-même dénoncé à plusieurs reprises des tentatives d'influence étrangère visant la stabilité du pays.

Mais l'histoire des relations entre les deux États ne se résume pas aux tensions actuelles.

Un aspect souvent méconnu concerne la contribution algérienne à la construction du secteur énergétique émirati. À la fin des années 1960, le cheikh Zayed sollicite l'expertise algérienne afin d'accompagner le développement des institutions pétrolières du futur État émirati.

Une équipe conduite par le docteur Mahmoud Hamra Krouha, ancien cadre de Sonatrach et économiste formé à la Sorbonne, est alors envoyée sur place. Sa mission consiste à participer à la structuration de l'industrie des hydrocarbures et des institutions énergétiques.

Quelques années plus tard, la compagnie pétrolière nationale ADNOC devient l'un des principaux instruments de développement économique des Émirats arabes unis. Mahmoud Hamra Krouha figurera parmi ses principaux dirigeants.

Cette coopération historique contraste fortement avec la crise diplomatique actuelle. Elle rappelle qu'avant les tensions géopolitiques contemporaines, les deux pays avaient développé des relations de coopération étroites dans des secteurs stratégiques.

La rupture décidée par Alger apparaît ainsi comme le résultat d'une accumulation de désaccords politiques, sécuritaires et géopolitiques qui se sont progressivement cristallisés au fil des années.

A lire également:

Rupture avec Abu Dhabi : Alger retire l'agrément de Sky News Arabiya
International
Rupture avec Abu Dhabi : Alger retire l'agrément de Sky News Arabiya
Les États-Unis se retirent-ils du Moyen-Orient ?
Les États-Unis se retirent-ils du Moyen-Orient ?
Téhéran accuse Doha d'entraver l'enquête sur ses pilotes
International
Téhéran accuse Doha d'entraver l'enquête sur ses pilotes
Fin de page
Le patrimoine de la Turquie. Groupe de médias international.

Bienvenue sur la source d'information qui façonne l’actualité en Turquie ! Avec son approche journalistique impartiale, dynamique et approfondie, Nouvelle Aube – Yeni Şafak offre à ses lecteurs bien plus que de simples actualités. Des sphères politiques et économiques à l’univers de la culture, de l’art et du sport, accédez instantanément à tout ce qui se passe en Turquie et dans le monde. Grâce à ses plateformes numériques, restez informé à tout moment, où que vous soyez. Suivez l’actualité avec Nouvelle Aube – Yeni Şafak !

Suivez nous sur les réseaux sociaux
Télécharger les applications mobiles

Emportez l’actualité partout avec vous ! Grâce aux applications mobiles de Nouvelle Aube – Yeni Şafak, accédez instantanément aux dernières nouvelles. De la politique à l’économie, du sport à la culture et aux arts, une vaste sélection de contenus est à portée de main ! Téléchargez l’application facilement sur vos appareils iOS, Android ou Huawei, et restez informé en temps réel, où que vous soyez. Téléchargez dès maintenant et ne manquez rien de ce qui se passe dans le monde !

Catégories
Albayrak Medya

Maltepe Mah. Fetih Cad. No:6 34010 Zeytinburnu/İstanbul, Türkiyeiletisim@yenisafak.com+90 212 467 6515

AVERTISSEMENT LEGAL

Le nom et le logo de BIST sont protégés par un « Certificat de Marque Déposée » et ne peuvent être utilisés, reproduits ou modifiés sans autorisation. Tous les droits d’auteur relatifs aux informations publiées sous le nom de BIST appartiennent entièrement à BIST et leur reproduction est interdite. Les données de marché sont fournies par iDealdata Technologies Financières S.A. Les données boursières de BIST sont affichées avec un délai de quinze minutes.

© Net Medya, tous droits réservés. 2026