12:23, 25/08/2026, mardi
Colombie-Israël: Petro accuse le nouveau pouvoir d'"applaudir le génocide"
Gustavo Petro dénonce le rétablissement des relations diplomatiques entre la Colombie et Israël, décidé par le nouveau président Abelardo de la Espriella. Selon lui, ce geste "applaudit le génocide" à Gaza tant que Netanyahu dirige Israël. Bogota a rompu ces liens en 2024 sous Petro, avant ce virage à droite assumé.
L'ancien président colombien Gustavo Petro monte au créneau. Il critique ouvertement le rétablissement des relations diplomatiques entre Bogota et Israël.
Selon lui, renouer ce lien pendant que Benjamin Netanyahu dirige le gouvernement israélien revient à
"applaudir le génocide"
à Gaza. La formule est lourde. Elle relance un débat déjà vif en Colombie.Le nouveau gouvernement, situé à droite, a acté ce rapprochement quelques semaines seulement après son arrivée au pouvoir. Ainsi, deux ans après la rupture décidée par Petro, Bogota et Tel-Aviv renouent officiellement le dialogue.
Ce que dit Gustavo Petro sur ce rétablissement
L'ancien chef d'État s'est exprimé dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux. Il y réaffirme son soutien à la cause palestinienne.
Petro estime qu'aucune personne
"honorable"
en Colombie ne peut accepter d'"applaudir le génocide"
contre le peuple palestinien. Il qualifie par ailleurs l'offensive israélienne à Gaza de "nouveau Holocauste"
.L'ancien président cite des chiffres précis. Il évoque environ 75 000 morts à Gaza, dont 22 000 bébés. Selon lui, près de 60 % des victimes sont des femmes et des enfants palestiniens.
Un parallèle avec l'histoire colombienne
Petro établit aussi un lien avec son propre pays. Il rappelle le cycle de violence politique ouvert en Colombie le 9 avril 1948.
Ce cycle aurait fait environ 700 000 morts, selon ses propres estimations. L'impunité, avertit-il, peut nourrir de nouvelles violences. Cela vaut pour la Colombie comme pour le reste du monde.
Le successeur de Gustavo Petro s'appelle Abelardo de la Espriella. Cet avocat et homme d'affaires, sans expérience politique préalable, a prêté serment le 7 août 2026.
Il a remporté l'élection présidentielle en juin, face au camp de Petro. Dès la campagne, il avait promis de renforcer les liens avec Israël
"comme jamais auparavant".
Avant même son investiture, Abelardo de la Espriella a rencontré le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Sa'ar. L'entretien a duré près de trois heures. Il a scellé, en pratique, le retour des deux pays à la table diplomatique.
Des gestes concrets se multiplient dès l'été
Le nouveau président ne s'est pas arrêté à une simple déclaration d'intention. Plusieurs décisions ont suivi en quelques semaines seulement.
La Colombie a d'abord reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan. Bogota devient ainsi le deuxième pays au monde à poser ce geste, après les États-Unis en 2019.
Le gouvernement colombien a également préparé un décret. Celui-ci autorise la reprise des exportations de charbon vers Israël. Avant la rupture de 2024, la Colombie fournissait l'essentiel du charbon importé par l'État hébreu, pour environ 450 millions de dollars par an.
D'autres mesures suivent le même mouvement. Bogota prévoit l'échange de nouveaux ambassadeurs, la suppression réciproque des visas et l'ouverture d'une ambassade à Jérusalem. Le gouvernement veut aussi retirer la Colombie de la procédure engagée par l'Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de justice.
Une rupture actée en 2024, en pleine offensive à Gaza
Pour comprendre l'ampleur du virage, il faut revenir sur la décision initiale de Gustavo Petro. En mai 2024, il avait rompu les relations diplomatiques avec Israël.
Il justifiait alors ce choix par la conduite de la guerre à Gaza. Petro qualifiait déjà Benjamin Netanyahu de dirigeant
"génocidaire"
. Il avait aussi demandé un mandat d'arrêt international contre lui.La Colombie avait ensuite multiplié les gestes de rupture. Bogota avait ouvert une ambassade à Ramallah, suspendu les achats d'armes israéliennes et rejoint la procédure sud-africaine devant la CIJ. En octobre 2025, Petro était même allé plus loin. Il avait expulsé les derniers diplomates israéliens présents dans le pays, après l'interception d'une flottille d'aide destinée à Gaza.
Cette ligne dure plaçait la Colombie parmi les critiques les plus constants d'Israël en Amérique latine. Le renversement opéré par Abelardo de la Espriella marque donc une bascule complète, en quelques semaines seulement.
Un basculement qui dépasse la seule diplomatie
Ce dossier illustre une fracture plus large en Amérique latine. Plusieurs gouvernements de la région restent divisés sur la question israélo-palestinienne.
D'un côté, des dirigeants de gauche maintiennent une ligne critique envers Israël. De l'autre, des gouvernements de droite nouvellement élus cherchent à resserrer les liens économiques et sécuritaires avec Tel-Aviv.
La Colombie illustre ce grand écart en un temps record. En moins de deux ans, le pays est passé de la rupture totale au rapprochement assumé. Le sort des Palestiniens à Gaza, lui, reste pourtant inchangé sur le terrain.
Il n'est pas établi, à ce stade, que les critiques de Gustavo Petro suffiront à infléchir la politique du nouveau gouvernement colombien. Les prochaines semaines diront si cette polémique pèse sur l'opinion publique.
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