15:01, 12/10/2026, lundi
Pavillon israélien au Marrakech Airshow: une première qui interroge
Israël a ouvert jeudi 8 octobre 2026 son premier pavillon national au Marrakech Airshow, au Maroc. Huit entreprises de défense israéliennes y présentent des armes qualifiées d'éprouvées au combat. Cette première intervient après l'annonce, le 16 septembre à New York, de l'ouverture d'ambassades entre Rabat et Israël. Alors que la rue marocaine rejette la normalisation depuis le début de la guerre à Gaza, ce partenariat militaire interroge. Il intervient aussi quand plusieurs pays européens restreignent la présence israélienne dans leurs salons.
Israël a inauguré jeudi 8 octobre 2026 un
pavillon israélien au Marrakech Airshow
. C'est une première dans un salon de défense au Maroc. Le ministère israélien de la Défense l'a annoncé dans un communiqué. Ainsi, le rapprochement militaire entre Rabat et Israël devient plus visible que jamais.Ce geste heurte pourtant une opinion marocaine mobilisée de longue date pour la Palestine.
Pavillon israélien au Marrakech Airshow: ce que dit le communiqué
Le ministère parle d'une première au Maroc. Il a ouvert un pavillon national dans ce salon international de l'aéronautique civile et militaire. Le rendez-vous a lieu tous les deux ans. Cette année, il se tient du 7 au 10 octobre sur la base de l'armée de l'air royale, à Marrakech.
Huit entreprises israéliennes de défense y exposent. La Direction de la coopération internationale de défense (SIBAT) conduit la délégation. En outre, Elbit Systems, Israel Aerospace Industries et Rafael, les trois géants du secteur, sont aussi présents.
Le chef du SIBAT, Yair Kulas, évoque une
"étape importante pour le ministère de la Défense"
. Selon lui, ce salon sert à élargir la coopération internationale d'Israël.Le ministre marocain de l'Administration de la défense, Abdellatif Loudiyi, a pris la parole lors de l'ouverture du salon, selon Reuters. Des responsables militaires marocains ont également visité le stand d'Israel Aerospace Industries, d'après le Jerusalem Post. Ces visites confirment que Rabat ne cherche pas à rester discret.
Des armes "éprouvées au combat" mises en vitrine
Le ministère vante des technologies
"éprouvées au combat"
. Il cite des munitions rôdeuses, c'est-à-dire des drones armés qui attendent leur cible. Il évoque aussi des robots dotés d'intelligence artificielle, la navigation autonome de drones et le guidage laser de drones FPV.Cette formule renvoie aux guerres récentes d'Israël, dont celle de Gaza. Autrement dit, l'expérience du terrain devient un argument de vente. Le ministère ne s'en cache d'ailleurs pas.
Il explique en effet que les exportations d'armes renforcent l'armée israélienne. Elles pèsent aussi sur la politique étrangère et soutiennent l'économie du pays. Par conséquent, chaque contrat signé finance l'appareil militaire d'un État accusé de génocide à Gaza.
Israël, isolé en Europe, se tourne vers Rabat
Le contraste avec l'Europe est frappant. En juin, selon le ministère israélien, la France a interdit à Israël d'installer un pavillon national à Eurosatory, à Paris. Les entreprises israéliennes pouvaient seulement présenter des systèmes de défense aérienne, sans armes offensives.
Dans ces conditions, Marrakech offre une scène sans obstacle. Israël y trouve un accueil officiel que plusieurs capitales occidentales lui refusent désormais. Cependant, ce choix a un coût politique pour Rabat.
Après New York, des ambassades à l'horizon
Le 16 septembre, les ministres des Affaires étrangères Nasser Bourita et Gideon Saar se sont rencontrés à New York. Mike Waltz, ambassadeur américain à l'ONU, a parrainé la réunion. Les deux pays ont annoncé leur intention de transformer leurs bureaux de liaison en ambassades.
Ils prévoient aussi de nommer des ambassadeurs. De plus, ils veulent finaliser avant fin 2026 des accords sur la protection des investissements et la double imposition. Par ailleurs, les vols directs doivent se multiplier. Aucune date précise d'ouverture des ambassades n'a toutefois été communiquée.
Les liaisons aériennes progressent déjà. Selon Hespress, El Al rejoint Arkia et Israir sur la ligne Tel-Aviv-Marrakech. En clair, la normalisation s'installe dans le quotidien, du ciel aux salons d'armement. Pourtant, aucun de ces accords n'améliore le sort des Palestiniens sous occupation.
Cette séquence prolonge la normalisation de décembre 2020. Le Maroc avait alors rejoint les accords d'Abraham, négociés par Washington. En échange, l'administration Trump a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Une normalisation rejetée par la rue marocaine
Depuis le début de la guerre à Gaza, le Maroc connaît régulièrement des manifestations massives. Les manifestants exigent la fin de la normalisation avec Israël. Leur message est clair : aucune coopération avec un État accusé de crimes à Gaza.
La colonisation et les violences de colons se poursuivent aussi en Palestine occupée (Cisjordanie). Les organisations de défense des droits humains les documentent. Dans ce contexte, accueillir un pavillon militaire israélien apparaît à beaucoup comme un défi lancé aux Palestiniens.
À Gaza, le cessez-le-feu d'octobre 2025 reste fragile. Selon le Jerusalem Post, Israël et le Hamas s'accusent mutuellement de bloquer les étapes suivantes, comme le désarmement et la reconstruction.
Un partenariat militaire désormais assumé
Ce pavillon n'est pas un simple stand. Il symbolise un partenariat militaire que les deux capitales assument désormais au grand jour. Pendant que Rabat et Israël multiplient les accords, le peuple palestinien subit toujours l'occupation et la guerre.
Reste une question: l'opinion marocaine parviendra-t-elle à faire reculer cette normalisation ? La rue, elle, n'a pas dit son dernier mot.
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