La rédaction avec
18:03, 04/09/2026, vendredi

Ben Gvir dévoile un plan pour vider Gaza de ses habitants

Le ministre israélien Itamar Ben Gvir a dévoilé un plan pour pousser 1,9 million de Palestiniens hors de Gaza en sept ans, sous couvert d'"émigration volontaire". Baptisé "Désengagement 710", le projet prévoit un budget de plusieurs dizaines de milliards de shekels et la création d'un ministère de l'Immigration. Türkiye, Éthiopie et Congo figurent parmi les destinations envisagées. Cette annonce électorale s'appuie sur deux ans de guerre ayant fait plus de 73 000 morts à Gaza.

Il fallait oser. Itamar Ben Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, a présenté jeudi un plan pour chasser la quasi-totalité de la population de Gaza vers l'étranger. Il appelle cela une
"émigration volontaire"
. Le monde entier appelle cela un nettoyage ethnique.

L'homme parle de chiffres comme on parle de quotas de bétail. 250 000 Palestiniens poussés dehors la première année. 1,11 million en trois ans. Près de 1,9 million en sept ans, soit la quasi-totalité des habitants de Gaza. Il faut le relire pour y croire.

Un plan de nettoyage ethnique baptisé "Désengagement 710"

Le nom choisi dit déjà tout. "Désengagement 710" renvoie au retrait israélien de Gaza en 2005. Il renvoie aussi à l'attaque du 7 octobre 2023, que la droite israélienne utilise sans relâche pour justifier l'injustifiable.

Ben Gvir a publié une brochure de 20 pages. Elle s'intitule
"programme de travail national pour le transfert volontaire de la bande de Gaza".
Un titre aseptisé pour un projet qui vise à effacer un peuple de sa terre.
Le ministre présente ce texte comme
"le fruit d'un an et demi de travail"
mené par des experts et des responsables de la sécurité. Autrement dit, la déportation d'un peuple entier a été planifiée avec le sérieux d'un dossier administratif.

Ce que dit vraiment Itamar Ben Gvir sur l'"émigration" des Palestiniens

Face aux caméras, Ben Gvir a assumé chaque mot.
"Nous devons saisir cette occasion historique pour créer une solution historique"
, a-t-il déclaré. Une
"occasion"
née de deux ans de bombardements sur des civils affamés.
Il ajoute:
"Depuis le début de la guerre, je me tiens debout, je crie et j'exige la mise en œuvre de l'idée visant à encourager l'émigration depuis Gaza."
Il ne s'en cache donc même plus. Il en est fier.

"Nous n'imposons pas le départ", dit-il, en imposant le blocus

Voici l'argument central de Ben Gvir. Selon lui,
"le droit de quitter [Gaza] existe, mais il n'existe aucun droit automatique d'y entrer".
Il en conclut qu'il s'agit d'un
"choix libre"
. Cette phrase mérite d'être décortiquée, tant elle est malhonnête.

Un peuple affamé, privé d'eau, d'électricité et de soins, sous les bombes depuis deux ans, ne "choisit" rien. Il fuit. Prétendre le contraire relève du cynisme le plus brutal. Comment peut-on présenter comme "libre" un départ arraché sous blocus et sous les décombres ?

Ben Gvir a même osé une justification morale. Il assure vouloir offrir aux Gazaouis un accompagnement de 24 mois, avec logement, formation et emploi dans les pays de destination. Cette générosité de façade ne change rien à l'objectif final: vider Gaza de ses Palestiniens.

Un budget colossal pour organiser le déplacement forcé

Le plan Otzma Yehudit chiffre son ambition. Il prévoit un investissement initial de 10 milliards de shekels. Il pourrait grimper jusqu'à 50 milliards supplémentaires, sous réserve d'un financement international.

Ben Gvir affirme même que
"des pays"
auraient déjà fait savoir à Israël qu'ils étaient prêts à accueillir des Gazaouis, moyennant argent. Il cite la Türkiye, l'Éthiopie, le Congo et plusieurs pays arabes non précisés parmi les destinations envisagées.

Aucun de ces pays n'a confirmé publiquement une telle offre. Par ailleurs, cette logique transforme des êtres humains en marchandise d'échange entre États. Un peuple entier, déplacé contre des devises.

Ben Gvir ne s'arrête pas à la brochure. Il exige déjà la création d'un "ministère de l'Immigration" au sein du prochain gouvernement. Son parti, Force juive, en fera une condition de sa participation à la coalition.

"Nous prendrons ce dossier en main"
, a-t-il promis. Autrement dit, il veut un ministère dédié, à plein temps, pour organiser méthodiquement le vidage démographique d'un territoire occupé. L'administration de l'expulsion, en somme.

Une annonce électorale qui s'appuie sur un génocide en cours

Ce plan n'arrive pas par hasard. Il est dévoilé à quelques semaines des élections législatives israéliennes du 27 octobre. Ben Gvir en fait un argument de campagne, comme on vendrait un programme économique.

Depuis le début de la guerre, plus de 73 000 personnes ont été tuées par l'armée israélienne à Gaza, selon le ministère de la Santé du territoire. Ce chiffre est jugé fiable par les organisations internationales, y compris par l'ONU. C'est dans ce contexte que Ben Gvir parle d'
"occasion historique".

Il faut nommer les choses. Deux ans de bombardements, une population affamée, des hôpitaux détruits : voilà le terrain qu'il présente comme le fruit d'une opportunité à saisir. Ce n'est pas une politique migratoire. C'est l'aboutissement assumé d'une politique de siège.

Un ministre habitué aux appels à la déportation

Itamar Ben Gvir ne découvre pas ce sujet. Il réclame le départ massif des Palestiniens de Gaza depuis 2024. Il avait alors évoqué l'idée devant la radio de l'armée israélienne, la présentant déjà comme
"réaliste".
Il avait aussi affirmé vouloir
"reconstruire des colonies juives"
à Gaza une fois le territoire vidé de ses habitants. Le Département d'État américain avait qualifié ces propos d'
"incendiaires et irresponsables".
Cela ne l'a jamais arrêté.

Le gouvernement israélien, lui, n'a pour l'instant annoncé aucune mesure concrète pour appliquer ce plan. Cependant, le silence de Benjamin Netanyahu face à ces déclarations répétées interroge. Un silence qui ressemble de plus en plus à une complicité tacite.

Il faut appeler les choses par leur nom. Un déplacement forcé de population, organisé par un État occupant contre un peuple sous blocus, porte un nom en droit international: le nettoyage ethnique.

Habiller ce projet de mots comme
"émigration volontaire"
ou
"transfert"
ne change rien à sa nature. La Palestine occupée (Cisjordanie) connaît déjà l'expansion continue des colonies. Gaza, elle, ferait face à sa disparition démographique planifiée.

Ce plan ne sortira peut-être jamais des cartons électoraux d'Otzma Yehudit. Mais il a été écrit, chiffré et revendiqué publiquement par un ministre en exercice. Cela suffit à mesurer ce que certains dirigeants israéliens envisagent, sans plus se cacher, pour l'avenir des Palestiniens.

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