17:44, 08/10/2026, jeudi
Retailleau juge que le Hamas a "défiguré" la cause palestinienne
Sur le site du festival Nova, Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, affirme que le Hamas a "défiguré" la cause palestinienne depuis le 7 octobre 2023. Or cette cause naît bien avant le Hamas, fondé en 1987. Elle repose sur l'occupation, la dépossession et le droit international. En avril 2025, le même responsable parlait pourtant de "cause juste". Sa déclaration ignore Gaza et la colonisation en Palestine occupée (Cisjordanie).
Bruno Retailleau relance la polémique. Le candidat des Républicains (LR) à la présidentielle française s'est exprimé sur le site du festival de musique Nova. Selon lui, le mouvement de résistance palestinien Hamas aurait
"défiguré"
la cause palestinienne
par son attaque du 7 octobre 2023.La déclaration tombe au lendemain du troisième anniversaire de l'attaque. Elle s'inscrit donc dans un climat de commémorations et de campagne. Par ailleurs, elle repose sur une confusion que beaucoup d'observateurs jugent grave: celle entre un mouvement politique et tout un peuple.
Ce qu'a dit Bruno Retailleau sur le site du festival Nova
Le responsable de droite a choisi des mots très durs.
"Je voudrais simplement dire que cette barbarie, il faut la nommer. C'est la barbarie islamiste"
, a-t-il déclaré.Il a ensuite posé sa thèse centrale.
"Le Hamas, ce n'est pas la cause palestinienne. Le Hamas a défiguré, talibanisé, islamisé, déshumanisé la cause palestinienne"
, a-t-il jugé.Le lieu n'a rien d'anodin. Le festival Nova s'est déroulé près de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. Selon les autorités israéliennes, plus de 360 personnes y ont été tuées.
Au total, l'attaque a fait environ 1 200 morts en Israël et 251 personnes ont été enlevées, d'après l'agence Reuters. Ces faits sont documentés et leur gravité n'est pas discutée ici. En revanche, la lecture politique qu'en fait Bruno Retailleau mérite d'être examinée.
La cause palestinienne existe bien avant le Hamas
Sur un point, le candidat a raison : le Hamas n'est pas la cause palestinienne. Cependant, cette phrase prend un sens très différent selon qui la prononce.
Le Hamas a été fondé en 1987. Or la dépossession des Palestiniens remonte à 1948, avec la Nakba, qui a chassé des centaines de milliers de personnes de leurs terres. La cause palestinienne désigne donc d'abord un peuple privé de ses droits.
Depuis 1967, Israël occupe la Palestine occupée (Cisjordanie), Jérusalem-Est et Gaza. En juillet 2024, la Cour internationale de justice a jugé cette occupation illégale. De plus, elle a demandé son arrêt.
Autrement dit, cette cause repose sur le droit international. Elle ne dépend pas d'une organisation, ni d'une date, ni d'un camp politique. C'est pourquoi on ne peut pas la
"défigurer"
en jugeant un seul acteur.Une cause portée par des millions de personnes
Des États, des syndicats, des juristes et des ONG défendent cette cause. Ils le font sans passer par le Hamas. Des manifestants la défendent aussi, partout dans le monde, y compris le 7 octobre.
Cette réalité contredit l'idée d'une cause
"talibanisée"
. En effet, la solidarité avec les Palestiniens rassemble des croyants, des laïcs, des juifs, des musulmans et des chrétiens. Aucun de ces groupes ne se reconnaît dans le vocabulaire employé par Bruno Retailleau.Une formule déjà utilisée en avril 2025
Ce n'est pas la première fois que Bruno Retailleau emploie ce verbe. Le 30 avril 2025, alors ministre de l'Intérieur, il annonçait la dissolution du collectif Urgence Palestine.
Il déclarait alors, selon franceinfo, qu'il ne fallait
"pas défigurer la cause juste des Palestiniens"
. Il parlait aussi d'une "défiguration de la foi"
par l'islamisme.Le contraste frappe. En 2025, il reconnaissait que la cause était
"juste".
En 2026, il l'associe aux talibans. Ainsi, le registre a changé, alors que la situation à Gaza s'est encore aggravée.Le procédé est connu. Il consiste à valider la cause en théorie, puis à disqualifier ceux qui la défendent en pratique. Par conséquent, toute mobilisation pour les Palestiniens devient suspecte.
Cette méthode a une portée politique concrète. Elle sert à justifier des interdictions de manifester et des procédures de dissolution. Elle alimente aussi l'amalgame entre solidarité et soutien au terrorisme.
Ce que cette déclaration passe sous silence
Le propos de Bruno Retailleau ne dit rien de Gaza aujourd'hui. Pourtant, la guerre menée par Israël a détruit la majeure partie du territoire. Elle a fait des dizaines de milliers de morts, dont une majorité de civils, selon le ministère de la Santé de Gaza.
En septembre 2025, la commission d'enquête des Nations unies a conclu qu'Israël commettait un génocide à Gaza. Cette conclusion pèse lourd dans le débat. En revanche, le candidat LR ne l'évoque pas.
Il ne dit rien non plus de la colonisation en Palestine occupée (Cisjordanie). Les colons y étendent leur emprise, souvent sous protection militaire. Pourtant, ces faits
"défigurent"
la cause palestinienne bien plus sûrement que n'importe quel slogan.Honorer les victimes du 7 octobre est légitime. De plus, nommer les crimes commis ce jour-là relève du devoir d'information. Mais une mémoire sélective ne rend justice à personne.
Les enfants tués à Gaza, les familles ensevelies et les hôpitaux détruits appartiennent aussi à cette histoire. Les ignorer revient à dire que certaines vies comptent moins. C'est précisément ce que dénoncent les défenseurs des droits humains.
Un propos de campagne à quelques mois de 2027
Bruno Retailleau tente d'imposer sa candidature à la présidentielle de 2027. Selon i24NEWS, il reste sous la barre des 10 % d'intentions de vote. Il cherche donc à se démarquer.
Récemment, il a qualifié La France insoumise de
"parti de collabos"
avec les islamistes. Par ailleurs, il attaque Marine Le Pen sur sa droite. Dans ce contexte, la déclaration sur le Hamas ressemble à un signal adressé à un électorat précis.Ce choix a un coût. Il banalise un vocabulaire qui confond islam, islamisme et cause palestinienne. De plus, il éloigne la France d'une position fondée sur le droit international.
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