Cette formule est souvent reprise dans la presse. Est-elle réellement fondée ? Examinons la situation.
À première vue, cette affirmation semble avoir des fondements. Les États-Unis annoncent clairement leur intention de retirer leurs soldats de Syrie et d’Irak et de fermer leurs bases. Mais il faut également se demander si ce retrait s’inscrit dans le cadre d’un plan alternatif.
La question est donc la suivante: les États-Unis renoncent-ils totalement à leur rôle de
"gendarme du monde"
? Ou cherchent-ils à restructurer cette fonction sous une autre forme ? La réponse à cette question permettra de mieux analyser les évolutions susceptibles de se produire.Trump et la promesse d’un nouveau repli américain
À son arrivée au pouvoir, Donald Trump formulait des promesses qui pouvaient être interprétées comme une nouvelle version de la doctrine Monroe pour les États-Unis. Il laissait entendre que Washington ne souhaitait plus assumer le rôle de
"gendarme du monde"
, qu’il voulait se replier sur lui-même et se concentrer sur ses propres problèmes.La population américaine, lassée de voir les ressources du pays affluer constamment vers l’étranger et confrontée à une grave crise, a soutenu ces promesses. Trump s’est ainsi installé à la Maison-Blanche avec un soutien populaire considérable.
L’une de ses premières décisions a été de remettre en question plusieurs structures internationales imposant de lourdes charges financières aux États-Unis. Il s’est retiré de certaines d’entre elles à travers des décisions fermes. Mais il n’était pas aussi facile de rompre avec toutes les organisations, l’OTAN étant l’une des principales.
Trump a régulièrement dénoncé le déséquilibre dans le partage des ressources au sein de l’OTAN. S’appuyant sur la puissance militaire américaine, il a adopté un langage humiliant et menaçant envers l’Europe, qu’il accusait de ne pas respecter ses obligations.
Dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine, il a également adopté une attitude distante et considérablement réduit son soutien. En quelque sorte, Trump disait aux pays de l’OTAN:
"Faites ce que vous voulez."
Jusque-là, on peut considérer que Trump suivait une ligne cohérente avec ses promesses liées au mouvement MAGA.
Du repli à l’expansion territoriale
Mais tout ne s’arrête pas là. Trump, qui affirmait vouloir retirer les États-Unis des guerres qu’il jugeait inutiles et permettre au pays de résoudre ses propres problèmes en se repliant sur lui-même, a commencé à évoquer, avec des menaces sévères, la possibilité d’envahir le Canada et le Groenland.
La relation entre les États-Unis et l’Europe commençait alors à se détériorer, tandis que même le noyau anglo-saxon semblait se fissurer.
Ces ambitions expansionnistes constituaient les premiers signes d’une rupture de Trump avec les politiques du mouvement MAGA. Mais elles ont, d’une certaine manière, été négligées.
Ses soutiens affirmaient que Trump n’avait pas renoncé à l’objectif de reconstruire les États-Unis de l’intérieur, mais qu’il entendait le faire non pas en réduisant le pays, mais en l’agrandissant.
Autrement dit, son objectif aurait été de procéder à un retrait tout en contrôlant de manière durable les passages stratégiques et les ressources.
Le Moyen-Orient bouleverse la stratégie de Trump
Après le 7 octobre, le Moyen-Orient, bouleversé par Israël, a provoqué un véritable changement de trajectoire pour Trump.
Alors qu’il insistait sur l’inutilité des guerres d’un point de vue économique plutôt que moral, Trump a opéré ici un changement complet d’axe.
Il pensait notamment qu’Israël serait satisfait et finirait par s’apaiser grâce aux accords d’Abraham. Mais ces accords n’ont pas progressé. L’Égypte et l’Arabie saoudite ont notamment été accusées de faire obstacle au processus. Les accords avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc ne suffisaient pas à faire avancer le processus, qui s’est retrouvé bloqué.
Dans le même temps, Israël devenait de plus en plus agressif et semblait échapper à tout contrôle. Trump a cédé aux pressions israéliennes et, prenant un risque considérable, a engagé une guerre contre l’Iran.
Le résultat a été, selon cette analyse, un véritable fiasco.
