17:29, 21/08/2026, vendredi
Hind Rajab: la famille rejette l'enquête de l'armée d'occupation israélienne
La famille de Hind Rajab a dénoncé l'enquête pénale ouverte le 19 août 2026 par l'armée d'occupation israélienne. Sa grand-mère, interrogée par l'AFP, y voit une manœuvre destinée à "justifier" la mort de la fillette de cinq ans, tuée à Gaza en janvier 2024. L'armée avait nié pendant plus de deux ans la présence de ses soldats. Une seconde enquête vise 15 secouristes tués. Les proches réclament une procédure indépendante.
La famille de Hind Rajab n'attend rien de la justice israélienne. La grand-mère de la fillette palestinienne, tuée à Gaza en janvier 2024, a réagi à l'AFP après l'annonce d'une enquête pénale ouverte par l'armée d'occupation israélienne. Elle y voit une simple manœuvre destinée à "justifier" l'assassinat de sa petite-fille de cinq ans.
L'aveu est arrivé le mercredi 19 août 2026. Après plus de deux ans de démentis, l'armée génocidaire a reconnu que ses soldats avaient ouvert le feu sur la voiture où se trouvait Hind Rajab. Auparavant, elle avait toujours nié la présence de ses troupes dans la zone.
Pour la famille, cette reconnaissance n'a pas valeur de justice. Elle intervient trop tard et sur un dossier trop documenté pour rester dissimulé.
Ce que l'armée d'occupation israélienne a fini par reconnaître
L'armée israélienne a rendu publiques mercredi les conclusions de cinq enquêtes préliminaires. Elles portent sur des
"incidents exceptionnels"
survenus pendant les combats à Gaza.Le communiqué militaire indique désormais que des soldats ont tiré sur un véhicule qui s'approchait d'eux. L'armée évoque une trajectoire
"contraire"
à un avis préalable diffusé par son porte-parole aux habitants de la zone.Une enquête pénale a été ouverte dans la foulée. Elle est confiée à la division d'enquêtes criminelles de la police militaire. Une seconde procédure vise la mort de 15 secouristes et travailleurs humanitaires palestiniens, tués en mars 2025.
Cependant, plusieurs autres tueries de haut profil ne figurent pas dans le communiqué. C'est notamment le cas des frappes israéliennes contre un hôpital du sud de Gaza en août 2025.
"Ils ont reconnu parce que c'était documenté"
La grand-mère de Hind Rajab, qui porte le même prénom que la fillette, a réagi auprès de l'AFP. Elle n'a pas caché sa méfiance envers l'appareil judiciaire israélien.
"Nous ne faisons pas confiance au système judiciaire israélien, nous ne leur faisons pas confiance parce qu'ils ont commis de nombreux crimes"
, a-t-elle déclaré. Elle a poursuivi avec une remarque directe."Ils ont reconnu l'incident concernant Hind parce qu'il avait été documenté. Cependant, de nombreux autres crimes ont été commis à Gaza qui n'ont pas été documentés"
, a ajouté la grand-mère.Elle a également qualifié la démarche israélienne. Selon elle, il ne s'agit pas d'un aveu, mais d'une tentative de
"justifier au monde comment l'armée a commis le crime et exécuté Hind".
La mère demande une enquête indépendante
La mère de Hind Rajab, Wissam Hamada, a exprimé une position proche. Elle rejette l'idée d'une procédure militaire interne.
"Je ne veux pas d'une enquête militaire fermée. Je veux une enquête indépendante, transparente et une véritable responsabilisation de tous ceux qui en sont responsables"
, a-t-elle déclaré au quotidien The National.Elle a par ailleurs interrogé le calendrier.
"Pourquoi ouvrir une enquête maintenant ? Est-ce parce que la vérité est trop grande pour être cachée ?"
, a-t-elle demandé.Retour sur la mort de Hind Rajab, cinq ans, à Gaza
Les faits remontent au 29 janvier 2024. La famille de Hind Rajab tente alors de fuir Gaza-ville en voiture, dans le quartier de Tel al-Hawa.
