11:19, 28/08/2026, vendredi
Syrie: le paiement par carte Visa d'al-Charaa scelle un retour
Ahmed al-Charaa a effectué le 26 août 2026 un paiement par carte Visa dans la vieille ville de Damas. Visa a réalisé ce premier test de transaction internationale avec la Banque centrale syrienne, Fransabank et Paymera. L'opération intervient deux jours après le retrait de la Syrie de la liste américaine des États soutenant le terrorisme. Mastercard et QNB ont annoncé une opération comparable.
Un café, une carte, un terminal. Le geste paraît banal partout ailleurs. À Damas, il était impossible depuis plus de quinze ans.
Le président syrien Ahmed al-Charaa a réglé mercredi 26 août 2026 une consommation par carte bancaire. La scène s'est déroulée dans un établissement de la vieille ville. Le gouverneur de la Banque centrale, Mohammed Safwat Raslan, l'accompagnait.
L'opération relève d'abord du symbole. Cependant, elle marque une étape concrète dans le retour de la Syrie au système financier mondial, après des années de sanctions.
Ce que montre le paiement par carte Visa en Syrie
Les images ont été diffusées par la télévision syrienne et par les comptes officiels du gouvernement. On y voit le chef de l'État approcher sa carte du terminal. La transaction passe. Le message accompagnant la vidéo tenait en une phrase:
"En espèces ou à crédit, Monsieur le Président ?"
Le ministère syrien des Affaires étrangères a insisté sur un point. Une telle opération restait impossible dans le pays depuis plus de quinze ans.
Le gouverneur de la Banque centrale n'a pas caché son émotion. Il a qualifié la séquence de
"nouveau départ"
pour l'économie syrienne.Comment Visa a rebranché la Syrie au réseau mondial
Visa a confirmé l'opération dans un communiqué daté du 26 août. L'entreprise américaine évoque un premier test de transaction internationale en conditions réelles. Elle y voit une
"étape importante"
pour son activité dans le pays.L'objectif affiché reste modeste à ce stade. Il s'agit de permettre aux visiteurs étrangers d'utiliser leurs cartes en Syrie. Par ailleurs, Visa présente ce test comme le point de départ d'une infrastructure de paiement plus large.
Fransabank et Paymera, les deux maillons techniques
Deux partenaires ont rendu l'opération possible. La banque libanaise Fransabank a joué le rôle d'établissement acquéreur. Elle encaisse donc la transaction pour le commerçant.
Paymera a fourni l'infrastructure locale. Cette société syrienne de technologie de paiement appartient au fonds souverain de l'État.
La Banque centrale de Syrie a supervisé l'ensemble. En effet, elle pilote depuis des mois la modernisation des systèmes de paiement nationaux.
Une feuille de route lancée dès décembre 2025
Le test de mercredi n'a rien d'improvisé. Visa avait annoncé une feuille de route stratégique en décembre 2025, en accord avec la Banque centrale syrienne.
Deux autres jalons ont suivi. En février 2026, l'entreprise a réuni banques et décideurs à Damas. Le même mois, elle a signé un accord avec le ministère syrien des Communications, à San Francisco.
Autrement dit, les opérateurs attendaient un feu vert politique. Ils l'ont obtenu cette semaine.
Le retrait de la liste américaine a tout débloqué
La chronologie éclaire le calendrier. Lundi 24 août, Washington a officiellement retiré la Syrie de sa liste des États soutenant le terrorisme. Cette inscription datait de 1979.
La décision est entrée en vigueur après un examen de quarante-cinq jours au Congrès. Donald Trump avait notifié les élus en juillet. Le secrétaire d'État Marco Rubio a justifié le retrait par les engagements du nouveau gouvernement syrien.
Cette désignation pesait lourd. En effet, elle dissuadait banques et investisseurs, même après la levée d'autres sanctions.
