Affaire Bardella: le CJFAI vole à son secours après les révélations de Mediapart
13:20, 29/09/2026, mardi
Yeni Şafak

Thibaud MORITZAFP
L'association pro-israélienne CJFAI apporte son soutien à Jordan Bardella, dans la tourmente après la parution d'une enquête de Médiapart cibalant son passé antisémite.Après les révélations de Mediapart sur des écrits antisémites de 2013 attribués à Jordan Bardella, le CJFAI lui apporte son soutien. Le président du RN conteste "formellement" ces messages et annonce des poursuites. Le Crif et la Licra critiquent au contraire le parti. Pour de nombreux internautes, ce soutien illustre une instrumentalisation des juifs au service d'un agenda politique. L'affaire fragilise la dédiabolisation du RN avant 2027.
Mediapart a publié lundi 28 septembre 2026 des écrits antisémites de 2013, attribués à Jordan Bardella. Le président du RN les conteste
"formellement".
Pourtant, une organisation lui a aussitôt apporté son soutien: le CJFAI.Cette réaction choque de nombreux internautes. En effet, elle émane d'une structure qui se présente comme l'amie des juifs de France. Par ailleurs, elle contraste avec la position du Crif, très critique envers le RN.
Ce que Mediapart reproche à Jordan Bardella
Mediapart affirme avoir enquêté pendant plusieurs mois. Le journal dit avoir authentifié des conversations privées, écrites à l'été 2013. Jordan Bardella avait alors 17 ou 18 ans et militait au Front national.
Selon Mediapart, ces messages traduisent un
"antisémitisme obsessionnel".
Ils décriraient aussi un prétendu complot juif visant à contrôler le monde. L'un d'eux évoquerait un "Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël".
Le journal ajoute que Jordan Bardella aurait soutenu Dieudonné, condamné à l'époque pour provocation à la haine. Il aurait aussi visé l'ancien ministre Pierre Moscovici. Ces éléments restent des allégations contestées.
Un démenti catégorique et des poursuites annoncées
Jordan Bardella dénonce des
"faux grossiers"
. Sur X, il assure avoir chargé son avocat d'engager les procédures nécessaires. Il rappelle aussi qu'il n'était pas militant actif du Front national à l'été 2013.Marine Le Pen évoque de son côté une
"barbouzerie dont Mediapart a le secret".
Mardi 29 septembre, elle a annoncé une contre-attaque. Mediapart affirme, en revanche, avoir authentifié ses documents.La CJFAI soutient Bardella
CJFAI
signifie Confédération des Juifs de France et Amis d'Israël
. Sur X, cette organisation apporte son "soutien plein et entier"
à Jordan Bardella. Elle dénonce une entreprise de déstabilisation menée par Mediapart.Elle assure aussi que le président du RN s'est toujours tenu aux côtés des juifs de France et d'Israël. De plus, elle relaie une tribune de Richard Abitbol. Ce texte conteste l'autorité morale du journal fondé par Edwy Plenel.
Dans les extraits consultés, le message vise surtout Mediapart. Il ne s'attarde pas sur le contenu des écrits cités. Le CJFAI choisit donc de défendre l'homme politique avant tout examen des faits.
Le Crif et la Licra ne suivent pas cette ligne
Le Crif tient un tout autre discours. Son président, Yonathan Arfi, y voit
"une illustration des limites de la dédiabolisation du Rassemblement national"
. Il se dit aussi stupéfait par la violence des propos attribués à Jordan Bardella.La Licra va dans le même sens. Elle estime que le RN n'a jamais fait partie de l'arc républicain. Ainsi, deux grandes organisations prennent leurs distances avec le parti.
Le CJFAI ne représente donc pas la communauté juive dans son ensemble. Aucune organisation ne le peut, d'ailleurs. Les juifs de France ne forment pas un bloc politique.
Pourquoi ce soutien nourrit l'accusation d'instrumentalisation
Sur les réseaux sociaux, la colère monte. Pour de nombreux internautes, ce soutien prouve une chose. Les sionistes placent l'alliance politique avant la lutte contre l'antisémitisme. Ils y voient une instrumentalisation des juifs au service d'un agenda.
Une structure qui dit défendre les juifs protège un dirigeant accusé de textes sur un complot juif mondial. Cette contradiction alimente la défiance.
Notre lecture est claire. Une partie de la droite pro-israélienne tolère l'extrême droite, tant que celle-ci soutient Israël. En revanche, elle qualifie d'antisémite toute critique de la guerre à Gaza ou de la colonisation en Palestine occupée (Cisjordanie). Cette confusion affaiblit le combat contre le véritable antisémitisme.
Une affaire qui fragilise la dédiabolisation du RN
Marine Le Pen a engagé cette stratégie en 2011. Elle vise à rendre le parti fréquentable. L'affaire la met donc sous tension, à quelques mois de la présidentielle d'avril-mai 2027.
Le RN prévoit en effet de nommer Jordan Bardella à Matignon en cas de victoire. Le parti dénonce une guerre totale menée contre lui. Cependant, les réactions du Crif et de la Licra montrent que le débat dépasse la gauche.
Les prochains jours diront si les procédures annoncées aboutissent. Une éventuelle enquête permettrait de vérifier l'authenticité des messages. D'ici là, le doute demeure.
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