17:59, 27/08/2026, jeudi
Jérusalem: le colon qui a agressé une religieuse française acquitté
Le tribunal d'instance de Jérusalem occupée a acquitté Yona Schreiber, colon israélien de 36 ans, qui avait agressé une religieuse française le 28 avril 2026 près du Cénacle. Le juge n'a pas contesté les faits, mais a retenu l'irresponsabilité pénale sur la base d'une expertise psychiatrique. L'homme sera interné six ans au maximum, avec possibilité de libération anticipée. L'avocat de la victime conteste cette décision.
Le tribunal d'instance de Jérusalem occupée a acquitté Yona Simcha Schreiber. Ce colon israélien de 36 ans avait agressé une religieuse catholique française, le 28 avril 2026, sur le mont Sion.
La décision est tombée le 26 août 2026. Elle referme, sans condamnation, une affaire qui avait provoqué l'indignation de Paris, du Vatican et des Églises de Terre sainte.
Le juge Ofir Tishler n'a pourtant contesté aucun fait. Il a simplement estimé que l'agresseur ne pouvait pas répondre pénalement de ses actes.
Ce qu'a décidé le tribunal d'instance de Jérusalem occupée
Le magistrat s'est appuyé sur une expertise psychiatrique. Un psychiatre de district a conclu à un état psychotique au moment des faits, sur la base d'un diagnostic de schizophrénie.
Selon cette évaluation, l'homme ne comprenait pas la portée de ses gestes. Le juge en a donc tiré une irresponsabilité pénale totale.
Le tribunal a par conséquent prononcé un acquittement. Il n'a retenu aucune des qualifications réclamées par le parquet.
Un internement de six ans au maximum
Le juge a ordonné le placement de Yona Schreiber en établissement psychiatrique. La durée maximale atteint six ans, soit le plafond prévu pour la gravité des faits reprochés.
Cette durée reste toutefois théorique. En effet, une commission médicale peut recommander une libération anticipée à tout moment.
Le colon avait d'ailleurs été admis dans l'établissement dès le lundi précédent. La décision n'a été rendue publique que deux jours plus tard.
Les faits, eux, n'ont jamais été contestés
L'agression s'est déroulée en fin d'après-midi, à quelques pas du Cénacle et du lieu-dit tombeau de David. Une caméra de surveillance a tout enregistré.
Les images montrent un homme qui court derrière une femme en habit blanc et voile noir. Il la pousse violemment dans le dos. La religieuse chute et sa tête heurte une dalle surélevée.
L'agresseur revient ensuite vers elle. Il la frappe à coups de pied alors qu'elle gît au sol, puis s'en prend à un passant venu s'interposer.
Mgr William Shomali, évêque auxiliaire du patriarcat latin, avait visionné la vidéo. Il avait alors jugé que la chute aurait pu tuer la victime. Le retour de l'agresseur sur une femme déjà blessée aggravait encore, selon lui, la nature du crime.
La religieuse française agressée à Jérusalem attend toujours justice
La victime a 48 ans. Elle est chercheuse à l'École biblique et archéologique française de Jérusalem (EBAF), institution dominicaine fondée en 1890.
Elle a dû recevoir des soins médicaux après l'agression. Le visage tuméfié, elle avait été prise en charge à l'hôpital.
Son avocat, Zaki Sahlia, a exprimé son désaccord avec le verdict. Il aurait préféré que l'agresseur soit reconnu pénalement responsable et puni pour ses actes. Selon lui, l'acquittement et l'internement forcé n'atténuent ni la gravité de l'attaque ni la souffrance endurée.
La défense parle d'un "incident malheureux"
L'avocat du colon, Idan Gamliel, a réagi après l'audience. Il a qualifié l'agression d'
"incident malheureux".
Il a ajouté que la défense prenait
"note"
des "sentiments difficiles"
de la religieuse. La formule a choqué plusieurs responsables religieux de Jérusalem.Le contraste est saisissant. D'un côté, une femme rouée de coups au sol. De l'autre, un vocabulaire administratif qui désamorce toute responsabilité.
Une qualification de crime de haine abandonnée en route
Le parquet israélien avait pourtant frappé fort au printemps. Le 7 mai 2026, il inculpait Yona Schreiber d'agression ayant causé des blessures, motivée par l'hostilité envers un groupe religieux.
Autrement dit, la justice israélienne avait elle-même retenu le mobile confessionnel. Le ministère de la Justice avait demandé le maintien en détention jusqu'au procès.
Trois mois plus tard, cette qualification a disparu du dossier. L'expertise psychiatrique a suffi à effacer le mobile comme la sanction.
Peduel, une colonie illégale au regard du droit international
Yona Schreiber réside à Peduel. Cette implantation se situe en Palestine occupée (Cisjordanie), à l'ouest de Salfit.
