Femme voilée dans la diplomatie : Barrot invoque la neutralité de l’État
16:19, 04/09/2026, vendredi
AA

JENS SCHLÜTERAFP
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, assiste à une conférence de presse conjointe avec ses homologues polonais et allemand à l'Université de musique Franz Liszt de Weimar, à Weimar, dans l'est de l'Allemagne, le 3 septembre 2026, dans le cadre d'une réunion de discussions au sein du Triangle de Weimar.Interrogé par une étudiante voilée à la Sorbonne Nouvelle sur l'accès des femmes portant le voile à la diplomatie, le ministre français des Affaires étrangères a distingué la liberté dans l'espace public de l'obligation de neutralité au sein du service public.
Neutralité républicaine et signes religieux
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a été interrogé vendredi sur la place des femmes voilées au sein de la diplomatie française lors d'un échange avec des étudiants à l'université Sorbonne Nouvelle, soulignant la distinction entre espace public et service public.
L'étudiante, elle-même portant le voile, a questionné le ministre sur l'accès à ces carrières dans un contexte où certains partis politiques appellent à l'interdiction du voile dans l'espace public.
Jean-Noël Barrot a répondu en distinguant clairement les deux sphères.
"Les signes religieux n'ont pas leur place au sein du service public"
, a-t-il affirmé, rappelant l'obligation de neutralité qui s'impose aux agents de l'État. "En revanche, dans l'espace public"
, leur port constitue "d'abord une liberté"
, a-t-il précisé, évoquant les conditions restrictives relatives à l'ordre public et à la visibilité du visage. Le ministre s'est toutefois abstenu de répondre directement sur les chances d'intégration concrète des femmes voilées dans le corps diplomatique, se contentant de déplorer le retour de débats qu'il juge tranchés depuis la loi de 1905.
Réforme du Conseil de sécurité et droit de veto
Sur une question relative au blocage des Nations unies, Jean-Noël Barrot a diagnostiqué une paralysie due au manque de représentativité du Conseil de sécurité et à l'usage abusif du droit de veto par ses membres permanents.
Il a plaidé pour un élargissement institutionnel intégrant l'Inde, le Brésil, le Japon, l'Allemagne ainsi que deux nations africaines. Le ministre a concédé avoir tenté de "mettre un grand coup de pied dans la fourmilière" sans parvenir à surmonter l'inertie diplomatique.
Par ailleurs, il a indiqué que l'initiative franco-mexicaine visant à suspendre le veto en cas d'atrocités de masse avait désormais recueilli 122 soutiens, contre 107 à son arrivée au Quai d'Orsay.
Selon la même source, il a évoqué, sans la nommer, l'adhésion prochaine d'une puissance majeure à ce texte avant un dépôt devant l'Assemblée générale.
Persécution des Bahaïs et tensions diplomatiques
Interrogé sur la situation de la minorité bahaïe persécutée en Iran, le chef de la diplomatie française a estimé que le conflit militaire déclenché après les attaques américaines et israéliennes du 28 février avait
"éclipsé la souffrance profonde du peuple iranien"
. Il a réitéré le soutien de Paris à l'inscription du Corps des gardiens de la révolution sur la liste des organisations terroristes et aux sanctions ciblant les responsables de la répression.
Jean-Noël Barrot est également revenu sur l'interpellation controversée de deux agents de l'ambassade de France à Téhéran le 19 juillet. Selon Paris, ils auraient été retenus pendant près de quatre heures, privés de leurs téléphones, l'un d'eux ayant été
"molesté, brutalisé, frappé"
. Téhéran, qui a qualifié cette version de déformation des faits, affirme que les diplomates participaient à une réunion avec des personnes recherchées pour des raisons de sécurité et qu'ils ont seulement été
"brièvement interrogés"
avant d'être déclarés persona non grata.Sahara occidental et dialogue avec l'Algérie
Concernant le Sahara occidental, le ministre a réaffirmé que Paris considérait comme seule solution
"réellement possible et souhaitable"
une "autonomie sous souveraineté marocaine"
, tout en insistant sur la nécessité d'un processus onusien respectant le principe d'autodétermination. Cette position, dévoilée lors d'une rencontre avec son homologue marocain Nasser Bourita le 20 mai, avait été vivement contestée par Alger.
Sur les relations franco-algériennes, Jean-Noël Barrot a indiqué que Paris avait repris un dialogue
"exigeant"
avec Alger motivé par les enjeux migratoires, antiterroristes et judiciaires. Selon lui, ces échanges ont permis l'arrestation d'un membre de la DZ Mafia et la reprise des reconduites à la frontière.Toutefois, il a exigé la libération
"inconditionnelle et immédiate"
du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie. Ahmed Attaf, son homologue algérien, avait réaffirmé quatre jours après la rencontre de Rabat que tout règlement devait garantir le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.
Migrations et désinformation autour de Ceuta et Melilla
Abordant les arrivées massives de migrants aux enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, Jean-Noël Barrot a évoqué d'éventuelles failles dans la gestion frontalière actuellement examinées par Madrid et Rabat.
Il a surtout dénoncé une exploitation politique de ces événements via la diffusion de fausses images sur les réseaux sociaux destinées à diviser l'Europe. La France s'est ainsi abstenue de condamnations
"précoces"
et "infondées"
visant l'Espagne."Quand un membre de la famille est attaqué, même quand on a des désaccords avec lui sur sa politique migratoire, le premier réflexe, c'est toujours de le défendre"
, a-t-il affirmé. Pour rappel, ces échanges s'inscrivaient dans la deuxième édition de la Fabrique de la diplomatie, organisée les 4 et 5 septembre sur le campus Nation de la Sorbonne Nouvelle.
A lire également:

International
Barrot prévient : les ingérences étrangères "se multiplieront" avant la présidentielle de 2027

Technologie
IA : Jean-Noël Barrot assure que "le match n’est pas joué"

International
Barrot qualifie d'"inhumains" les propos de Ben Gvir sur Gaza

International
Barrot plaide pour la reprise des négociations Washington-Téhéran

