17:48, 15/09/2026, mardi
Loi de 2004: l'UDMF réclame son abrogation
Dans une interview exclusive à Nouvelle Aube, Monia Bouguerra, chargée des relations internationales de l'UDMF, réclame l'abrogation de la loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux à l'école. Selon elle, ce texte a ouvert la voie à une islamophobie institutionnalisée. Le parti en fait la mesure phare de sa campagne législative et lance une pétition nationale. Cette offensive intervient alors que les projets d'interdiction du voile se multiplient avant 2027.
L'Union des démocrates musulmans français (UDMF) passe à l'offensive. Le parti réclame l'abrogation de la loi de 2004 sur les signes religieux à l'école. Monia Bouguerra, chargée des relations internationales du mouvement, détaille cette campagne à Nouvelle Aube.
Selon elle, ce texte a ouvert la voie à une islamophobie institutionnelle. De plus, il nourrirait aujourd'hui une surenchère d'interdictions visant les musulmanes. À l'approche de la présidentielle de 2027, l'UDMF entend donc peser dans le débat.
Pourquoi l'UDMF demande l'abrogation de la loi de 2004
Le parti a lancé sa campagne cet été. Son objectif tient en une phrase: supprimer la loi du 15 mars 2004. Ce texte interdit les signes religieux ostensibles dans les écoles, collèges et lycées publics.
Pour Monia Bouguerra, tout commence là
. "C'est la loi de 2004 qui a véritablement ouvert la boîte de Pandore de l'islamophobie institutionnalisée dans notre pays"
, affirme-t-elle.Elle décrit ensuite un engrenage. En effet, les propositions qui restreignent la liberté et la visibilité des musulmans se multiplient depuis vingt-deux ans.
"Elles grandissent de jour en jour"
, résume la responsable.Ce que dit exactement le texte de 2004
La loi n° 2004-228 ajoute un article au Code de l'éducation. Concrètement, elle interdit aux élèves les signes ou tenues qui manifestent
"ostensiblement"
une appartenance religieuse.Sur le papier, la formulation reste générale. Cependant, le débat de l'époque portait presque entièrement sur le foulard des élèves musulmanes. C'est pourquoi l'UDMF juge que cette loi
"liberticide"
vise "exclusivement et spécifiquement les citoyens de confession musulmane".
Une surenchère d'interdictions avant la présidentielle
Monia Bouguerra observe une
"contamination"
des programmes électoraux. Elle cite plusieurs pistes: interdire le voile aux mineures, à l'université ou aux mères accompagnatrices de sorties scolaires. Le Rassemblement national va encore plus loin, puisqu'il vise le voile dans tout l'espace public.Ces idées ne relèvent pas de la fiction. Ainsi, le groupe Droite républicaine de Laurent Wauquiez a déposé une proposition de loi pour interdire le
"voilement"
des mineures dans l'espace public. La commission des lois de l'Assemblée l'a rejetée le 14 janvier 2026, avant son passage en séance.Par ailleurs, Gabriel Attal, président du groupe Ensemble pour la République, défend une mesure encore plus large. Il souhaite interdire le voile dans l'espace public jusqu'à 15 ans.
De son côté, Bruno Retailleau a plaidé pour une interdiction du voile dans tout l'espace public. Il inclut les sorties scolaires et les universités.
Les femmes musulmanes en première ligne
Ces mesures ciblent d'abord les femmes. En effet, le Collectif contre l'islamophobie en Europe a recensé 828 signalements d'actes islamophobes en 2023. Or plus de 80 % d'entre eux visaient des femmes.
Pour l'UDMF, ce climat découle directement de 2004.
"C'est cette loi qui a véritablement ouvert une brèche"
, insiste Monia Bouguerra.Un vote massif en 2004, de la gauche à la droite
La responsable rappelle l'adhésion quasi générale de la classe politique. Selon elle, les élus ont voté ce texte
"de l'extrême gauche à l'extrême droite".
Les chiffres confirment un large consensus. Le 10 février 2004, l'Assemblée nationale a adopté la loi par 494 voix pour, 36 contre et 31 abstentions. Le Sénat a ensuite voté le même texte le 3 mars, par 276 voix contre 20.
Quelques élus ont toutefois refusé de suivre. Christiane Taubira, Noël Mamère et Alain Madelin ont voté contre. De même, une majorité du groupe communiste s'y est opposée.
Noël Mamère alertait déjà sur un risque précis. Selon lui, la loi allait aggraver la fracture coloniale dont souffre la France. Vingt-deux ans plus tard, l'UDMF reprend ce combat.
Législatives: l'abrogation comme proposition phare
L'UDMF ne veut pas seulement dénoncer ou mettre la pression sur les candidats.
"Elle entend également agir concrètement"
, précise Monia Bouguerra. Le parti lance donc sa campagne pour les élections législatives.L'abrogation de la loi du 15 mars 2004 en devient la mesure centrale. Selon la responsable, aucune autre formation n'accepte de revenir sur ce texte. Elle cite nommément La France insoumise.
Le mouvement assume donc de se démarquer.
"Si les autres partis refusent toujours de revenir sur cette loi, nous prendrons nos responsabilités en demandant son retrait"
, tranche-t-elle.Une pétition nationale ouverte à tous
Le parti a aussi lancé une pétition nationale. Elle demande l'abrogation de la loi et reste accessible sur le site officiel udmf.fr.
Monia Bouguerra invite chaque citoyen à la signer.
"Pour se connecter, rien de plus simple. Il suffit d'aller sur notre site"
, explique-t-elle. Puis elle conclut: "À vous de jouer."
Ce que révèle cette campagne de l'UDMF
La démarche bouscule un tabou français. En effet, la loi de 2004 fait presque l'unanimité dans la classe politique. Pourtant, une partie des premiers concernés la conteste toujours.
Les critiques ne viennent pas seulement des musulmans de France. Ainsi, le Comité des droits de l'homme de l'ONU a jugé en 2018 que l'interdiction du voile intégral violait les droits de deux Françaises. De plus, Amnesty International a dénoncé en 2024 l'exclusion des sportives voilées avant les Jeux de Paris.
Ce décalage interroge la lecture française de la laïcité. À l'origine, la loi de 1905 imposait la neutralité à l'État, pas aux citoyens. Or chaque nouvelle proposition déplace cette obligation vers les femmes musulmanes elles-mêmes.
À l'approche de 2027, les projets d'interdiction du voile se multiplient. Face à eux, l'UDMF choisit la voie inverse: revenir à la racine du problème.
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