Examinons la situation actuelle des États-Unis au Moyen-Orient. L’Iran est devenu plus dynamique et plus puissant qu’auparavant. Les bases américaines protégeant le régime du pétrodollar, considéré comme une artère vitale de l’hégémonie américaine dans le Golfe, ont été gravement endommagées.
La capacité militaire américaine a diminué de plus de moitié. Deux détroits stratégiques, Ormuz et Bab al-Mandab, ont été fermés et sont passés sous le contrôle de l’Iran.
En résumé, les États-Unis ont, selon l’auteur, profondément compromis leur position. Plus important encore, ils ont perdu leur prestige. Tout peut être réparé, mais pas cela.
La Türkiye et le Pakistan au cœur du nouveau dispositif
Dans ces conditions, la seule issue pour Trump serait de se retirer progressivement en faisant intervenir ses alliés régionaux et sous leur escorte.
C’est précisément ce qu’il serait actuellement en train de préparer. L’Accord de La Mecque s’inscrirait dans cette logique.
À ce stade, les États-Unis auraient davantage besoin que jamais de la Türkiye et du Pakistan.
Certains analystes estiment que l’Accord de La Mecque pourrait permettre aux États-Unis de reconstituer leurs forces. Selon eux, Washington envisagerait de s’associer à la Türkiye et au Pakistan, voire de les placer directement en première ligne, pour attaquer l’Iran sur deux fronts.
Cette hypothèse ne peut être totalement écartée. Mais le Pakistan, qui possède la deuxième plus importante population chiite au monde malgré une majorité sunnite, prendrait-il le risque d’une guerre civile en se lançant dans une telle aventure ?
Par ailleurs, le Pakistan cherche à maintenir un équilibre délicat entre les États-Unis et la Chine. Pourrait-il écarter la Chine, qui soutient l’Iran depuis le début, et se retourner contre l’Iran alors que son adversaire historique est l’Inde ? Cela semble très difficile.
Les intérêts de la Türkiye
Venons-en à la Türkiye. L’absence de conflit avec l’Iran constitue l’un des principaux axes de sa politique étrangère. La Türkiye pourrait-elle briser cet axe et entrer en guerre contre l’Iran sans savoir quelles en seraient les conséquences, simplement parce que les États-Unis le lui demanderaient ?
Cela ne semble ni logique ni raisonnable.
L’Accord de La Mecque traduit la réunion de trois États aux motivations différentes. Sous cette forme, il peut également être considéré comme très fragile.
Les calculs de la Türkiye commencent toutefois à apparaître clairement: Ankara chercherait, en agissant avec le Pakistan, à écarter la nouvelle
"Route des épices"
envisagée entre l’Inde, l’Arabie saoudite, Israël et la Grèce, et à restructurer les exportations de pétrole du Golfe autour d’un nouvel axe auquel la Türkiye participerait ou qu’elle pourrait contrôler.Cette perspective inquiète surtout l’Inde ainsi que l’axe Israël-Grèce. Ce sont d’ailleurs ceux qui font le plus de bruit à ce sujet.
La fin progressive de l’hégémonie américaine
L’ordre mondial inégal fondé sur l’hégémonie américaine est en train de s’effondrer sous nos yeux.
Les actions de Trump ne seraient qu’une manifestation de cette difficulté à maintenir la position américaine. Les États-Unis se détachent progressivement du monde. Ce serait une issue inévitable.
Mais il ne faut pas confondre cette évolution avec le départ d’un fonctionnaire ayant simplement terminé sa mission.
Le retrait prendra du temps et pourrait provoquer de nouvelles crises et de nouveaux conflits. Les rapports de force et les rivalités entre puissances locales détermineront progressivement la manière dont les espaces laissés vacants seront comblés.
Il s’agit naturellement de processus très fragiles, délicats et imprévisibles. Ils ne toléreront aucune erreur.
Le retour des anciennes routes stratégiques
L’un des éléments les plus déterminants de ces processus sera la réapparition des anciennes routes et lignes de force.
C’est un peu comme lorsqu’un lac se retire et révèle les vestiges d’une cité ancienne : de la même manière, la reconstruction d’un nouvel ordre devra, d’un côté, rester cohérente avec les anciennes lignes de cette région et, de l’autre, éviter de reproduire les erreurs qui avaient autrefois conduit à sa destruction.
Il faut donc rester particulièrement vigilant.


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