Mayotte: Le RN au chevet du Conseil des Juges islamiques
16:38, 21/08/2026, vendredi
Yeni Şafak

Philippe LOPEZAFP
A Mayotte, la députée RN Anchya Bamana apporte son soutien au Conseil Cadial, institution qui réunit les juges islamiques.La députée RN Anchya Bamana et les Femmes Leaders ont rencontré jeudi 20 août 2026 le Conseil Cadial à Mamoudzou. Elles alertent sur le non-remplacement des Cadis partis à la retraite et sur le désengagement du Département sur les locaux. Sandati Abdou, présidente des Femmes Leaders, met en garde : "Si on tue le Conseil Cadial, on tue la religion musulmane à Mayotte." L'institution attend toujours des garanties après le colloque de 2024.
À Mamoudzou, les représentants du Conseil Cadial ont reçu jeudi 20 août 2026 la députée Anchya Bamana (RN) et les Femmes Leaders. Autour de la table, une inquiétude commune: la disparition programmée d'une institution centrale de la société musulmane mahoraise.
Départs à la retraite non remplacés, locaux menacés, moyens en baisse: le Conseil Cadial voit son avenir se rétrécir. Par ailleurs, la rencontre pose une question politique inattendue. Une élue du Rassemblement national se dit prête à défendre une institution religieuse musulmane.
Une réunion au grand Cadi de Mamoudzou
La scène s'est déroulée dans les locaux du grand Cadi, en plein centre de Mamoudzou. Les Cadis siégeaient face aux principales figures des Femmes Leaders et à la députée Anchya Bamana. Le climat était grave.
L'objectif affiché de la rencontre était simple. Il s'agissait d'entendre le ressenti des représentants religieux sur la place que le Département-Région entend leur réserver. En effet, plusieurs signaux inquiètent le Conseil Cadial depuis des mois.
"J'ai entendu que les Cadis avaient des difficultés en termes de fonctionnement et de reconnaissance"
, a déclaré Anchya Bamana. La députée s'est dite convaincue de leur utilité dans la société mahoraise. Elle a promis de défendre leurs missions au niveau national."Ce sont nos pompiers", plaide la députée RN
L'élue a insisté sur le cadre juridique. Selon elle, rien n'empêche le maintien de l'institution.
"La France n'interdit pas d'avoir les Cadis au sein de l'institution départementale et régionale"
, a expliqué Anchya Bamana. "Quand il y a le feu ici à Mayotte, quand on a des problèmes de délinquance, quand il y a des problèmes de prévention santé, des institutions font appel aux Cadis. Ce sont nos pompiers."
Cette prise de position tranche avec la ligne habituelle du Rassemblement national sur l'islam en France métropolitaine. Cependant, la spécificité mahoraise éclaire ce positionnement. À Mayotte, l'islam concerne plus de 95 % de la population.
"Si on tue le Conseil Cadial, on tue la religion musulmane à Mayotte"
Sandati Abdou, présidente des Femmes Leaders, a livré l'alerte la plus frontale. Elle vise notamment le non-remplacement des départs à la retraite et les difficultés qui pèsent sur les locaux du Conseil.
"Que va devenir Mayotte sans les Cadis ?"
, s'est-elle interrogée. "Parce que les Cadis, c'est notre religion, c'est la base de tout. Les Cadis, ce sont les mariages, les réconciliations. On ne peut pas tuer les Cadis. Si on tue le Conseil Cadial, on tue la religion musulmane à Mayotte."
Le message vise le Département-Région. En effet, plusieurs loyers de locaux occupés par des Cadis ne seraient plus pris en charge, selon les Femmes Leaders. De plus, plusieurs postes vacants après des départs à la retraite resteraient sans successeur.
Un rôle profondément transformé par la départementalisation
Le Conseil Cadial n'est plus ce qu'il était il y a vingt ans. Ses compétences juridictionnelles ont disparu avec la départementalisation de Mayotte. L'intégration progressive du territoire dans le droit commun a réduit son périmètre officiel.
Cependant, l'institution reste centrale dans la vie sociale. Les Cadis interviennent dans les mariages religieux, les conciliations familiales, les négociations lors de séparations et les questions liées au droit musulman et aux héritages.
Ils gardent aussi un rôle historique sur les questions foncières. Ainsi, ils servent de relais entre les institutions et la population, notamment pour apaiser des conflits liés aux terres.
Un colloque de 2024 resté sans suite claire
Le Département avait organisé en 2024 un colloque consacré à l'avenir des Cadis. Plusieurs scénarios de réorganisation avaient été débattus. Une autonomisation de l'institution figurait parmi les pistes évoquées.
Or aucune décision structurante n'a été prise depuis. C'est pourquoi les Femmes Leaders dénoncent aujourd'hui une dégradation silencieuse. Selon elles, la situation se règle par attrition, sans débat public.
Le Conseil Cadial dispose pourtant d'un ancrage social ancien. Il constitue l'un des rares organes qui traverse toutes les strates de la société mahoraise.
Une place centrale dans la société traditionnelle mahoraise
À Mayotte, les Cadis conservent un rôle religieux et social important. Ils apaisent des conflits que les institutions républicaines peinent parfois à traiter.
Les Femmes Leaders insistent sur cette fonction de médiation. En effet, dans un territoire marqué par une forte crise sociale et sécuritaire, les Cadis restent des interlocuteurs écoutés. De plus, leur autorité morale dépasse le seul cadre religieux.
Les mariages religieux constituent une part visible de leur activité. Cependant, l'essentiel du travail se déroule loin des projecteurs. Réconciliations familiales, gestion des héritages, arbitrages fonciers : les dossiers s'accumulent sans reconnaissance institutionnelle claire.
Un enjeu qui dépasse le seul Conseil Cadial
La bataille autour des Cadis illustre une question plus large. Elle porte sur la place des institutions traditionnelles dans un département français en pleine transformation.
Mayotte cumule les défis. Crise migratoire, insécurité, effondrement de services publics après le cyclone Chido : le territoire encaisse coup sur coup. Dans ce contexte, l'affaiblissement d'une institution de proximité inquiète bien au-delà des cercles religieux.
L'alerte des Femmes Leaders vise donc à obtenir des garanties concrètes. Elles réclament un engagement clair du Département sur le remplacement des Cadis et le maintien des locaux. Elles attendent également une position officielle de l'État sur l'avenir de l'institution.
Une position du RN qui change de celle adoptée en métropole.
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