Les déclarations du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, relayées hier dans les journaux turcs, ont montré une nouvelle fois que les projets des États-Unis et d’Israël visant à diviser l’Iran avaient été empêchés par la Türkiye…
Araghchi raconte qu’au début de la guerre, Trump avait appelé les dirigeants kurdes irakiens et que, le soir même, il s’était lui aussi entretenu à la fois avec les dirigeants kurdes et avec le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan. Il explique que la Türkiye n’est pas restée silencieuse face à cette situation, qu’elle est rapidement intervenue et qu’elle a joué un rôle efficace :
Les Turcs se sont entretenus avec les Américains tout en adoptant une position ferme. Ces efforts collectifs ont permis de faire échouer le complot visant à diviser l’Iran et à provoquer des troubles internes.
Ce n’est pas quelque chose que nous ignorions. Nous en connaissons même les détails. Mais il est important que Téhéran rende à chacun ce qui lui revient…
Jusqu’au changement intervenu en Syrie, on pouvait dire que l’influence iranienne s’étendait jusqu’à la Méditerranée. Nous n’en étions pas heureux non plus. Un corridor était en cours de construction. Des organisations terroristes en faisaient également partie. La frontière iranienne étant devenue une frontière sino-russe, la longueur de ce corridor a finalement été réduite.
Aujourd’hui, les Iraniens nous remercient d’avoir fait échouer, à la place de ce corridor, un corridor israélien qui aurait pénétré jusque dans les profondeurs de leur territoire. Ce n’était rien. Nous l’avons fait avec plaisir, mais ils ont certainement compris ce que nous ressentions !
Une rivalité qui ne se transforme jamais en hostilité
Les relations entre la Türkiye et l’Iran ont toujours été marquées par des hauts et des bas. Ils nous connaissent et nous les connaissons. Reconnaissons-le : il existe une rivalité entre nous. Nous suivons de près ce que fait l’autre.
Comme lors de la guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, les tensions peuvent parfois monter. Cela peut également arriver en Syrie ou dans la lutte contre le terrorisme du PKK. Il existe aussi entre nous une rivalité géopolitique. Mais aucun de ces différends, même lorsqu’il met sérieusement à l’épreuve les règles de la courtoisie, n’atteint le niveau de
l’"hostilité".
Le plus important réside dans le fonctionnement de canaux ouverts, rapides et clairs entre les institutions des deux pays et leurs dirigeants à tous les niveaux.
La
"jalousie"
de Téhéran à l’égard de la Türkiye provient surtout de notre visibilité sur les plateformes internationales. Même lorsque nous prenons l’initiative en faveur de la paix pendant les guerres, les Iraniens ne souhaitent pas vraiment que nous intervenions, y compris lorsque cette intervention joue en leur faveur…Les deux pays savent cependant parfaitement deux choses. Premièrement, ils savent qu’ils ne doivent pas se faire la guerre, car cela profiterait avant tout à leurs ennemis. Deuxièmement, ils n’apprécient pas les initiatives susceptibles de porter atteinte à l’intégrité territoriale de l’autre.
Téhéran n’accepterait donc pas un piège visant à diviser et à fragmenter la Türkiye, car il sait que le vide ainsi créé finirait par l’absorber lui aussi, tout comme l’Irak et la Syrie.
Ankara ne souhaite pas davantage le démantèlement de l’Iran, car les complications qui en résulteraient affecteraient la Türkiye et les vagues provoquées dans la région finiraient, indirectement, par atteindre une nouvelle fois nos côtes…
Lors de la trahison du 15 juillet, par exemple, l’Iran avait compris ce qui se passait dès les premières heures et avait pris position. Ankara a également joué un rôle déterminant dès qu’elle a compris que la "carte kurde" serait utilisée contre l’Iran.
Si les États-Unis s’étaient alliés à Israël sans nous écouter, la Türkiye aurait également assumé un rôle "concret" sur le terrain. Cela aurait donné une tout autre dimension à la guerre contre l’Iran !
