10:16, 01/09/2026, mardi
RN: un lapsus et une annonce sur le voile fragilisent la dédiabolisation
Un lapsus d'Andréa Kotarac sur BFMTV a relancé les accusations d'islamophobie contre le Rassemblement national. Le porte-parole a évoqué une liberté religieuse respectée "contre les musulmans". Le même week-end, Jean-Philippe Tanguy a confirmé qu'une victoire du RN en 2027 entraînerait une amende pour port du voile. Ces deux séquences fragilisent la stratégie de normalisation du parti, à huit mois de l'élection présidentielle française.
Le Rassemblement national traverse un nouvel épisode embarrassant. En quelques jours, deux prises de parole sur BFMTV ont relancé le débat sur son rapport à la communauté musulmane.
D'un côté, un lapsus du porte-parole Andréa Kotarac a fait le tour des réseaux sociaux. De l'autre, Jean-Philippe Tanguy a confirmé une mesure très concrète contre le port du voile. Ensemble, ces deux séquences fragilisent la stratégie de
"dédiabolisation"
portée par Marine Le Pen depuis des années.Le lapsus d'Andréa Kotarac sur la liberté religieuse
Andréa Kotarac s'exprimait sur le plateau de BFMTV. Il voulait défendre l'image d'un parti respectueux de toutes les religions.
Sa phrase a pourtant produit l'effet inverse. Il a affirmé respecter la liberté religieuse,
"que ce soit contre les musulmans, pour les juifs ou pour les chrétiens"
. Le mot "contre"
a immédiatement fait tiquer les internautes.En effet, la formulation reste incohérente. On ne peut pas
"respecter"
une liberté "contre"
un groupe donné. Le porte-parole voulait manifestement dire "pour les musulmans"
, pas "contre"
.Ce type de lapsus n'a rien d'anodin pour les observateurs. Il place en effet les musulmans à part, dans une catégorie distincte des juifs et des chrétiens.
Le RN distingue habituellement islam et islamisme dans son discours public. Cependant, ce dérapage brouille cette distinction en direct. C'est pourquoi la séquence a autant circulé en ligne.
Andréa Kotarac n'est pas un porte-parole mineur. Ancien cadre de La France insoumise, il a rejoint le Rassemblement national en 2019. Il occupe aujourd'hui un rôle de porte-parole national du parti.
Jean-Philippe Tanguy confirme une amende contre le port du voile
Le second épisode s'est joué le même week-end, toujours sur BFMTV. Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme et proche de Marine Le Pen, a livré une annonce sans ambiguïté.
Il a confirmé qu'une victoire du RN à la présidentielle de 2027 entraînerait des sanctions financières contre le port du voile. Concrètement, les femmes voilées dans l'espace public s'exposeraient à une amende.
"Ça a été tranché"
, a résumé le député. Cette phrase met fin à des mois d'hésitations internes sur le sujet.Une mesure ancienne, mais assumée sans détour
Cette proposition ne sort pourtant pas de nulle part. Elle figure au programme de Marine Le Pen depuis ses trois précédentes candidatures présidentielles.
Le sujet avait toutefois fait débat en interne. Jordan Bardella, un temps envisagé comme candidat de recours, avait interrogé l'opportunité de maintenir une mesure aussi clivante.
La ligne historique l'a finalement emporté. Jean-Philippe Tanguy a ainsi tranché tout suspense à huit mois de la campagne présidentielle.
Stratégie de "dédiabolisation"
Ces deux prises de parole surviennent au même moment. Par ailleurs, elles concernent toutes deux la même chaîne d'information, BFMTV.
Le parti de Marine Le Pen tente depuis plusieurs années d'effacer son image d'extrême droite. Cependant, ce type de séquence relance systématiquement les accusations d'islamophobie.
Le lapsus d'Andréa Kotarac illustre un premier problème. Il révèle, malgré lui, une hiérarchie implicite entre les religions dans le discours du parti.
L'annonce de Jean-Philippe Tanguy pose un second problème, plus politique. Elle confirme qu'une mesure ciblant spécifiquement les femmes musulmanes reste au cœur du programme présidentiel.
Une proposition jugée fragile sur le plan juridique
Plusieurs commentateurs s'interrogent déjà sur la faisabilité de cette interdiction. Le droit français encadre strictement les restrictions à la liberté religieuse dans l'espace public.
La loi de 2010 interdit uniquement la dissimulation du visage, pas le port du voile en général. Une interdiction plus large se heurterait donc à des obstacles constitutionnels et européens.
Cette fragilité juridique n'empêche pourtant pas le RN d'en faire un axe de campagne. La mesure vise avant tout un électorat sensible aux questions identitaires.
Deux épisodes révèlent du climat politique en France
Ces polémiques ne surviennent pas dans un vide politique. La France connaît depuis plusieurs années une libération de la parole hostile aux musulmans.
Les associations de défense des libertés civiles alertent régulièrement sur ce climat. De plus, plusieurs rapports internationaux pointent une dégradation des conditions faites aux musulmans de France.
Cette séquence s'ajoute donc à une longue liste d'épisodes similaires. Chaque nouvelle sortie médiatique nourrit un débat déjà installé sur la place de l'islam dans le débat public français.
Le Rassemblement national affronte une semaine embarrassante sur la question musulmane. Andréa Kotarac a livré un lapsus révélateur sur BFMTV.
Jean-Philippe Tanguy a, de son côté, confirmé une mesure d'amende contre le port du voile en cas de victoire en 2027. Cette annonce ravive une proposition ancienne, mais désormais assumée sans ambiguïté.
Ensemble, ces deux séquences fragilisent la stratégie de normalisation du parti. Elles confirment aussi que la question du voile restera un axe central de la présidentielle à venir.
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