17:49, 28/08/2026, vendredi
Gaza: les Gardiens du patrimoine sauvent la mosquée d'Abu Salim
Des bénévoles palestiniens déblaient la mosquée d'Abu Salim, à Deir al-Balah, après une frappe israélienne survenue le 24 août 2026. La campagne "Les Gardiens du patrimoine" rassemble les pierres, les colonnes de marbre et les livres endommagés, en vue d'une restauration. Sa coordinatrice de terrain, Shaimaa Al-Natour, assure que le lieu restera fréquenté. Ce chantier intervient alors que la quasi-totalité des mosquées de Gaza a été détruite ou endommagée depuis octobre 2023.
À Deir al-Balah, au centre de la bande de Gaza, des bénévoles trient les décombres pierre par pierre. Ils rassemblent les blocs éparpillés, récupèrent les colonnes de marbre et sèchent les livres abîmés.
Leur chantier porte un nom: la campagne "Les Gardiens du patrimoine". Leur objectif tient en une phrase. Sauver ce qui reste de la mosquée d'Abu Salim, visée par une frappe aérienne israélienne le 24 août 2026.
Ce geste paraît modeste face à l'ampleur des destructions. Pourtant, il dit beaucoup de la manière dont les Palestiniens résistent à l'effacement de leur mémoire.
Ce que font les bénévoles à la mosquée d'Abu Salim
La campagne a démarré le jeudi 27 août 2026. Elle réunit l'association "Mayasir pour la culture et les arts" et l'équipe "Les Gardiens du patrimoine".
Les volontaires ont d'abord nettoyé les galeries intérieures et les cours extérieures du sanctuaire. Ensuite, ils ont évacué les gravats accumulés après la frappe.
Le travail ne s'arrête pas au déblaiement. En effet, les bénévoles rassemblent les pierres dispersées et les colonnes de marbre anciennes. Ils les stockent dans un lieu sûr, en vue d'une future restauration.
Réutiliser chaque pierre plutôt que reconstruire à neuf
Cette méthode répond à une contrainte pratique. Les matériaux de construction manquent cruellement dans la bande de Gaza, soumise à un contrôle strict des importations.
Elle répond aussi à une exigence patrimoniale. Une restauration fidèle exige les matériaux d'origine, et non du béton neuf. C'est pourquoi chaque bloc récupéré compte.
Les bénévoles s'occupent enfin des livres. La bibliothèque de la mosquée abritait des ouvrages anciens et contemporains. Les volontaires tentent de les nettoyer et de les sauver de l'humidité.
"Ce lieu restera un lieu de lumière"
Shaimaa Al-Natour coordonne l'équipe sur le terrain. Elle refuse de considérer le lieu comme perdu.
"Malgré les dégâts subis par la mosquée, ce lieu restera un lieu de lumière et les gens continueront à s'y rendre"
, a-t-elle déclaré.Cette phrase résume l'esprit de la campagne. Le bâtiment est blessé, mais le lieu garde sa fonction sociale. Par ailleurs, les habitants continuent de s'y retrouver malgré les gravats.
Pourquoi la mosquée d'Abu Salim comptait pour Deir al-Balah
Ce sanctuaire ne se réduit pas à un lieu de prière parmi d'autres. Il figure parmi les plus anciens et les plus vastes de la ville.
Ses murs ont été montés avec des pierres tirées du rivage. De plus, il se dresse sur une hauteur locale, connue sous le nom d'al-Hadba, qui domine la ville.
Cette position lui a longtemps donné un rôle de repère. Les pêcheurs se guidaient sur sa silhouette depuis la mer. En cas d'inondation, les habitants s'y réfugiaient.
Un minaret, une bibliothèque et des cercles d'étude
Le minaret d'Abu Salim fut longtemps le plus haut de Deir al-Balah. Les anciens racontent que l'appel à la prière portait jusqu'aux confins sud et ouest de la ville.
La mosquée servait aussi de centre social. On y organisait des initiatives de solidarité pendant le ramadan. Elle accueillait par ailleurs des cercles d'étude et un centre de mémorisation du Coran.
Le lieu avait déjà souffert lors d'une précédente offensive israélienne. Une restauration du minaret et de la façade avait été menée en 2018 par un centre spécialisé de Gaza.
Une frappe de plus sous un "cessez-le-feu" qui n'en est pas un
La frappe du 24 août 2026 ne constitue pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans une série continue d'attaques sur le centre de la bande de Gaza.
Un cessez-le-feu est pourtant en vigueur depuis octobre 2025. Cependant, les bombardements n'ont jamais cessé. Deir al-Balah a subi plusieurs frappes de drones et de missiles au cours du seul mois d'août 2026.
Les organisations de solidarité tiennent leurs propres comptes. Selon elles, plus d'un millier de Palestiniens ont été tués depuis l'entrée en vigueur de la trêve.
L'armée d'occupation israélienne justifie régulièrement ces frappes par la présence supposée de dépôts d'armes. Les autorités religieuses de Gaza rejettent ces explications et dénoncent des prétextes.
Le patrimoine palestinien visé à grande échelle
Le cas d'Abu Salim s'ajoute à un bilan vertigineux. Le ministère des Affaires religieuses de Gaza recensait, au 2 juillet 2026, 1 050 mosquées entièrement détruites et 191 endommagées, sur 1 275 existant avant la guerre.
L'UNESCO documente de son côté les sites culturels. Au 24 mars 2026, l'organisation avait constaté des dommages sur 164 sites depuis le 7 octobre 2023, dont 14 sites religieux, 128 bâtiments d'intérêt historique ou artistique, 9 monuments, 2 musées et 8 sites archéologiques.
Ces chiffres ne recouvrent pas la même réalité. En effet, l'UNESCO ne comptabilise que les sites reconnus comme patrimoine culturel et vérifiés à distance. Le total réel des lieux de culte touchés dépasse donc très largement ce périmètre.
Mémoricide: quand la destruction vise le récit
Des chercheurs parlent de "mémoricide" pour décrire ce phénomène. Le terme désigne la destruction méthodique des traces matérielles d'un peuple.
Archives, musées, bibliothèques, cimetières, églises et mosquées figurent parmi les cibles. Ainsi, ce n'est plus seulement la vie qui est atteinte, mais la capacité d'un peuple à raconter son histoire.
C'est précisément ce que contestent les bénévoles de Deir al-Balah. Chaque colonne de marbre mise à l'abri constitue une réponse concrète à cette logique.
Restaurer à Gaza: un défi presque impossible
Les équipes locales se heurtent à trois obstacles majeurs. D'abord, les matériaux de restauration n'entrent qu'au compte-gouttes dans l'enclave.
Ensuite, les compétences se raréfient. Beaucoup d'artisans et de restaurateurs ont été tués, blessés ou déplacés depuis octobre 2023.
Enfin, la sécurité reste illusoire. Un site déblayé aujourd'hui peut être frappé de nouveau demain. C'est pourquoi les bénévoles privilégient la mise à l'abri des éléments récupérables.
Les acteurs culturels palestiniens réclament donc une protection internationale effective. Ils demandent aussi des financements dédiés à la documentation et à la restauration du patrimoine de Gaza.
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