16:39, 04/09/2026, vendredi
Immigration: Jonas Haddad (LR) veut trier les Chinois selon leur religion
Sur BFMTV, le porte-parole des Républicains Jonas Haddad a proposé de choisir les immigrés selon leur pays d'origine. Il a illustré son propos en opposant les "Chinois non-musulmans", qu'il accueillerait, aux Ouïghours, qu'il exclurait car "voilés". Ce critère religieux déguisé vise une minorité turcophone déjà persécutée par Pékin pour sa foi. François Kalfon (PS) a dénoncé une mesure discriminatoire, alors que l'immigration structure déjà la campagne présidentielle de 2027.
Le porte-parole des Républicains a relancé, mardi 2 septembre 2026, le débat sur le tri des immigrés par pays d'origine. Sur le plateau de BFMTV, Jonas Haddad a théorisé une sélection fondée sur la religion affichée des candidats à l'immigration. Son exemple visait directement la Chine, et plus précisément les Ouïghours.
Ce que Jonas Haddad a dit sur BFMTV
L'échange se tenait le jour même où Jean-Luc Mélenchon reconnaissait avoir
"changé d'avis"
sur le voile islamique. Jonas Haddad a saisi l'occasion pour défendre une immigration "choisie"
selon le pays de départ.Le porte-parole LR a illustré sa proposition par un exemple précis. Pour lui,
"les Chinois non-musulmans"
pourraient être accueillis, mais "les Ouïghours non"
, car ils sont "voilés".
Cette formule établit donc un critère religieux déguisé en critère national.Ainsi, deux personnes venues du même pays seraient traitées différemment. Seule leur pratique religieuse affichée ferait la différence, selon cette logique.
Une proposition de tri par pays d'origine
Sur le fond, Jonas Haddad défend une idée simple.
"Il faut choisir les pays d'origine"
, a-t-il affirmé en plateau. Autrement dit, l'État français déciderait à l'avance quels pays fournissent des candidats "acceptables"
à l'immigration.Cette proposition dépasse le seul cas chinois. Cependant, l'exemple choisi par le porte-parole LR révèle sa logique interne. Le critère national sert en réalité de paravent à un critère religieux.
Qui est Jonas Haddad ?
Jonas Hadad est conseiller régional Les Républicains de Normandie. Il occupe aussi les fonctions de porte-parole adjoint du parti. Par ailleurs, il intervient très régulièrement sur les plateaux de BFMTV.
Ses prises de position ciblent souvent l'islam visible dans l'espace public. Il avait déjà plaidé pour une interdiction du voile visant les fillettes. De plus, il s'oppose fermement au projet du Rassemblement national d'étendre cette interdiction à toutes les femmes.
Les Ouïghours, une minorité turcophone visée par Pékin
L'exemple choisi par Jonas Haddad interroge. Les Ouïghours forment en effet une minorité turcophone et musulmane, originaire du Xinjiang, en Chine.
Cette communauté subit depuis des années une répression sévère de Pékin. Des experts de l'ONU estiment que jusqu'à un million de Ouïghours ont été internés dans des camps. Le port du voile y est justement réprimé par les autorités chinoises elles-mêmes.
Ainsi, le paradoxe saute aux yeux. Les Ouïghours sont persécutés en Chine à cause de leur foi musulmane. Or c'est cette même foi, symbolisée par le voile, qui justifierait leur exclusion selon Jonas Haddad.
Les Ouïghours partagent une langue turcique et une histoire liée à l'Asie centrale. Cette proximité culturelle explique la solidarité exprimée depuis longtemps par certains milieux turcophones envers cette minorité. En revanche, le débat français, lui, ignore largement cette dimension.
Une sortie jugée discriminatoire par la gauche
Face à Jonas Haddad, le député européen François Kalfon (PS/Place Publique) a immédiatement réagi. Selon lui, sélectionner les immigrés par pays d'origine constitue une mesure discriminatoire.
Cette critique touche un point sensible. En effet, le droit français interdit toute distinction fondée sur la religion ou l'origine nationale dans l'accès au territoire. C'est pourquoi une telle proposition soulève une question de conformité juridique, au-delà du seul débat politique.
Un débat qui s'installe avant la présidentielle de 2027
Cette séquence ne sort pas de nulle part. Depuis fin août, l'immigration structure déjà la campagne présidentielle. Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon s'étaient déjà affrontés sur le sujet à Mayotte.
Le ministre délégué chargé de l'Europe, Benjamin Haddad, plaide de son côté pour une immigration
"choisie et voulue".
Cette proximité de vocabulaire, entre plusieurs personnalités partageant le même nom de famille mais pas le même parti, illustre combien le thème occupe désormais tout l'échiquier politiqueDe plus, le Rassemblement national maintient sa propre proposition d'interdiction totale du voile dans l'espace public. Les Républicains cherchent ainsi à se positionner sur un terrain déjà très occupé, sans toutefois adopter la même ligne que leurs concurrents d'extrême droite.
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