17:21, 17/09/2026, jeudi
Amir Haddad, chevalier de l'Ordre du Mérite: le soutien à Tsahal récompensé
Le 15 septembre, Aurore Bergé a fait chevalier de l'Ordre national du Mérite le chanteur franco-israélien Amir Haddad, ancien sergent-chef du renseignement de Tsahal. La cérémonie a réuni Nicolas Sarkozy, Carla Bruni et des figures communautaires. Elle intervient deux mois après l'annulation, pour raisons de sécurité, de son concert à Marseille, visé par des appels au boycott rappelant sa participation en 2014 à un événement dans une colonie d'Hébron, en Palestine occupée (Cisjordanie).
Mardi 15 septembre, le chanteur franco-israélien Amir Haddad a reçu les insignes de chevalier de l'Ordre national du Mérite. La ministre Aurore Bergé lui a remis cette distinction lors d'une cérémonie à Paris. Pourtant, ce geste ravive une polémique tenace autour du parcours militaire du chanteur au sein de l'armée israélienne.
Une cérémonie parisienne sous haute tension politique
La soirée a réuni des figures politiques et communautaires de premier plan. L'ancien président Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni y assistaient, selon plusieurs médias proches de l'artiste. Le grand rabbin de France Haïm Korsia et le président du CRIF, Yonathan Arfi, auraient également figuré parmi les invités, aux côtés des animateurs Nikos Aliagas et Sophia Aram.
Cette présence conjointe n'a rien d'anodin. En effet, elle place la République aux côtés d'institutions communautaires pro-israéliennes, dans un moment déjà chargé politiquement. Le génocide mené par Israël à Gaza sert de toile de fond à cette soirée mondaine.
Un décret vieux de quatre mois
Le décret officialisant cette nomination remonte en réalité au 15 mai 2026. Il salue vingt ans de service au rayonnement de la culture francophone. Lors de la cérémonie, Aurore Bergé a longuement célébré le parcours du chanteur:
"Amir a beaucoup donné à la France"
, a-t-elle déclaré, selon des propos rapportés par plusieurs titres proches du dossier.La ministre aurait ajouté:
"La France vous aime, elle est fière de vous et ce soir, elle vous dit merci."
Cette seconde phrase, non recoupée de façon indépendante à ce stade, doit être vérifiée avant toute publication définitive.Aurore Bergé a également évoqué "Supernova", un titre écrit par Amir Haddad en hommage aux victimes du festival Nova, attaqué le 7 octobre 2023. La ministre s'est rendue à deux reprises sur ce site en Israël. Ainsi, la distinction dépasse le simple hommage artistique : elle s'inscrit dans un récit politique clairement assumé par l'exécutif.
Amir Haddad, ancien sergent-chef du renseignement de Tsahal
Amir Haddad est né à Paris en 1984, dans une famille juive originaire de Tunisie. Il grandit ensuite entre Sarcelles et Israël, où il effectue son service militaire. Il y devient sergent-chef dans les services de renseignement de Tsahal, l'armée israélienne.
Ce passage sous l'uniforme israélien revient sans cesse dans les critiques adressées à l'artiste. De plus, il n'est pas le seul élément contesté de son parcours.
Une colonie d'Hébron et une soirée pour les soldats de Tsahal
En 2014, Amir Haddad participe à un événement musical dans une colonie israélienne d'Hébron, en Palestine occupée (Cisjordanie). Cette colonie est jugée illégale au regard du droit international. La même année, il se produit également lors d'une soirée de soutien aux soldats de Tsahal.
Cet événement est organisé par Yoni Chetboun, ancien officier et figure du parti nationaliste d'extrême droite HaBayit HaYehudi. Ces deux épisodes nourrissent depuis des années la contestation autour de l'artiste, bien au-delà des frontières françaises.
La polémique ne date pas d'hier. En juillet 2025, dix artistes programmés aux Francofolies de Spa, en Belgique, dénoncent sa présence sur l'affiche. Plusieurs d'entre eux se retirent du festival par solidarité avec la cause palestinienne.
En décembre 2025, des collectifs propalestiniens mobilisent à leur tour contre sa venue au Zénith de Nantes. Ils rappellent son service militaire et sa participation aux événements de 2014, en Palestine occupée (Cisjordanie).
Marseille, l'été où la sécurité a tranché
L'épisode le plus marquant survient l'été suivant. Le 26 juillet 2026, son concert gratuit aux Terrasses du Port, à Marseille, est annulé pour raisons de sécurité. L'Association France Palestine Solidarité avait appelé à manifester contre
"un soutien de Tsahal"
et "un acteur du soft power israélien".
Le CRIF Marseille-Provence dénonce alors une atteinte à la liberté artistique. Cependant, l'annulation illustre surtout un malaise croissant autour de la présence publique du chanteur, en pleine offensive israélienne à Gaza.
Une décoration qui interroge le favoritisme d'État
Deux mois après l'annulation de Marseille, l'État choisit pourtant de célébrer le même artiste. Ce contraste interroge fortement. D'un côté, les autorités invoquent la sécurité pour empêcher un concert gratuit. De l'autre, une ministre déroule le tapis rouge à Paris.
En pleine guerre à Gaza, cette reconnaissance officielle d'un ancien militaire israélien passe difficilement inaperçue. Elle alimente ainsi le sentiment, déjà répandu chez les défenseurs de la cause palestinienne, d'un traitement de faveur accordé aux voix pro-israéliennes dans l'espace public français. Par ailleurs, aucune distinction comparable n'a jamais salué les artistes engagés pour la Palestine.
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