15:28, 06/08/2026, jeudi
Trump attaque Abdul El-Sayed, le candidat musulman qui a battu la protégée de l'AIPAC
Donald Trump a insulté Abdul El-Sayed lors d'un meeting à Las Vegas, le traitant de "communiste" et l'accusant de haïr les juifs. Le médecin musulman venait de remporter la primaire démocrate du Michigan avec 48,5 % des voix face à Haley Stevens. Cette victoire inflige à l'AIPAC son pire revers depuis 2021, malgré plus de 30 millions de dollars dépensés contre lui. El-Sayed affrontera le républicain Mike Rogers en novembre.
Donald Trump s'en est pris violemment à Abdul El-Sayed lors d'un meeting à Las Vegas. Le président américain visait le vainqueur surprise de la primaire démocrate du Michigan. En effet, ce médecin musulman vient d'infliger un revers historique au lobby pro-israélien AIPAC.
Ainsi, la course au Sénat bascule dans une campagne ouvertement identitaire. De plus, elle place la question palestinienne au centre du débat américain.
"Il est plein de m*rde"
Mercredi 5 août 2026, Donald Trump a pris la parole dans le Nevada. Le président y défendait son agenda économique. Cependant, il a rapidement dévié vers le résultat du Michigan.
"Quand je regarde Abdul, il est plein de m*rde"
, a lancé le président devant ses partisans. La salle a applaudi. Par ailleurs, Trump a répété l'accusation à plusieurs reprises dans son discours.Le président est ensuite allé beaucoup plus loin.
"Il n'aime pas Israël. Il n'aime pas les juifs. Il les déteste. Il les déteste avec une passion qui brûle dans son cœur"
, a-t-il affirmé.Trump a également qualifié El-Sayed de
"communiste"
. Selon lui, cette idéologie représente "la plus grande menace"
de l'histoire des États-Unis. C'est pourquoi il a promis aux électeurs du Michigan "la misère, la saleté, la criminalité, la mort, la destruction, la honte".
Le président avait pourtant salué cette victoire quelques heures plus tôt. Il y voyait alors une
"excellente nouvelle pour le Parti républicain".
Une victoire arrachée face à 60 millions de dollars
Abdul El-Sayed a remporté la primaire du 4 août avec 48,5 % des voix. Son adversaire, la représentante Haley Stevens, en obtient 47,5 %. L'écart reste donc inférieur à un point.
Le dépouillement a duré toute la nuit. En effet, l'agence Associated Press n'a annoncé le résultat que plus de douze heures après la fermeture des bureaux de vote.
Cette primaire est devenue la plus chère de l'histoire du Sénat américain. Au total, les dépenses extérieures ont atteint environ 60 millions de dollars. Sur cette somme, 54 millions ont soutenu Haley Stevens. El-Sayed, lui, n'a bénéficié que de 5 millions.
Le rapport de force était donc de plus de dix contre un. Malgré cela, le candidat progressiste l'a emporté.
L'AIPAC subit son plus grave échec depuis 2021
L'AIPAC a joué un rôle central dans cette bataille. Le lobby pro-israélien a investi plus de 30,6 millions de dollars pour faire battre Abdul El-Sayed. Il s'agit du montant le plus élevé jamais engagé par son super PAC, le United Democracy Project, depuis sa création en 2022.
Cette stratégie a échoué. Par conséquent, l'organisation encaisse son revers le plus lourd depuis le lancement de ses dépenses électorales directes en 2021.
Le message envoyé dépasse largement le Michigan. En effet, il montre qu'un candidat peut désormais critiquer ouvertement Israël et gagner. De plus, il révèle les limites de l'argent face à une base militante mobilisée.
Le sénateur Bernie Sanders a salué
"la victoire la plus extraordinaire"
qu'il puisse imaginer dans la politique américaine moderne.Gaza au cœur de la campagne
Abdul El-Sayed n'a jamais dissimulé ses positions. Le candidat qualifie de
"génocide"
les opérations israéliennes à Gaza. Par ailleurs, il réclame la fin de l'aide militaire inconditionnelle accordée à Israël.Cette ligne a nourri toutes les attaques contre lui. Ses adversaires ont tenté de transformer sa solidarité avec les Palestiniens en preuve de haine.
Le candidat conteste fermement cette lecture. Selon lui, dénoncer les crimes d'un gouvernement ne revient pas à viser une communauté. Ainsi, il distingue la critique politique de toute forme de racisme.
Fils d'immigrés égyptiens, médecin de formation, El-Sayed a dirigé les services de santé publique de Detroit. Il s'était déjà présenté au poste de gouverneur en 2018.
La riposte d'Abdul El-Sayed
Le candidat démocrate a répondu dès le lendemain sur CNN. Son ton est resté moqueur plutôt que défensif.
"Cet homme n'arrive pas à rester concentré"
, a-t-il déclaré au sujet de Trump. Il a ensuite invité le président à discuter du fond."Je veux sortir l'argent de la politique, remettre de l'argent dans vos poches et faire passer Medicare for All"
, a-t-il résumé. De plus, il a rappelé le prix de l'essence, proche de 5 dollars le gallon, qu'il attribue à une guerre déclenchée par Trump.El-Sayed a enfin ironisé sur les priorités présidentielles. Pendant que les Américains paient leurs factures, le président parlerait surtout
"des rideaux de sa salle de bal".
Le nom complet, nouvelle arme des républicains
Le Comité sénatorial national républicain a publié un communiqué contre le candidat. Le texte l'y désigne par son nom complet: Abdulrahman Mohamed El-Sayed.
Ce choix n'a rien d'anodin. En effet, il vise à souligner son origine et sa religion auprès de l'électorat conservateur.
El-Sayed a dénoncé publiquement cette manœuvre. Il y voit une islamophobie assumée, désormais intégrée à la stratégie de campagne républicaine.
Un duel décisif en novembre
Le candidat démocrate affrontera le républicain Mike Rogers lors des élections de mi-mandat. Ce dernier bénéficie du soutien explicite de Donald Trump.
Le Michigan compte l'une des plus fortes populations arabo-américaines du pays. Cependant, El-Sayed devra aussi rassembler l'aile modérée de son parti et consolider son ancrage auprès des électeurs afro-américains.
Le scrutin dépassera donc le cadre local. Il testera une question simple: un candidat qui dénonce le génocide à Gaza peut-il gagner une élection générale aux États-Unis ?
Trump, lui, a déjà choisi son terrain. Ses insultes de Las Vegas donnent le ton des trois mois à venir.
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