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16:23, 20/08/2026, jeudi

Hind Khoudary ouvre "On the beach", un café face à la mer à Gaza

La journaliste palestinienne Hind Khoudary a ouvert début août 2026 un café baptisé "On the beach", face à la mer à Gaza. Correspondante d'Al Jazeera et de l'agence Anadolu, elle veut offrir aux habitants un espace sûr après des mois de reportages sur le génocide. Le projet affronte des défis quotidiens : électricité rare, eau très coûteuse et blocus israélien. Pour Hind Khoudary, le lieu incarne un fragment de la Gaza qu'elle refuse de perdre.

La journaliste palestinienne
Hind Khoudary
a ouvert un café sur la plage de Gaza. Le lieu s'appelle "On the beach". Il a accueilli ses premiers clients il y a un peu plus d'une semaine.

La correspondante d'Al Jazeera et de l'agence Anadolu a documenté sans relâche le génocide en cours. Aujourd'hui, elle veut faire renaître un fragment de vie ordinaire. Elle veut aussi offrir un espace de respiration aux habitants de l'enclave.

Ce projet est né d'un manque.
"La Gaza que j'aimais tant regarder me manquait"
, confie-t-elle. Voici le sens de cette initiative, et les défis quotidiens qu'elle affronte pour la faire tenir.

"On the beach": un café né d'un manque

Le café a ouvert début août 2026. Hind Khoudary l'a installé face à la mer, à Gaza. Le lieu se veut simple. Il propose surtout de l'espace, du calme et une vue sur l'horizon.

L'idée s'est imposée à elle après des mois de reportages sur les massacres.
"J'ai décidé d'ouvrir ce projet simplement parce que la Gaza que j'aimais tant regarder me manquait"
, explique-t-elle. Elle ajoute:
"La Gaza que j'aime, dont nous avons été privés pendant les années de génocide, me manquait aussi."

Ainsi, le café ne se pense pas comme une entreprise ordinaire. Il fonctionne plutôt comme un geste de mémoire. C'est un rappel de ce que la vie palestinienne était, et de ce qu'elle pourrait redevenir.

Un espace pour souffler, chacun à sa manière

La journaliste insiste sur la liberté offerte par le lieu.
"Tout le monde aime faire quelque chose de précis à la plage"
, raconte-t-elle. Elle-même préfère regarder le coucher de soleil.
Certains viennent chanter. D'autres jouent du tambour.
"Chacun aime faire ce qu'il aime, et ici c'est un espace sûr pour que tout le monde puisse s'exprimer et faire les choses comme il les aime."
Cette description n'a rien d'anodin. En effet, un
"espace sûr"
à Gaza reste une exception rare. Les bombardements israéliens ont ciblé écoles, hôpitaux, tentes de déplacés et zones dites humanitaires.

Un défi quotidien face au blocus israélien

Ouvrir un café à Gaza aujourd'hui relève de la prouesse. L'électricité manque. L'eau potable se paie très cher. Les matériaux de base circulent au compte-gouttes, sous blocus israélien.

Hind Khoudary ne s'en cache pas.
"Tout était un véritable défi, même l'acheminement de l'électricité ou de l'eau jusqu'au café"
, reconnaît-elle. Elle parle d'un combat quotidien,
"très coûteux et difficile".
Cependant, l'objectif reste modeste.
"Nous déployons beaucoup d'efforts pour essayer de fournir même un petit service à la population"
, résume-t-elle. Le café tient donc, un jour après l'autre, à force d'ingéniosité.

Ce que dit ce projet du quotidien à Gaza

Ce type d'initiative éclaire une réalité rarement montrée. Malgré les destructions, une vie sociale résiste. Elle s'organise autour de gestes simples: un thé partagé, une chanson, un coucher de soleil.

Ces fragments de normalité n'effacent rien. En revanche, ils rappellent que les Palestiniens ne sont pas seulement des victimes filmées. Ce sont aussi des habitants qui inventent, chaque jour, des espaces pour continuer à vivre.

Le café de Hind Khoudary s'inscrit dans cette économie de la résistance ordinaire. Il rejoint d'autres initiatives citoyennes lancées à Gaza depuis le début de la guerre.

Une pause après des mois de reportages sur le génocide

Hind Khoudary est née à Gaza vers 1995. Elle a commencé le journalisme en 2017. Depuis, elle a travaillé pour Al Jazeera English, l'agence Anadolu, Middle East Eye et +972 Magazine.

Depuis octobre 2023, elle figure parmi les rares journalistes palestiniens à documenter en continu la guerre menée par l'armée d'occupation israélienne. Elle a refusé de quitter l'enclave alors que d'autres possibilités lui étaient offertes. Sa maison familiale a été détruite. Ses proches ont été déplacés à plusieurs reprises.

Ce contexte pèse dans sa décision d'ouvrir un café. "Il se peut que les gens m'aiment, ou peut-être que mon entourage souhaite me soutenir autrement, car ils ont vu à quel point j'étais épuisée pendant le génocide", explique-t-elle.

Elle poursuit:
"Ils ont compris que je méritais une pause, un peu de recul par rapport au journalisme."
Toutefois, elle précise ne pas s'éloigner complètement de son métier.
"Je n'en suis pas très loin, une petite pause s'imposait."

Une profession décimée par les frappes israéliennes

Cette pause a un prix symbolique. Selon les décomptes de plusieurs organisations de défense de la presse, plus de deux cents journalistes palestiniens ont été tués par l'armée israélienne à Gaza depuis octobre 2023. C'est l'un des bilans les plus lourds jamais enregistrés pour un conflit contemporain.

Le mois d'août 2026 a encore été marqué par la mort de journalistes travaillant pour Al Jazeera, tués dans une frappe visant leur tente près de l'hôpital al-Shifa. Hind Khoudary connaissait plusieurs d'entre eux.

Dans ce contexte, ouvrir un café tient aussi du refus. Refus de disparaître, refus de se taire, refus de renoncer à la mer.

Ce que "On the beach" représente pour Gaza

Le café ne changera pas le rapport de force. Il ne mettra pas fin au blocus. Il ne reconstruira pas les maisons rasées.

Cependant, il porte un message clair. La vie palestinienne ne se réduit ni aux images de bombardements ni aux communiqués humanitaires. Elle inclut aussi le droit de s'asseoir face à la mer.

Hind Khoudary l'a formulé simplement, en présentant son projet comme
"un espace sûr pour que tout le monde puisse s'exprimer et faire les choses comme il les aime"
. Cette phrase, en apparence banale, devient à Gaza un acte politique.

Le café continue d'accueillir des visiteurs, chaque jour, malgré tout. C'est peut-être là sa plus grande réussite.

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