Le véhicule essuie des tirs. Cinq membres de la famille sont tués sur le coup ou perdent conscience. Layan, cousine de Hind âgée de 15 ans, survit brièvement et appelle les secours.
La fillette de cinq ans reste ensuite seule dans la voiture, entourée des corps de ses proches. Elle passe plusieurs heures au téléphone avec le Croissant-Rouge palestinien. Elle supplie qu'on vienne la chercher.
Deux secouristes du Croissant-Rouge sont dépêchés sur place, après coordination signalée à l'armée israélienne. Leur ambulance est également prise pour cible. Les deux hommes sont tués.
Une voiture criblée de plus de 300 impacts
Le corps de Hind Rajab est retrouvé plusieurs jours plus tard. Il repose dans une petite voiture criblée de balles, près d'une station-service.
Une enquête indépendante ultérieure a dénombré 355 impacts de balles sur le véhicule. Une investigation d'Al Jazeera avait auparavant démontré la présence de chars israéliens autour de la scène. Israël avait pourtant nié pendant plus de deux ans.
Le Washington Post et Forensic Architecture ont abouti à des conclusions convergentes. Toutes les analyses ont désigné les blindés israéliens comme auteurs des tirs.
Une enquête interne qui inspire peu confiance
Les organisations israéliennes de défense des droits humains partagent le scepticisme de la famille. Selon elles, les enquêtes internes sur les tirs de soldats aboutissent très rarement à des condamnations.
"Presque aucune mise en examen n'est prononcée par rapport au nombre de plaintes contre des soldats et des commandants qui commettent des infractions"
, indique un porte-parole de l'organisation Yesh Din. Il ajoute que dans les rares cas de condamnation, les peines restent "ridiculement légères".
La Fondation Hind Rajab, basée à Bruxelles, a également réagi. Son président Dyab Abou Jahjah n'a pas mâché ses mots.
"Nous n'avons aucune confiance dans le système judiciaire israélien. C'est une mascarade destinée à blanchir et à disculper les criminels qui ont tué Hind Rajab et sa famille"
, a-t-il affirmé. Il vise nommément la 401e brigade blindée, le 52e bataillon et la compagnie "Vampire Empire".Une justice attendue hors d'Israël
Pour la Fondation, la justice ne viendra pas de Tel-Aviv. Elle passera par des juridictions internationales et nationales étrangères.
L'organisation cite la Cour pénale internationale et plusieurs procédures ouvertes dans des pays européens. Elle promet de poursuivre son travail d'identification et de plainte.
Le cas de Hind Rajab n'est pas isolé. Il incarne un modèle documenté par de nombreuses organisations depuis octobre 2023.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, la campagne militaire israélienne a tué plus de 73 300 Palestiniens depuis cette date. Des mécanismes d'enquête onusiens ont qualifié plusieurs de ces épisodes de possibles crimes de guerre.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a défendu sa procédure. Il a présenté l'ouverture de l'enquête pénale comme la preuve qu'Israël est une
"démocratie respectueuse du droit".
Cette formulation a été aussitôt contestée par la famille et par les défenseurs des droits humains. Pour eux, l'ampleur des crimes non documentés à Gaza rend la comparaison insoutenable.
Hind Rajab, symbole mondial de l'enfance sacrifiée
Deux ans après sa mort, Hind Rajab est devenue une figure globale. Ses derniers mots, enregistrés lors de son appel au Croissant-Rouge, ont fait le tour du monde.
Le film "La Voix de Hind Rajab", réalisé par Kaouther Ben Hania, a été nommé aux Oscars 2026 dans la catégorie Meilleur long-métrage international. Il intègre les enregistrements audio authentiques de la fillette.
Aux États-Unis, plusieurs élus démocrates ont déposé le "Justice for Hind Rajab Act". Ce texte réclame que l'administration américaine enquête et rende des comptes sur cette mort.
En Espagne, un portrait géant de la fillette a été déployé sur une plage de Barcelone en janvier 2026. Sa mère y a participé, aux côtés de plusieurs centaines de personnes.
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