17:17, 14/09/2026, lundi
Voile à l'école: Olivier Faure persiste et signe
Sur BFMTV, Olivier Faure a défendu le droit des mamans accompagnatrices à porter le foulard lors des sorties scolaires. Il s'appuie sur l'avis du Conseil d'État de 2013, qui distingue parents bénévoles et agents publics. Cette position, déjà défendue en 2019, tranche avec les hésitations passées du PS sur ce sujet. Candidat à la primaire de la gauche pour 2027, le premier secrétaire socialiste assume une laïcité de concorde.
Olivier Faure a tranché un débat sensible. Le premier secrétaire du Parti socialiste s'est exprimé sur le port du foulard par les mamans accompagnatrices. Il l'a fait mardi, sur le plateau de BFMTV Politique, face à Guillaume Daret.
Sa formule ne laisse aucune place au doute:
"Je suis pour que les mamans accompagnatrices des sorties d'école puissent porter le foulard."
Cette déclaration relance un débat récurrent de la laïcité française. Elle intervient alors qu'Olivier Faure est candidat à la primaire de la gauche pour 2027.Le foulard des mamans accompagnatrices: ce que dit le droit
Olivier Faure ne s'appuie pas sur une opinion isolée. Il invoque un avis précis du Conseil d'État, rendu le 23 décembre 2013.
Cet avis qualifie les parents bénévoles de
"collaborateurs occasionnels du service public"
. Or ce statut diffère nettement de celui d'agent public. Par conséquent, l'obligation de neutralité religieuse ne s'applique pas automatiquement à eux.Le Conseil d'État ajoute une nuance importante. En l'absence de prosélytisme ou de trouble à l'ordre public, rien n'interdit à une mère voilée d'accompagner une sortie scolaire. Un chef d'établissement peut seulement le
"recommander"
, sans pouvoir l'imposer.Une jurisprudence contestée depuis plus de dix ans
Cet avis de 2013 n'a jamais mis fin à la polémique. En 2012 déjà, une circulaire du ministre Luc Chatel demandait aux mères accompagnatrices de retirer tout signe religieux. Le Conseil d'État l'avait alors désavouée.
Depuis, la droite et l'extrême droite reviennent régulièrement à la charge. En 2021, le sénateur Max Brisson (LR) a fait adopter un amendement étendant l'interdiction aux sorties scolaires. Le Sénat l'a voté par 177 voix contre 141.
Cependant, cet amendement n'est jamais devenu loi. L'Assemblée nationale l'a écarté lors de la lecture définitive du texte sur le séparatisme.
Une position qu'Olivier Faure défend depuis longtemps
Le patron du PS ne découvre pas ce sujet. En 2019 déjà, lors d'un débat sur les sorties scolaires, il opposait un argument concret à ses adversaires.
"Est-ce qu'une femme qui tient la main d'un enfant pour lui faire traverser un passage piéton, c'est une éducatrice ?"
, interrogeait-il alors. Il ajoutait: "Si vous dites que cela a un lien avec l'école, alors il faut aussi empêcher les mamans de rentrer à l'école avec un foulard."
Cette continuité mérite d'être soulignée. Olivier Faure ne change pas de ligne à l'approche d'une élection. Il prolonge un raisonnement juridique et politique tenu depuis près de sept ans.
Le Parti socialiste, un bloc constant au Parlement
Le groupe socialiste n'a pas varié non plus. En 2021, au Sénat, les trois groupes de gauche ont voté contre l'amendement Brisson, d'un seul bloc. Socialistes, communistes et écologistes ont fait cause commune.
Ce front reste stable depuis des années. En revanche, la position du PS a évolué sur d'autres textes concernant la laïcité, avec davantage de nuances internes.
Le PS n'a pas toujours affiché une ligne aussi tranchée. En 2004, l'Assemblée nationale vote la loi interdisant les signes religieux ostensibles pour les élèves. Le groupe socialiste s'y rallie très largement : 140 voix pour, deux voix contre seulement, dont celle de Christiane Taubira.
Cette loi concernait uniquement les élèves, pas les parents accompagnateurs. La distinction compte. Elle explique en partie pourquoi Olivier Faure peut soutenir la loi de 2004 tout en refusant son extension aux mères accompagnatrices.
Sur le voile intégral, la ligne s'est également révélée plus prudente. En 2010, la loi interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public suscite des réserves à gauche. Plusieurs députés socialistes s'abstiennent, invoquant des doutes constitutionnels plutôt qu'une opposition frontale.
Entre 2012 et 2017, sous la présidence de François Hollande, les ministres socialistes de l'Éducation nationale restent prudents. Selon plusieurs analyses, Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem adoptent alors une position
"moins nette"
sur les mères accompagnatrices voilées, sans clarification législative.Une clarification assumée en pleine primaire
Le contexte politique éclaire ce choix. Olivier Faure a annoncé sa candidature à la primaire de la gauche fin août 2026, une semaine après Raphaël Glucksmann, désigné favori.
Sa déclaration tranche donc avec les hésitations passées de son propre camp. Elle affiche une
laïcité de concorde
, assumée jusqu'au bout, plutôt qu'une laïcité de combat
réclamée par la droite et l'extrême droite.Ce positionnement vise un objectif clair. Olivier Faure cherche à consolider ses liens avec les électorats populaires et urbains, souvent marqués par une forte diversité religieuse. De plus, il cherche à se distinguer dans une primaire où la gauche reste divisée sur la laïcité.
En revanche, cette clarté a un coût politique. La droite et l'extrême droite dénoncent régulièrement ce type de prise de position, qu'elles présentent comme un "renoncement" face à l'islam politique. Le débat promet donc de se poursuivre durant toute la campagne de la primaire.
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