16:30, 25/08/2026, mardi
Cisjordanie occupée: un député israélien détruit un mémorial palestinien
Le député israélien Zvi Sukkot a détruit, mardi 25 août 2026, un mémorial dédié à des Palestiniens tués, dans le village de Madama, en Palestine occupée (Cisjordanie), sous protection de Tsahal. L'élu d'extrême droite revendique l'acte pour empêcher la "glorification du terrorisme". L'armée dénonce un dépassement d'autorité. La classe politique israélienne, y compris Netanyahu, a largement condamné l'épisode, survenu au lendemain d'une mise en garde sur la violence des colons.
Un député israélien d'extrême droite a détruit, mardi 25 août 2026, un mémorial dédié à des Palestiniens tués. La scène s'est déroulée à Madama, un village situé près de Naplouse, en Palestine occupée (Cisjordanie). Des soldats de l'armée d'occupation israélienne assuraient sa protection.
Zvi Yedidia Sukkot, élu du parti Sionisme religieux, a lui-même filmé la scène. Il a ensuite partagé la vidéo sur les réseaux sociaux, sans exprimer le moindre regret.
Un mémorial pris pour cible à Madama
Le monument se dressait au centre du village de Madama. Selon Rami Nassar, chef du conseil villageois, il portait les noms de Palestiniens tués lors d'une bataille de 1968, puis pendant les deux Intifadas.
Sukkot et plusieurs de ses collaborateurs sont arrivés sur place armés de masses. Ainsi, ils ont brisé la structure en pierre sous les yeux de militaires israéliens, présents pour sécuriser leur venue.
Le parlementaire préside par ailleurs la sous-commission parlementaire chargée des questions relatives à la Cisjordanie. Cette fonction lui donne un accès facilité au terrain, sous escorte militaire.
D'après l'armée israélienne, Sukkot avait demandé, le 12 août, à effectuer une
"tournée des monuments".
Elle devait couvrir les villages de Beita, Burin et Madama.Des soldats ont donc été détournés de leurs missions habituelles pour encadrer cette visite. Cependant, Tsahal affirme n'avoir jamais autorisé la destruction elle-même.
Sukkot revendique un acte prémédité
Sur les réseaux sociaux, l'élu n'a rien caché de ses intentions.
"Chaque enfant qui voit chaque jour un immense monument glorifiant les meurtriers de Juifs rêvera de devenir un terroriste"
, a-t-il écrit.Il affirme avoir réclamé, à plusieurs reprises, le retrait de ces mémoriaux auprès de l'armée. Face à l'inaction de Tsahal, il dit avoir choisi d'agir lui-même. Il évoque un simple
"avant-goût"
de ce qui devrait suivre, selon lui, dans d'autres villages.Cette demande de retrait aurait suivi un signalement du média israélien The Jewish Voice. Ce dernier aurait révélé la tenue d'une cérémonie commémorative dans le village.
Ce point mérite toutefois une vérification supplémentaire avant publication
, la formulation exacte de cette collaboration restant floue selon les sources consultées."Il n'y a pas de place pour le soutien au terrorisme"
Sukkot a martelé son message sur X.
"Il n'y a pas de place pour le soutien au terrorisme dans l'État d'Israël !"
, a-t-il écrit.Ce discours s'inscrit dans une ligne politique plus large. En effet, l'élu milite depuis des années pour la démolition systématique des mémoriaux palestiniens en Cisjordanie occupée.
L'armée israélienne s'est distancée de l'épisode. Elle affirme que l'entrée dans le village avait été coordonnée, mais pas la démolition.
"Les participants ont agi de manière trompeuse et manipulatrice, sans autorisation et en violation complète du cadre approuvé"
, a déclaré Tsahal. Dès que les soldats ont constaté les faits, ils ont alerté la brigade de Samarie.Le commandement a alors ordonné l'évacuation immédiate du groupe. Par ailleurs, l'armée qualifie l'épisode d'
"exploitation"
de la protection fournie par ses propres soldats.Un contexte de tensions déjà vives
Cet incident survient au lendemain d'une mise en garde du commandant militaire de Cisjordanie. Celui-ci aurait averti Benjamin Netanyahu qu'une seule étincelle suffirait à embraser tout le territoire, en raison de la violence des colons.
La coïncidence n'a échappé à personne. Plusieurs responsables israéliens ont ainsi rapproché les deux événements dans leurs critiques.
Fait rare, la classe politique israélienne a largement condamné l'acte, au-delà des clivages habituels. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lui-même a dénoncé une action non autorisée.
"L'armée est l'autorité souveraine en Judée-Samarie"
, a-t-il affirmé, reprenant la terminologie biblique employée par Israël pour désigner la Cisjordanie occupée. Il a ajouté que "se faire justice soi-même"
nuisait au travail de l'armée contre le terrorisme.Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar est allé dans le même sens. Selon lui, Sukkot
"n'est pas le souverain sur les territoires de Judée-Samarie"
. Les décisions de démolition, a-t-il rappelé, reviennent à l'État et aux services de sécurité, "et à eux seuls".
L'opposition dénonce un "provocateur violent"
Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major devenu chef du parti Yashar, s'est montré plus virulent encore.
"Le comportement du député Sukkot est une honte pour quiconque prétend représenter le public et être un dirigeant"
, a-t-il écrit sur X.Il a également visé Netanyahu directement. Selon lui, le Premier ministre
"laisse des anarchistes comme Zvi Sukkot faire ce qu'ils veulent"
, au détriment de la sécurité des colonies et de l'image d'Israël.D'autres élus ont enfoncé le clou. Le député Gilad Kariv a rappelé que l'armée refusait souvent d'escorter certains élus dans des zones sensibles, faute de moyens.
"Il s'avère qu'il existe des forces disponibles pour escorter l'incendiaire au cœur d'un village palestinien"
, a-t-il ironisé.Un symbole de la colonisation en Palestine occupée (Cisjordanie)
Cet épisode dépasse le simple fait divers. Il illustre une réalité documentée depuis des mois par des organisations de défense des droits humains: l'impunité dont bénéficient certains colons armés, agissant sous protection militaire directe.
La destruction de mémoriaux commémorant des Palestiniens tués touche à un enjeu sensible. Ces monuments incarnent la mémoire collective de villages entiers, marqués par des décennies d'occupation. Les effacer revient, pour beaucoup de Palestiniens, à effacer une part de leur histoire.
De plus, cet acte s'ajoute à une longue liste de violences commises par des colons en Cisjordanie occupée. Les appels à leur encadrement, voire à leur désarmement, restent pourtant sans effet concret sur le terrain.
Ce qu'il faut retenir
Un député israélien d'extrême droite a détruit, sous protection militaire, un mémorial dédié à des Palestiniens tués à Madama. Il revendique cet acte comme une lutte contre la
"glorification du terrorisme".
L'armée israélienne dénonce un dépassement d'autorité. La classe politique israélienne, elle, a largement condamné l'épisode, jusque dans les rangs du gouvernement.
Pour les habitants du village, la question dépasse la polémique politique à Tel-Aviv. Un pan de leur mémoire collective vient d'être réduit en pierres.
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