17:12, 17/09/2026, jeudi
Mali: BoloKan, l'application qui digitalise la langue des signes
Cinq jeunes Maliens ont développé BoloKan, une application qui digitalise la langue des signes. Présenté à Bamako lors d'une compétition de jeunes talents, le prototype veut faciliter la traduction et l'apprentissage des signes. Moussa Keita, seul interprète actif du pays, soutient le projet. Les concepteurs, dont Mohamed Koné et Maïmouna Sangaré, misent sur l'intelligence artificielle mais recherchent encore financements et compétences techniques pour aboutir.
Cinq jeunes Maliens ont présenté à Bamako un projet inédit. Leur application s'appelle
BoloKan
. Elle veut faciliter la communication avec les personnes sourdes et malentendantes.Le nom "BoloKan" signifie "langage des mains" en bambara, une langue locale du Mali. Ainsi, ce choix ancre directement le projet dans la culture malienne. Le prototype a été dévoilé lors d'une compétition de détection de jeunes talents à Bamako.
BoloKan, une application pour traduire la langue des signes
BoloKan en est encore au stade de prototype. Cependant, l'outil séduit déjà les professionnels du secteur. Moussa Keita, président de l'Association malienne des interprètes en langue des signes, suit le projet de près.
Il enseigne aussi à l'École pour déficients auditifs de Bamako. Sa fonction lui donne une vue directe sur les besoins du terrain. Par ailleurs, il espère que les jeunes concepteurs trouveront rapidement des financements pour aller plus loin.
Un manque criant d'interprètes au Mali
"Mon souhait c'est que ce projet se matérialise et que les jeunes concepteurs trouvent les financements pour nous aider"
, explique Moussa Keita. Il précise une réalité alarmante: il reste aujourd'hui le seul interprète du langage des signes réellement actif au Mali.Un second interprète existe bien dans le pays. Toutefois, il n'est plus opérationnel en raison de son âge. C'est pourquoi Moussa Keita estime que BoloKan pourrait lui apporter un vrai répit dans son travail quotidien.
Cinq jeunes concepteurs à l'origine du projet
L'équipe de BoloKan compte cinq membres. Mohamed Koné occupe le poste de designer du projet. Maïmouna Sangaré en est la cheffe de projet.
Ensemble, ils ont voulu répondre à un problème concret. Les personnes sourdes et malentendantes manquent d'outils numériques adaptés au Mali. De plus, les interprètes qualifiés restent extrêmement rares dans le pays.
Des modules pour apprendre la langue des signes
BoloKan ne se limite pas à la traduction. L'application doit aussi permettre d'apprendre la
langue des signes
pas à pas. Les concepteurs ont d'ailleurs bâti ces modules de formation avec Moussa Keita.Mohamed Koné explique le constat qui a guidé ce choix. Selon lui, la plupart des enfants sourds abandonnent l'école après le primaire.
"On a donc pensé à incruster des cours qui peuvent leur permettre d'aller plus loin"
, détaille-t-il.Cette ambition dépasse donc la simple traduction. Elle vise à ouvrir un accès durable à l'éducation. Ainsi, un enfant sourd pourrait poursuivre sa scolarité au-delà du primaire.
L'intelligence artificielle au cœur du développement
Le projet repose sur l'intelligence artificielle. Maïmouna Sangaré le confirme sans détour. Cette technologie doit rendre la traduction plus rapide et plus fiable.
Cependant, l'équipe manque encore de compétences techniques pour finaliser l'outil à 100 %.
"Nous avons besoin de plus de formation et de compétence à ce niveau pour développer le projet au mieux, pour rendre la traduction efficace et rapide"
, indique-t-elle. Elle insiste aussi sur le besoin de ressources matérielles et financières.Ce constat n'a rien d'isolé. En effet, de nombreux projets technologiques portés par la jeunesse africaine butent sur le même obstacle. L'accès au financement et à la formation spécialisée reste un frein majeur pour ces jeunes innovateurs.
Un outil au service de l'inclusion
Selon Maïmouna Sangaré, BoloKan porte un véritable potentiel. L'application peut fluidifier la communication entre entendants et personnes sourdes. Elle peut aussi favoriser l'inclusion d'une communauté souvent marginalisée.
De plus, l'outil digitalise des compétences essentielles. Il pallierait ainsi le manque criant d'interprètes qualifiés sur le terrain. Ce constat rejoint directement celui de Moussa Keita, seul interprète en exercice dans le pays.
Le Mali illustre donc un défi partagé par de nombreux pays africains. Le handicap auditif y reste peu pris en charge, faute de moyens humains et techniques. Une application comme BoloKan pourrait changer cette donne, à condition de trouver les soutiens nécessaires.
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