Voilà de quelle étoffe sont faites la Türkiye et l’Iran. Vous ne pouvez pas porter ensemble des vêtements confectionnés avec ces deux étoffes, car la tenue ne fonctionne pas et les couleurs ne s’accordent pas. Mais ces étoffes sont de bonne qualité. Parce que leur
"tissage"
est solide !Il existe aussi l’étoffe israélienne. Sa seule qualité est de ne pas laisser apparaître les taches. Elle retient les taches, mais ne les montre pas. Imaginez du sang tombant sur un tapis rouge.
Désormais, cela aussi touche à sa fin…
Est-il concevable qu’Israël, et bien entendu les États-Unis, aient pu envisager de jouer la "carte kurde" contre l’Iran sans savoir que cela aurait des conséquences pour la région, la Türkiye, l’Irak et la Syrie ?
Tout le monde se souvient probablement des propos de Trump, qui avait déclaré en substance :
Je suis en colère contre les Kurdes. Ils n’ont pas remis aux opposants iraniens les armes que nous avions envoyées.
L’affaire était donc, en réalité, allée jusque-là. Ce qui était étrange, c’est que cette attitude ne correspondait pas aux approches actuelles des États-Unis à l’égard des autres pays de la région, en particulier la Türkiye, la Syrie et l’Irak. Cette initiative n’était pas conforme à ce que Washington attendait des pays en question. L’action menée et les politiques affichées se contredisaient.
Nous pouvons donc affirmer que cette tentative contre l’Iran sentait Israël à plein nez. Le mécontentement d’Israël face aux évolutions quotidiennes et à court terme de la région est d’ailleurs facile à discerner. Une opération aussi sale, susceptible de déplacer simultanément toutes les pièces du jeu, aurait servi ses intérêts.
On peut également ajouter que certains éléments militaires américains opposés aux politiques régionales de Trump ont facilité cette idée. Aujourd’hui encore, nous sentons que des manœuvres similaires sont présentées à Washington par l’intermédiaire du CENTCOM.
Mais en dernière analyse, cette opération portait la signature d’Israël…
Israël restera le principal problème régional
Leur étoffe est ainsi faite et elle ne changera pas. C’est pourquoi je répète avec insistance que le problème n’est pas Netanyahu, mais Israël.
Même si la nature de la guerre place actuellement l’Iran au centre des événements, et même si l’Iran ne constitue qu’une étape d’une confrontation plus vaste et mondiale, Israël continuera d’être le principal problème de la région à court et à moyen terme.
On peut même dire qu’aujourd’hui, le seul enjeu stratégique au Moyen-Orient est de savoir ce que deviendront les relations entre la Türkiye et Israël…
C’est là que réside l’importance des élections israéliennes prévues à la fin du mois d’octobre et des élections américaines de mi-mandat du mois de novembre.
Que Netanyahu perde et que Trump gagne, que l’inverse se produise, qu’ils perdent tous les deux ou qu’ils gagnent tous les deux, nous devrons incontestablement faire face à de nouveaux équilibres.
Même le scénario que nous pourrions considérer comme le moins mauvais, à savoir une défaite de Netanyahu et une victoire de Trump, ne garantira aucun apaisement…
Dans cette hypothèse, nous pouvons déjà imaginer la construction d’un discours destiné à la Türkiye :
Regardez, Netanyahu est parti. Un nouveau pouvoir est installé à Tel-Aviv et, de surcroît, il ne regarde pas la Türkiye de la même manière que lui.
Aujourd’hui, bien qu’elle soit confrontée à une série de problèmes d’origine israélienne, la politique étrangère turque encercle de plus en plus Tel-Aviv. Nous pouvons constater que la pression exercée sur Israël est en train de se transformer en peur.
Le soutien apporté par Ankara aux alliances régionales et son approche inclusive, qui englobe l’Égypte, les pays du Golfe et même l’Iran, dérangent profondément Israël. Il en va de même pour la situation en Syrie et en Irak.
Le processus également structuré autour de projets concrets avec nos voisins frontaliers est perçu en Israël comme un câble d’étranglement.
Même sans le serrer, il leur coupe le souffle…

