15:09, 11/09/2026, vendredi
Contrôle policier à Châtelet: le permis d'une femme voilée jeté au sol
Le 9 septembre 2026 à Châtelet, Paris, une vidéo montre le contrôle d'identité d'une femme voilée, Amina, par des policiers. Après qu'elle a allumé sa caméra, les agents l'accusent de les avoir insultés. Son permis de conduire est jeté au sol par une policière, qui s'en amuse. Un policier la menace sur la diffusion de la vidéo: "on va vous retrouver". Les agents finissent par produire une réquisition du procureur. Amina, elle, montre son visage sans se cacher.
Une vidéo tournée le 9 septembre 2026 dans le quartier de Châtelet, à Paris, montre le contrôle d'identité d'une femme voilée, que nous appelleront Amina afin qu'elle ne soit pas identifiable, par des policiers. Les images, que Nouvelle Aube a pu consulter, documentent un échange tendu où le permis de conduire de la jeune femme est jeté au sol par une agente, avant que les policiers ne mettent en garde Amina sur la diffusion de son enregistrement.
Un contrôle qui bascule dès l'allumage de la caméra
Selon le récit d'Amina et les images, tout commence par une interpellation ordinaire dans le secteur de Châtelet. Lorsqu'elle demande aux agents le motif du contrôle, ceux-ci l'accusent, toujours selon elle, de les avoir insultés, une accusation formulée juste après qu'elle a allumé sa caméra pour filmer l'échange.
Amina choisit de coopérer et de présenter son permis de conduire. Sur la vidéo, on voit l'agente le lui faire tendre puis le laisser tomber au sol.
"Je vais être plus maligne que vous, je vais être plus maligne que vous"
, lance-t-elle, avant qu'Amina, pour ne pas faire durer la tension, ne ramasse elle-même le document.Une menace filmée sur la diffusion des images
Le passage le plus lourd de la séquence intervient lorsqu'un des policiers évoque explicitement la diffusion possible de la vidéo:
"J'espère que les visages seront floutés, sinon avec votre identité on va vous retrouver, ça va mal se passer pour vous."
Plus tard dans l'échange, le même policier revient sur le sujet: "Moi, j'espère pas avoir la vidéo, hein, sinon je vous dis…"
Les agents finissent par présenter à Amina une réquisition écrite du procureur de la République, un document qui autorise, dans un périmètre et une période déterminés, des contrôles d'identité visant à rechercher certaines infractions, sans lien nécessaire avec le comportement de la personne contrôlée. Ce type de réquisition encadre le pouvoir de contrôle des forces de l'ordre: il ne dispense pas du respect dû aux personnes contrôlées.
Face caméra, Amina refuse de se dérober. Bien que vêtue tout en noir, voilée et casquée, elle affirme sans hésitation:
"Vous me contrôlez parce que je suis sapée comme ça, tout en noir, avec mon voile et la casquette."
Que dit la loi sur le droit de filmer la police ?
En France, filmer des policiers en intervention dans l'espace public n'est pas interdit. Ce droit découle de la liberté d'expression et d'information, garantie notamment par l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme.
Une tentative de restreindre la diffusion de ces images, portée par l'article 24 de la loi Sécurité globale en 2021, a été censurée par le Conseil constitutionnel, qui a jugé le texte trop imprécis au regard de la liberté d'expression. Depuis, aucune obligation légale de floutage ne pèse sur les personnes filmant des agents en fonction dans un lieu public, le floutage reste une précaution, non une exigence.
C'est dans ce cadre que la remarque des policiers et le risque d'être "retrouvée" prend un relief particulier: elle intervient alors qu'Amina exerçait un droit reconnu, celui de documenter son propre contrôle.
Cette séquence s'ajoute à une série d'incidents, régulièrement documentés en France, mettant en cause l'attitude de policiers envers des femmes voilées lors de contrôles d'identité. Nouvelle Aube reviendra sur ce dossier si de nouveaux éléments (identité du service concerné, suites judiciaires ou administratives, réaction des autorités) venaient à être communiqués.
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