13:09, 13/09/2026, dimanche
Dépigmentation en Afrique : dangers des produits éclaircissants
Crèmes éclaircissantes, mercure, hydroquinone : quels sont les dangers de la dépigmentation en Afrique et quelles pressions sociales expliquent ce phénomène ?
Crèmes éclaircissantes, mercure, hydroquinone: quels sont les dangers de la dépigmentation en Afrique et quelles pressions sociales expliquent ce phénomène ?
Elle voulait simplement avoir la peau plus claire.
Elle a commencé avec une crème. Puis une lotion. Puis un savon. Et finalement, elle ne reconnaissait plus sa propre peau.
En Afrique, la dépigmentation est devenue un véritable phénomène de société. Caro White, Movate, Fair & White, Makari, Mitchell Brand, Diana, Shirley’s… Ces marques et de nombreux autres produits éclaircissants se retrouvent dans différents marchés africains et circuits de distribution.
Derrière leurs emballages colorés et leurs promesses de "teint uniforme" se cache pourtant une question beaucoup plus inquiétante: que met-on réellement sur notre peau ?
"Quand j’ai voulu arrêter, ma peau avait changé"
"Au début, je voulais seulement éclaircir quelques taches. Ensuite, j’ai commencé à utiliser la crème sur tout le corps. Quand j’ai voulu arrêter, ma peau avait changé."
C’est le témoignage d’une utilisatrice que nous appellerons Jennifer.
Et son histoire n’est pas isolée.
Certains produits destinés à la dépigmentation peuvent contenir des substances préoccupantes, notamment de l’hydroquinone, du mercure ou de puissants corticostéroïdes.
L’Organisation mondiale de la Santé alerte notamment sur les risques liés aux produits contenant du mercure. Certains peuvent provoquer des problèmes cutanés et, en cas d’exposition importante ou prolongée, être associés à des troubles neurologiques, digestifs ou rénaux.
Le problème devient encore plus préoccupant lorsque ces produits sont vendus dans des circuits informels, sans composition clairement indiquée ou avec des ingrédients qui ne sont pas déclarés.
Une crème peut promettre une peau "éclatante".
Mais ce qui se trouve réellement dans le pot peut être tout autre chose.
"J’avais peur de redevenir noire"
"J’avais des taches, des boutons et ma peau était devenue extrêmement fragile. Je continuais pourtant parce que j’avais peur de redevenir noire."
Cette fois, c’est Fatou, un prénom d’emprunt.
Cette phrase résume peut-être l’un des aspects les plus préoccupants de la dépigmentation: la peur de retrouver sa propre couleur de peau.
Car le problème n’est plus seulement dermatologique.
Il est aussi psychologique, culturel, économique et profondément social.
Pendant que certaines femmes dépensent chaque mois une partie de leur argent pour éclaircir leur peau, une industrie entière peut prospérer sur une idée dangereuse: celle selon laquelle leur couleur naturelle ne serait pas suffisamment belle.
Une pression qui commence parfois très tôt
Cette pression peut apparaître dans les publicités, sur les réseaux sociaux, dans certaines familles, dans les commentaires ou encore à travers certains critères de beauté.
Le message est parfois subtil, mais il peut être puissant:
plus tu es claire, plus tu es désirable.
Certaines femmes changent alors de crème lorsque la première ne produit plus suffisamment d’effet. Elles augmentent les doses, mélangent plusieurs produits et, parfois, utilisent des substances dont elles ignorent complètement la composition.
L’OMS estime d’ailleurs que des produits éclaircissants contenant du mercure continuent de circuler dans plusieurs régions du monde, notamment en Afrique.
Mais soyons clairs: le problème n’est pas la femme qui cherche à être belle.
Le problème, c’est lorsqu’un complexe peut être transformé en marché.
C’est lorsqu’une publicité transforme une couleur de peau en défaut.
C’est lorsque l’absence de contrôle permet à certains produits potentiellement dangereux de continuer à circuler.
Pourquoi avoir honte de sa couleur de peau ?
Il existe alors une question que l’on pose peut-être trop rarement:
Pourquoi une femme noire devrait-elle dépenser son argent, transformer son corps et parfois risquer sa santé simplement parce qu’on lui a appris à avoir honte de la couleur avec laquelle elle est née ?
Le problème n’est donc pas seulement celui des femmes qui utilisent ces produits.
Il est aussi celui d’un système qui peut transformer leurs complexes en opportunités commerciales.
Un système qui vend une promesse :
"Change ta peau pour devenir plus belle."
Mais à quel prix ?
Au prix de l’argent.
Au prix de l’estime de soi.
Et parfois, au prix de la santé.
La question ne devrait donc pas seulement être :
"Pourquoi ces femmes veulent-elles devenir plus claires ?"
Mais aussi :
"Qui leur a appris qu’elles n’étaient pas assez belles avec leur peau noire ?"
Car lorsqu’une société parvient à convaincre une personne qu’une partie naturelle de son identité doit être modifiée ou effacée pour être valorisée, ce n’est plus seulement une question de beauté.
C’est une question de société.
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