Comme toutes les colonies israéliennes, Peduel est illégale au regard du droit international. La quatrième convention de Genève interdit en effet à une puissance occupante de transférer sa population civile sur le territoire qu'elle occupe.
La Cour internationale de justice l'a rappelé dans son avis consultatif de juillet 2024. Elle a jugé la présence israélienne dans les territoires palestiniens occupés illicite, et demandé son retrait.
Ce détail géographique n'est donc pas anodin. Un résident de colonie a agressé une religieuse à Jérusalem-Est, également occupée depuis 1967, puis a été jugé par un tribunal civil israélien.
Une vague d'agressions contre les chrétiens de Terre sainte
Cette affaire ne constitue pas un cas isolé. Le Rossing Center for Education and Dialogue, organisation israélienne, a recensé 155 incidents visant des chrétiens en 2025 en Israël et à Jérusalem-Est occupée.
Le rapport détaille 61 agressions physiques, 52 atteintes à des biens ecclésiaux, 28 cas de harcèlement et 14 dégradations de panneaux. La hausse atteint environ 40 % sur un an.
Les auteurs y voient pourtant la
"partie émergée de l'iceberg"
. De nombreux religieux ne portent en effet jamais plainte.Un autre observatoire, le Religious Freedom Data Center, a documenté 181 incidents sur la même période. Les crachats représentent à eux seuls 109 cas.
Des symboles chrétiens visés bien au-delà de Jérusalem
Le phénomène déborde les frontières de la ville sainte. En avril 2026, une image d'un soldat de l'armée d'occupation israélienne détruisant une statue du Christ au marteau-piqueur, dans le sud du Liban, a circulé massivement.
En mai, l'association française L'Œuvre d'Orient a dénoncé la démolition d'un couvent de sœurs salvatoriennes à Yaroun. L'armée israélienne était en cause.
Le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, avait lui-même été empêché d'accéder au Saint-Sépulcre pour les Rameaux. Trois prêtres subissaient le même sort.
Deux poids, deux mesures devant la justice
L'acquittement soulève une question de fond. Elle dépasse largement le dossier médical de Yona Schreiber.
Les Palestiniens de Palestine occupée (Cisjordanie) relèvent, eux, de tribunaux militaires israéliens. Les organisations de défense des droits humains documentent depuis des années des taux de condamnation supérieurs à 99 % devant ces juridictions.
Un colon israélien bénéficie donc de la justice civile, de l'expertise psychiatrique et de la présomption d'innocence. Un adolescent palestinien arrêté à un checkpoint n'a accès à aucune de ces garanties.
Cette asymétrie structure l'occupation. C'est pourquoi l'affaire du mont Sion résonne bien au-delà de la communauté chrétienne.
A retenir
Le tribunal d'instance de Jérusalem occupée a acquitté un colon israélien qui avait agressé une religieuse française. Le juge a retenu l'irresponsabilité pénale, sur la foi d'une expertise psychiatrique.
L'homme sera interné six ans au maximum. Une commission médicale peut cependant écourter cette période.
La victime, chercheuse française de 48 ans, n'obtient donc aucune condamnation. Son avocat conteste ouvertement l'issue de la procédure.
Reste le contexte, plus vaste. Les violences contre les chrétiens de Terre sainte augmentent, les colonies s'étendent, et la justice israélienne applique deux régimes différents selon la nationalité du prévenu. L'acquittement du 26 août 2026 illustre cette réalité mieux qu'un long rapport.
A lire également:

International
Israël renforce ses troupes en Cisjordanie occupée

International
Israël arrête deux fois le ministre palestinien de Jérusalem

International
Ben Gvir filmé dans le bureau de l'UNRWA après un raid
Titres : jérusalemcénaclepalestine occupéecisjordanietribunal de jérusalemyona schreiberyona simcha schreiberexpertise psychiatriqueécole biblique et archéologique françaiseebafterre saintereligieuse françaiseagressionchrétiens de terre saintezaki sahliaacquittementviolence contre les chrétienscrime de hainedroit internationalpeduelirresponsabilité pénalecolon israélienmont sioncolonies israéliennesjustice israéliennereligieuse française agressée Jérusalemcolon israélien acquittétribunal Jérusalem occupéemont Sion CénaclePeduel colonieviolences contre les chrétiens










Les commentaires que vous publiez sur notre site constituent une ressource précieuse pour les autres utilisateurs. Veuillez faire preuve de respect envers les opinions différentes et les autres membres. Évitez tout langage grossier, offensant, dégradant ou discriminatoire.