16:02, 17/09/2026, jeudi
Sénégal: entre le FMI et Sonko, Diomaye face à un double bras de fer
Au Sénégal, la recomposition politique engagée depuis la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se double désormais d'une équation économique particulièrement complexe. Le chef de l'État doit simultanément restaurer la crédibilité financière du pays auprès de ses partenaires internationaux et gouverner face à une Assemblée nationale où son ancien allié dispose d'un poids politique considérable.
Cette double contrainte est apparue au grand jour le 8 septembre 2026, lorsque le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a prononcé sa Déclaration de politique générale devant les députés.
Nommé le 25 mai, après le départ d'Ousmane Sonko de la Primature, le chef du gouvernement a réaffirmé le maintien du cap fixé par le référentiel "Sénégal 2050", tout en plaçant le redressement des finances publiques au premier rang de ses priorités.
La situation budgétaire constitue en effet l'un des principaux défis du nouvel exécutif. Selon les chiffres présentés par le gouvernement et le FMI, la dette du secteur public consolidé atteignait environ 132,4 % du PIB fin 2024.
Le FMI l'estime encore à environ 130,2 % du PIB en 2025. Le Premier ministre a par ailleurs évalué à 1 956 milliards de francs CFA, à fin mars 2025, les arriérés de paiements à traiter, concernant notamment des milliers d'entreprises.
Le FMI au cœur du redressement des finances publiques
Après plusieurs mois de discussions, les autorités sénégalaises et les services du Fonds monétaire international sont parvenus, le 1er septembre, à un accord au niveau des services pour un nouveau programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit. Son montant est d'environ 2,2 milliards de dollars, soit 1 537,1 millions de droits de tirage spéciaux.
Cet accord ne signifie toutefois pas que Dakar dispose déjà de ces fonds. Le FMI précise qu'il reste soumis à l'approbation de sa direction et de son Conseil d'administration. Le Fonds demande également la poursuite de mesures correctives liées aux problèmes de déclaration des données financières qui avaient conduit à la suspension du précédent programme.
La séquence s'est poursuivie à Washington. Bassirou Diomaye Faye a rencontré la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, le 15 septembre. Les deux responsables ont affiché leur volonté d'accélérer la finalisation du nouveau programme et de rétablir la soutenabilité des finances publiques sénégalaises.
La question du traitement de la dette reste néanmoins sensible. Dans sa Déclaration de politique générale, Ahmadou Al Aminou Lô a expliqué que l'objectif était notamment d'allonger les maturités et de réduire le coût moyen de la dette afin d'en rendre le service compatible avec les capacités financières du pays.
La terminologie employée par Dakar privilégie jusqu'ici l'expression "Plan de Traitement de la Dette du Sénégal". Mais le dossier évolue. Selon Reuters, les autorités envisagent désormais de recourir à une version renforcée du Cadre commun du G20 pour le traitement de certaines créances, tout en excluant notamment la dette libellée en francs CFA. Le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a également évoqué la possibilité d'accélérer le processus.
Pour l'exécutif, l'enjeu est considérable : dégager des marges budgétaires sans provoquer un choc social supplémentaire, alors que le pouvoir d'achat, l'emploi et la situation des entreprises restent au centre des préoccupations économiques.
Face à Sonko, un rapport de force institutionnel
Mais l'économie n'est qu'une partie de l'équation. Depuis mai 2026, Bassirou Diomaye Faye doit également composer avec une nouvelle configuration institutionnelle.
Le 22 mai, le président a mis fin aux fonctions d'Ousmane Sonko comme Premier ministre. Quatre jours plus tard, celui-ci a été élu président de l'Assemblée nationale avec 132 voix sur 133 suffrages exprimés
Cette situation est d'autant plus importante que le Pastef avait remporté 130 des 165 sièges lors des élections législatives anticipées du 17 novembre 2024. Le président Faye a depuis constitué sa propre formation politique, KIIRAAY - Les Patriotes Républicains, officiellement lancée en juillet 2026, mais il ne dispose pas d'une majorité parlementaire issue des dernières élections sous cette nouvelle bannière.
La Constitution sénégalaise donne pourtant à l'Assemblée un instrument puissant : la motion de censure. Elle doit être adoptée à la majorité absolue des membres composant l'Assemblée nationale. Si elle est votée, le Premier ministre doit remettre immédiatement la démission du gouvernement au président de la République.
Face à cette prérogative du Parlement, le président dispose lui aussi d'une arme constitutionnelle : la dissolution de l'Assemblée nationale. L'article 87 de la Constitution l'autorise à la prononcer après consultation du Premier ministre et du président de l'Assemblée, mais interdit toute dissolution pendant les deux premières années d'une législature.
La XVe législature ayant été installée le 2 décembre 2024, cette restriction temporelle arrive à son terme au début du mois de décembre 2026. Une éventuelle dissolution resterait toutefois une décision présidentielle et ne constitue pas une conséquence automatique du conflit politique. En cas de dissolution, la Constitution prévoit l'organisation d'élections législatives entre 60 et 90 jours après la publication du décret.
Le Sénégal se retrouve ainsi confronté à deux calendriers qui se superposent. Sur le plan économique, l'exécutif doit obtenir la validation définitive du programme avec le FMI, traiter une dette très élevée et trouver les ressources nécessaires pour apurer les arriérés dus au secteur privé. Sur le plan institutionnel, il doit faire adopter ses textes et ses budgets dans une Assemblée présidée par Ousmane Sonko et issue d'une victoire électorale massive du Pastef.
La question centrale des prochains mois sera donc celle de la capacité des différentes institutions à fonctionner malgré la rupture politique entre les deux anciens alliés. La Constitution offre à chacun des camps des instruments institutionnels importants, mais leur utilisation dépendra des décisions des acteurs et de l'évolution du rapport de force parlementaire.
À court terme, le FMI et l'Assemblée nationale constituent ainsi les deux principaux tests auxquels est confronté l'exécutif de Bassirou Diomaye Faye: l'un déterminera largement les marges de manœuvre financières du Sénégal, l'autre sa capacité à traduire son programme en décisions législatives.
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