11:38, 17/09/2026, jeudi
États-Unis: une avocate arrêtée pour avoir dénoncé les "Israel Bonds"
À Palm Beach, en Floride, une audience budgétaire a dégénéré mardi. La juriste palestino-américaine Noura Erakat a été arrêtée après avoir dénoncé le milliard de dollars investi par le comté dans les "Israel Bonds". Plus de vingt policiers ont évacué une centaine de résidents. Un commissaire a insulté un vétéran dénonçant le génocide à Gaza. CAIR et l'Internationalist Law Center condamnent une répression de la liberté d'expression.
Une audience budgétaire du comté de Palm Beach, en Floride, a viré à l'affrontement mardi. Une centaine d'habitants s'étaient rassemblés pour dénoncer un investissement d'un milliard de dollars dans les obligations d'État israéliennes. La séance s'est achevée par une arrestation, une évacuation policière et une vive polémique.
Palm Beach: une audience budgétaire qui vire à l'affrontement
L'audience portait officiellement sur le budget du comté. Cependant, une question a dominé les débats : le désinvestissement des "Israel Bonds".
Une centaine de résidents se sont présentés pour prendre la parole. Plusieurs figures publiques les accompagnaient. Charles Blaha, ancien haut responsable du département d'État américain, a fait le déplacement. L'ex-candidat au Congrès Oliver Larkin et la juriste Noura Erakat étaient également présentes.
Les commissaires du comté ont pourtant limité chaque intervention à une minute. Ils ont ensuite refusé d'ouvrir tout débat sur le dossier israélien. La tension est montée rapidement dans la salle.
Une suspension de séance a alors été décidée. Sa durée reste contestée selon les médias locaux: cinq à dix minutes pour le New Times, plus de trente minutes selon le Palm Beach Post. Les shérifs adjoints ont ensuite évacué la chambre.
Qui est Noura Erakat, l'avocate arrêtée à Palm Beach ?
Noura Erakat enseigne les études africana à l'université Rutgers. Elle siège aussi au comité éditorial du Journal for Palestine Studies. C'est l'une des juristes les plus citées sur le droit international et les droits humains aux États-Unis.
Née en Californie de parents immigrés palestiniens, elle est diplômée de la faculté de droit de Berkeley. Elle est notamment l'autrice de l'ouvrage
"Justice for Some"
, référence sur le droit et la question palestinienne. Par ailleurs, elle s'est déjà exprimée directement devant les Nations unies sur ce sujet.Selon Al Jazeera et le Miami New Times, les adjoints du shérif l'ont menottée dans un ascenseur du centre administratif du comté. Elle a passé la nuit en détention. Elle a finalement été libérée sous caution mercredi matin, après avoir été inculpée pour intrusion.
"Toute cette scène était absurde. Elle montre à quel point protéger Israël exige de saboter les normes démocratiques"
, a-t-elle déclaré sur Instagram après sa libération.Un milliard de dollars d'obligations israéliennes en question
L'investissement du comté de Palm Beach dans les "Israel Bonds" a atteint un milliard de dollars en janvier. Ce programme a été créé par le gouvernement israélien après l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023.
Cette progression s'explique en grande partie par un achat massif. Le clerc du comté, Mike Caruso, aujourd'hui suspendu, a acquis pour 350,5 millions de dollars d'obligations ce mois-là. Palm Beach County devient ainsi l'un des plus gros investisseurs publics américains dans ces titres.
L'Internationalist Law Center poursuit d'ailleurs le comté en justice. L'organisation estime que ces placements violent la Constitution et les lois de Floride sur l'investissement des fonds publics. Un mouvement citoyen baptisé
"Our Taxes, Our Needs"
réclame par ailleurs un désinvestissement immédiat.Pour ses détracteurs, l'argument est simple. Financer ces obligations revient, selon eux, à faire des contribuables floridiens des complices indirects de la guerre menée à Gaza.
Une répression policière et un vétéran humilié
L'arrestation de Noura Erakat ne représente qu'un aspect de la soirée. Plus d'une vingtaine de policiers ont forcé l'évacuation de la centaine de résidents présents dans le bâtiment.
Les manifestants brandissaient des pancartes explicites. On pouvait y lire
"Fund Transit, Not Genocide"
ou "Fund Housing, Not Genocide".
Selon les organisateurs, lorsque le groupe a tenté de se regrouper à l'extérieur, la police a menacé de recourir à la force.L'épisode le plus commenté concerne toutefois un vétéran de l'US Air Force. Il dénonçait le génocide en cours à Gaza durant son intervention. Un commissaire du comté lui a alors répondu qu'il faisait
"honte à son uniforme".
Cette phrase a immédiatement suscité l'indignation. En effet, elle visait un ancien militaire exerçant son droit constitutionnel à la parole publique.
Une mobilisation qui dépasse la seule Floride
Plusieurs organisations ont condamné l'arrestation dès mercredi. Le Council on American-Islamic Relations (CAIR) et sa branche floridienne dénoncent une répression injuste de la liberté d'expression.
"Noura Erakat a été arrêtée injustement pour avoir dénoncé une politique horrible"
, a déclaré Wilfredo Amr Ruiz, directeur de la communication de CAIR-Floride. Il réclame le retrait immédiat des poursuites contre l'avocate.L'organisation va plus loin sur le fond. Elle appelle les élus du comté à cesser d'utiliser l'argent public pour, selon ses mots,
"financer la mort"
et "cautionner des crimes de guerre".
Cet épisode s'inscrit dans une tendance plus large. Depuis plusieurs mois, les mobilisations propalestiniennes se heurtent à une répression croissante aux États-Unis, des campus universitaires jusqu'aux réunions publiques locales.
Ce qu'il faut retenir de l'affaire Erakat
Une audience budgétaire de routine s'est transformée en symbole. Elle illustre la difficulté, aux États-Unis, de simplement questionner publiquement le soutien financier à Israël.
Noura Erakat reste convoquée devant la justice. Le comté de Palm Beach, lui, n'a pas annoncé de changement sur sa politique d'investissement.
La question posée par les manifestants demeure entière. Les collectivités locales américaines doivent-elles continuer d'investir des fonds publics dans des obligations étrangères, malgré une opposition citoyenne croissante ?
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