Ce que change la décision du Trésor américain
Le Trésor américain a précisé la portée pratique du retrait. Les institutions financières peuvent désormais servir des clients syriens. Elles peuvent aussi traiter des paiements impliquant des banques syriennes.
Un troisième point compte davantage encore. Les banques étrangères peuvent rétablir des relations de correspondants bancaires avec Damas. C'est la condition de tout commerce international durable.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a défendu cette ouverture. Selon lui, elle doit encourager les investissements et soutenir la stabilité politique et économique du pays.
Mastercard et QNB entrent aussi dans la course
Visa n'a pas agi seule. Le même jour, le groupe qatari QNB et Mastercard ont annoncé une opération comparable. Ils revendiquent le premier paiement international par carte réalisé de bout en bout en Syrie.
La concurrence s'installe donc vite. De plus, elle profite d'un marché de quelque vingt millions d'habitants, largement dépourvu de services bancaires modernes.
Les deux réseaux visent la même clientèle initiale. Il s'agit des visiteurs étrangers, des hommes d'affaires et de la diaspora syrienne.
Une foire de Damas qui affiche l'ambition économique
Le paiement du président est tombé le jour de l'ouverture de la 63e Foire internationale de Damas. L'événement se tient jusqu'au 4 septembre, sous le slogan "La Syrie rayonne à nouveau".
Près d'un millier d'exposants venus d'une soixantaine de pays y participent. L'édition précédente avait attiré plus de 2,2 millions de visiteurs, pour des contrats dépassant 935 milliards de livres syriennes.
Devant les exposants, Ahmed al-Charaa a défendu une ambition claire. Il souhaite que la Syrie retrouve son rôle de couloir commercial entre l'Est et l'Ouest.
La Türkiye en première ligne
Ankara occupe une place particulière dans cette séquence. Le ministre turc du Commerce, Ömer Bolat, s'est rendu à la foire dès mercredi.
Il a présenté l'événement comme une vitrine de la puissance industrielle syrienne. Par ailleurs, il a réaffirmé le soutien de la Türkiye à la stabilité et au développement du pays voisin.
Les deux États visent désormais 10 milliards de dollars d'échanges annuels. Le commerce transfrontalier, la logistique et les matériaux de construction figurent en tête des priorités.
Les limites d'un symbole
La prudence reste de mise. La Banque centrale syrienne le reconnaît sans détour.
Le service ne couvre pas encore l'ensemble du territoire. De plus, aucun calendrier n'a été fixé pour une réintégration financière complète.
Plusieurs chantiers restent ouverts. La conformité, la gouvernance, la gestion des risques, la cybersécurité et la supervision réglementaire exigent des années de travail. C'est pourquoi les grandes banques internationales avancent encore avec précaution.
L'économie réelle rappelle enfin la réalité du terrain. Le pays reste dominé par les espèces. La pauvreté touche une large majorité de la population, et les destructions de la guerre pèsent sur chaque secteur.
Deux poids, deux mesures: le contraste avec la Palestine
Cette séquence pose une question dérangeante. Les sanctions financières frappent, puis se lèvent, selon des logiques politiques rarement explicites.
Pendant quinze ans, les Syriens ordinaires ont payé le prix d'un isolement bancaire total. Aujourd'hui, un changement de régime et un calcul diplomatique suffisent à rouvrir les vannes.
Le contraste avec la Palestine saute aux yeux. Israël poursuit son offensive à Gaza et son expansion coloniale en Palestine occupée (Cisjordanie). Pourtant, aucun réseau de paiement international ne s'est retiré de son marché. Aucun État ne l'a inscrit sur une liste noire financière.
L'armée d'occupation israélienne mène par ailleurs des incursions régulières dans le sud de la Syrie. Ces opérations n'ont entraîné aucune conséquence financière pour Tel-Aviv. En revanche, elles fragilisent directement la souveraineté que Damas cherche à reconstruire.
Le système financier mondial n'est donc pas neutre. Il sanctionne, il pardonne, et il choisit ses moments.
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