11:05, 01/09/2026, mardi
Ben-Gvir se félicite de la dégradation des conditions des détenues palestiniennes
Le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a publié le 30 août 2026 une vidéo tournée à la prison de Damon. Il s'y félicite d'avoir réduit "au strict minimum" les conditions de détention de Palestiniennes, dont une identifiée comme Yasmine Shaaban. Cette mise en scène, dénoncée par l'Autorité palestinienne et le Jihad islamique palestinien, intervient à deux mois des élections législatives israéliennes du 27 octobre.
Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a publié dimanche 30 août 2026 une vidéo tournée à la prison de Damon. On l'y voit se réjouir des conditions de détention imposées à des Palestiniennes. Cette mise en scène intervient à deux mois des élections législatives israéliennes.
Une vidéo tournée à la prison de Damon
La séquence a été filmée dans l'aile réservée aux détenues sécuritaires de la prison de Damon, dans le nord d'Israël. Itamar Ben-Gvir y pénètre face caméra, entouré de son entourage.
Les visages des femmes apparaissent floutés. Cependant, leurs voix restent audibles. Une détenue s'adresse au ministre par l'intermédiaire d'un traducteur.
Selon son mari, cette femme se nomme Yasmine Shaaban. Elle avait été libérée dans le cadre d'un accord de cessez-le-feu à Gaza. Pourtant, l'armée israélienne l'a de nouveau arrêtée en mai 2025, lors d'un raid près de Jénine, en Palestine occupée (Cisjordanie).
Les détenues dénoncent des conditions "extrêmement dures"
Dans la vidéo, Yasmine Shaaban décrit une situation catastrophique. Elle évoque des perquisitions permanentes, jour et nuit, dans les quartiers de détention.
"Nous ne nous sommes pas lavées depuis trois jours et nous n'avons pas changé de sous-vêtements"
, témoigne-t-elle. Elle ajoute que les détenues ne reçoivent aucun soin médical, malgré des risques d'infection.Elle dénonce enfin une absence totale d'intimité. Selon elle, les prisonnières
"n'ont aucun droit"
et leurs besoins spécifiques de femmes ne sont pas pris en compte.Ben-Gvir revendique une politique du "strict minimum"
Face à ces témoignages, le ministre ne manifeste aucune compassion. Au contraire, il affirme en assumer pleinement la responsabilité.
"L'époque des colonies de vacances dans les prisons israéliennes est révolue"
, déclare-t-il. Il ajoute être personnellement responsable de ce durcissement. Selon lui, "quiconque a fait du mal à mes frères ne bénéficiera pas de conditions d'hôtel".
Itamar Ben-Gvir établit ensuite un parallèle contesté. Il compare le sort des détenues palestiniennes à celui des otages israéliens retenus à Gaza par le Jihad islamique palestinien et le Hamas.
"Nos otages n'avaient même pas de shampoing"
, lance-t-il. Il affirme être "fier"
d'avoir réduit les conditions de détention "au strict minimum"
. Il conclut en refusant tout dialogue: "Je n'ai pas besoin de vous aider. Vous avez kidnappé nos enfants."
Un ministre coutumier des mises en scène provocatrices
Cette publication n'est pas un cas isolé. Itamar Ben-Gvir multiplie en effet les vidéos mettant en avant sa politique carcérale envers les prisonniers palestiniens.
Plus tôt cette année, il avait déjà filmé des militants étrangers d'une flottille pour Gaza, menottés et contraints de s'agenouiller. Par ailleurs, il a récemment suscité une vague de condamnations internationales en suggérant qu'Israël devrait tuer chaque nuit
"30 à 40 Palestiniens"
à Gaza.Cette stratégie s'inscrit dans un contexte électoral précis. Les élections législatives israéliennes se tiennent le 27 octobre 2026. Or la coalition de Benjamin Netanyahou apparaît fragilisée dans plusieurs sondages.
Une politique carcérale dénoncée par plusieurs institutions
Les réactions n'ont pas tardé après la diffusion de la vidéo. La Commission des affaires des détenus de l'Autorité palestinienne accuse ainsi Ben-Gvir de
"brutalité, haine et racisme".
Le ministère des prisonniers de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas, estime de son côté que la séquence
"reflète les profondeurs de la déchéance"
de l'occupation israélienne. Le mouvement du Jihad islamique palestinien tient quant à lui le gouvernement israélien pour "pleinement responsable"
de la sécurité des prisonniers palestiniens, hommes et femmes confondus.Des rapporteurs de l'ONU alertent depuis plusieurs mois
Ces critiques ne sont pas nouvelles. En mars 2026, des rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la torture avaient déjà alerté le gouvernement israélien.
Leur communication évoquait des allégations de torture physique et psychologique. Elle mentionnait également des cas de négligence médicale, de privation de nourriture, et de décès en détention.
Selon ces experts, l'accumulation de témoignages suggère soit une négligence grave, soit une politique institutionnalisée de mauvais traitements. De plus, cette politique bénéficierait d'un soutien au plus haut niveau ministériel.
L'Administration pénitentiaire israélienne, elle, rejette ces accusations. Elle affirme fournir une alimentation, des soins et des conditions de vie conformes à la loi. Cependant, les propres déclarations de Ben-Gvir contredisent cette version. En effet, il présente lui-même la réduction des douches et de la nourriture comme une réussite politique.
Une mobilisation de solidarité devant la prison
La diffusion de la vidéo a provoqué une réaction immédiate sur le terrain. Des militants pro-palestiniens et des militants israéliens pour la paix se sont rassemblés devant la prison de Damon.
Cette veillée visait à soutenir les détenues palestiniennes. Elle dénonçait aussi, plus largement, la politique carcérale portée par le ministre de la Sécurité nationale.
Des organisations de défense des droits humains accusent par ailleurs Ben-Gvir d'instrumentaliser la souffrance des détenues à des fins de propagande électorale. Ainsi, la prison devient un décor de campagne, quelques semaines avant le scrutin d'octobre.
La situation des prisonniers palestiniens, hommes et femmes, reste ainsi un point de tension majeur. Elle rappelle, une fois encore, les conditions de vie imposées aux Palestiniens sous occupation, à Gaza comme en Palestine occupée (Cisjordanie).
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