16:52, 04/09/2026, vendredi
Palestine occupée: deux mères pleurent leurs enfants tués par Israël
En Palestine occupée (Cisjordanie), deux mères pleurent la mort de leurs fils, tués par l'armée d'occupation israélienne. Sam Abu Haikal, sept mois, est mort à Hébron en juin 2026, malgré l'arrêt de la voiture familiale. Mohammed al-Hallaq, neuf ans, a été abattu à Al-Rihiya en octobre 2025. B'Tselem recense 235 enfants et adolescents tués depuis octobre 2023, à un rythme sept fois supérieur à la période précédente.
Deux mères, deux villages, une même douleur. À Bethléem et à Al-Rihiya, en Palestine occupée (Cisjordanie), Dania Abu Haikal et Alia al-Hallaq portent le deuil de leurs fils.
Sam Abu Haikal
, sept mois, et Mohammed al-Hallaq
, neuf ans, ont été tués par l'armée d'occupation israélienne lors d'incidents séparés.Ces deux morts ne sont pas isolées. En effet, elles s'inscrivent dans une hausse marquée des enfants et adolescents palestiniens tués en Cisjordanie occupée depuis le début du génocide à Gaza.
Sam Abu Haikal, sept mois, tué à Hébron
Sam Abu Haikal avait sept mois. Le 5 juin 2026, des soldats israéliens ont ouvert le feu sur la voiture familiale près de Tel Rumeida, dans le quartier de Hébron. Une balle a traversé le pare-brise, puis la main du père, avant d'atteindre l'enfant au visage.
L'armée israélienne a d'abord affirmé que le véhicule "accélérait" vers ses soldats. Cependant, une vidéo obtenue par l'ONG israélienne B'Tselem contredit cette version. Elle montre la voiture ralentir, puis s'arrêter, avant les coups de feu.
La famille rentrait de Bethléem, où elle vit. Elle se rendait à Hébron, chez la grand-mère de l'enfant. Ainsi, Sam n'a jamais atteint sa destination.
Une mère blessée elle aussi, un deuil et une douleur physique
Dania Abu Haikal, 28 ans, a également été touchée. Une balle est entrée par sa joue droite et ressortie derrière son oreille, alors qu'elle allaitait son fils.
Deux mois après le drame, la jeune femme dit encore souffrir physiquement. Elle doit tirer son lait chaque jour, un geste devenu insupportable.
"Chaque fois que j'utilise ce tire-lait, je pleure"
, confiait-elle à des journalistes.Universitaire, elle décrit une maison désormais vide.
"Je pleure tous les jours, ma vie est vide sans lui"
, a-t-elle déclaré. Elle a saisi un avocat pour pousser l'armée à enquêter. "Les Palestiniens n'obtiennent pas justice"
, regrette-t-elle, "mais nous espérons l'obtenir".
Mohammed al-Hallaq, neuf ans, abattu à Al-Rihiya
Le second drame s'est joué quatre mois plus tôt. Le 16 octobre 2025, Mohammed al-Hallaq jouait au football près de son village d'Al-Rihiya, au sud de Hébron. Une patrouille de l'armée d'occupation israélienne s'est alors heurtée à un groupe d'adolescents plus âgés.
Une balle perdue a traversé l'abdomen du garçon de neuf ans, selon les secours. L'armée israélienne a reconnu avoir
"riposté"
lors de cet affrontement. Toutefois, aucune enquête n'a établi la responsabilité précise du tir.Une mère qui ne s'en remet pas
Sa mère, Alia al-Hallaq, continue de se présenter comme mère de cinq enfants, et non quatre.
"Je n'ai toujours pas accepté cette perte",
confie-t-elle. Elle s'assoit souvent dans la cour et regarde la tombe de son fils.Par ailleurs, elle dénonce une absence totale de justice et de sécurité. Elle s'interroge: qu'a fait un enfant pour mériter la mort, alors qu'il voulait simplement rentrer heureux de l'école ? Les démolitions de maisons, les arrestations et les deuils répétés nourrissent, selon elle, un sentiment d'avenir bouché.
Une hausse confirmée des enfants tués en Palestine occupée (Cisjordanie)
Ces deux histoires ne sont pas des exceptions. L'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem a recensé 235 enfants et adolescents palestiniens tués par l'armée d'occupation israélienne en Cisjordanie depuis octobre 2023, dont cinq par des colons.
La Commission palestinienne de résistance à la colonisation et au mur avance, elle, un bilan de 250 morts sur la même période. Les deux chiffres racontent la même tendance: une violence en forte accélération.
Un rythme sept fois plus élevé qu'avant octobre 2023
Entre 2005 et 2021, environ un enfant ou adolescent palestinien était tué chaque mois par l'armée israélienne, selon B'Tselem. Depuis octobre 2023, ce rythme atteint environ sept enfants tués par mois.
En 2025, 54 enfants et adolescents ont été tués selon la même source. Le plus jeune avait deux ans. La majorité des victimes avait cependant entre 14 et 17 ans.
De nombreux adolescents meurent lors d'affrontements liés à des jets de pierres. Le commandant militaire israélien pour la Cisjordanie, le général Avi Bluth, a reconnu que l'armée avait tué 42 Palestiniens pour ce motif en 2025, sans préciser combien étaient mineurs.
L'armée d'occupation rarement inquiétée
Les enquêtes militaires israéliennes débouchent rarement sur des sanctions. Le père de Sam, Fahd Abu Haikal, a pourtant choisi de coopérer avec les investigations en cours.
Il conteste fermement la version de l'armée.
"Quand on voit quelque chose devant soi, qu'on vise et qu'on tire, ce n'est pas une erreur",
a-t-il déclaré. Cette absence de sanctions alimente, chez les familles, un sentiment durable d'injustice.Ces deux récits illustrent une réalité plus large. En Palestine occupée (Cisjordanie), la mort d'un enfant ne suscite ni enquête indépendante ni condamnation judiciaire dans la grande majorité des cas.
Pourtant, les familles continuent de réclamer justice. Dania Abu Haikal et Alia al-Hallaq portent, chacune à leur manière, cette exigence. Leur douleur rappelle enfin une évidence trop souvent oubliée : derrière les statistiques, il y a des enfants, des prénoms et des familles brisées.
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