14:31, 09/10/2026, vendredi
Éthiopie: Mekele reprise, le conflit au Tigré se poursuit
Les forces fédérales éthiopiennes et leurs alliés ont repris Mekele, la capitale régionale du Tigré. Le retrait du TPLF constitue un revers militaire majeur pour le mouvement, sans ouvrir pour autant une perspective immédiate de paix. Les divisions internes et la rupture diplomatique avec l’Érythrée font craindre une nouvelle dégradation de la situation.
Dans le nord de l’Éthiopie, le contrôle de Mekele a de nouveau basculé. Les forces fédérales et leurs alliés ont repris la capitale régionale après le retrait du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Le mouvement a confirmé son départ et annoncé le transfert temporaire de l’administration régionale vers un autre lieu.
Cette avancée représente un succès important pour Addis-Abeba. Elle prive le TPLF de son principal centre politique et administratif, dans une région où le contrôle de la capitale revêt une forte portée symbolique. Mais le mouvement ne présente pas son retrait comme une capitulation : il entend poursuivre ses activités depuis d’autres positions.
La reprise de la ville ouvre ainsi une nouvelle phase du conflit. Elle modifie le rapport de force sur le terrain, sans régler les antagonismes politiques qui alimentent les affrontements. Pour les populations, la question immédiate reste celle de la sécurité, après les destructions et les privations de la guerre précédente.
Au Tigré, une avancée fédérale sur fond de divisions internes
Les combats opposent les forces fédérales au TPLF, mais ils révèlent également les fractures qui traversent le camp tigréen. Addis-Abeba bénéficie du soutien de la Tigray Peace Force, une milice composée notamment d’anciens combattants du TPLF désormais opposés à leur ancien mouvement.
Cette configuration complique la lecture du conflit. Les lignes de confrontation ne séparent plus seulement le pouvoir fédéral et une force régionale. Elles passent aussi entre des acteurs issus du même espace politique et militaire, qui se disputent désormais le contrôle du territoire et la représentation du Tigré.
Pour les autorités fédérales, l’appui de cette milice constitue un soutien local dans leur progression. Pour le TPLF, sa présence représente un défi supplémentaire: le mouvement doit faire face à des adversaires qui connaissent la région et sont issus de ses propres rangs.
La nouvelle flambée de violence remonte au 23 septembre 2026. Elle intervient près de quatre ans après l’accord de paix de novembre 2022, qui avait mis fin à deux années de guerre dévastatrice. Le retour des affrontements souligne la fragilité de la sortie de guerre et la difficulté à transformer l’arrêt des combats en règlement politique durable.
La perte de Mekele ne permet donc pas, à elle seule, de mesurer la capacité du TPLF à poursuivre la confrontation. Le contrôle d’une capitale régionale constitue un avantage militaire et institutionnel, mais il ne signifie pas nécessairement le désarmement des forces adverses ni la disparition de leurs réseaux.
Le précédent conflit l’avait déjà montré : les forces fédérales avaient pris Mekele en 2020, avant que le TPLF ne reprenne la ville sept mois plus tard. Ce précédent ne préjuge pas de l’évolution actuelle, mais rappelle les limites d’une lecture fondée uniquement sur les gains territoriaux.
Des populations exposées et un risque d’extension régionale
Pour les habitants, l’évolution militaire ne se traduit pas automatiquement par un retour à une vie normale. Des sources humanitaires signalent encore des frappes aériennes et des échanges d’artillerie. La poursuite de ces violences entretient l’incertitude dans une région déjà profondément éprouvée.
À Mekele, des témoignages recueillis par l’AFP après l’entrée des forces fédérales faisaient état de commerces fermés et de craintes de pillages. Des habitants avaient organisé eux-mêmes la surveillance de leur quartier. Ces récits illustrent le décalage entre la reprise des institutions et le rétablissement effectif de la sécurité quotidienne.
Au-delà de la protection immédiate, les populations ont besoin de pouvoir circuler, accéder aux soins et retrouver des moyens de subsistance. La stabilisation de la ville devra donc se mesurer aussi à la continuité des services essentiels et aux conditions de vie des habitants.
Le risque dépasse le territoire éthiopien
Le risque dépasse par ailleurs le seul territoire éthiopien. Les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont fortement dégradées, jusqu’à la rupture diplomatique. Le 1er octobre, l’Éthiopie a ordonné le départ de dix diplomates érythréens et fermé son ambassade en Érythrée. Asmara a annoncé en retour la rupture de l’ensemble des relations diplomatiques.
Cette dégradation réduit les canaux de dialogue au moment où la reprise des combats rend la coopération régionale particulièrement nécessaire. Elle ajoute une dimension interétatique à un conflit déjà marqué par des rivalités internes, faisant craindre un élargissement de la confrontation.
La reprise de Mekele constitue donc une étape militaire importante, mais l’avenir du Tigré reste incertain. Sans mécanisme crédible de dialogue et sans garanties pour les populations, le déplacement des lignes de front risque de prolonger les violences. L’enjeu dépasse désormais la maîtrise de la capitale régionale : il consiste à empêcher qu’une nouvelle séquence de guerre ne s’installe durablement.
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