La somme de toutes les craintes : si les axes turc et iranien se rapprochaient…

09:01, 21/10/2026, mercredi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
La somme de toutes les craintes : si les axes turc et iranien se rapprochaient…

Lorsque les résultats des élections israéliennes du 27 octobre seront connus, l'une des variables essentielles pour la région se précisera.

Ce que signifie exactement cette "région", nous avons pu le constater à travers une carte de la sécurité nationale israélienne présentée par Netanyahu, responsable du génocide, lors de son discours du week-end.

Il avait déjà présenté des cartes lors d'une session des Nations unies en septembre 2024. Vous vous en souvenez certainement : l'une était intitulée "The Curse", soit "La Malédiction", et l'autre "The Blessing", soit "La Bénédiction".

La nouvelle carte présente une vision "géopolitique" encore plus vaste.

Une carte illustrant un découpage stratégique qui s'étend de la Russie et de l'Azerbaïdjan à la Somalie, de l'Inde et du Pakistan à l'Égypte et à la Grèce.

Au même moment, le président Erdoğan décrivait lui aussi une carte de la région :

"La guerre entre la Russie et l'Ukraine va entrer dans sa cinquième année. Les attaques d'Israël contre la Palestine se poursuivent sans ralentir, malgré les accords signés. Alors que les tensions chez notre voisin iranien ne sont pas encore totalement apaisées, un nouveau conflit vient d'éclater au Yémen. Les attaques des Houthis contre notre amie et sœur, l'Arabie saoudite, ont provoqué une nouvelle escalade des tensions dans notre région. [...] La situation au Liban est également loin d'être rassurante. De bonnes nouvelles nous parviennent de Syrie, mais Israël sioniste fait tout son possible pour y semer également le désordre. Nous sommes entourés d'un cercle de feu."

Türkiye et Israël : une rivalité géopolitique qui dépasse la Syrie


À quels endroits de ces cartes la Türkiye et Israël se retrouvent-ils en confrontation ?

Concernant la Syrie, il existe un
"consensus"
:
"Israël sioniste cherche également à y semer le désordre."
Et Netanyahu déclare :
"Nous avons empêché la tentative de la Türkiye d'étendre sa présence militaire en Syrie et nous nous préparons à d'autres scénarios."

Cette déclaration ne montre pas seulement que les deux pays s'affrontent sur le terrain syrien. Elle désigne également la Syrie comme un espace où la possibilité, et le risque, d'une confrontation directe sont élevés.


Quels pourraient être les autres points de friction ?


L'Azerbaïdjan ? Bien entendu.

On ne peut pas affirmer qu'Israël ne joue
"absolument aucun rôle"
dans les initiatives visant à détériorer les relations entre Ankara et Bakou. Son rôle est-il déterminant ? C'est une autre question.

La zone d'influence de l'"Alliance de défense de La Mecque" ? Évidemmen
t.

En réalité, nous pouvons aller plus loin, et c'est précisément là que réside le cœur du problème : "l'ensemble de la carte" constitue un immense espace géographique où se déroule la rivalité entre la Türkiye et Israël !

Voilà pourquoi les élections israéliennes et les positions américaines à leur égard sont importantes.

Nous devons comprendre pourquoi le président américain affiche un soutien aussi appuyé à Netanyahu :


"Ce serait une grave erreur pour Israël d'élire un autre dirigeant que Netanyahu. Si Israël choisit le mauvais dirigeant, c'est-à-dire n'importe qui d'autre que Bibi, l'Amérique sera obligée de faire ce travail toute seule. C'est pourquoi j'apporte mon soutien total et inconditionnel à Netanyahu dans sa campagne pour sa réélection. Netanyahu ne vous abandonnera jamais."

"Bibi", de son côté, n'a pas manqué de lui rendre la pareille.

Il a fait la leçon au peuple américain en lui disant, en substance :
"Oubliez un peu les prix de l'essence et tout le reste. Et si l'Iran avait obtenu l'arme nucléaire ?"

Cette initiative inhabituelle de Trump, qui rompt avec la politique traditionnelle américaine de "non-ingérence" dans les élections israéliennes, s'explique par deux raisons.

La première concerne les élections américaines de mi-mandat de novembre.

De nombreux sondages récents montrent une baisse importante de la cote de popularité de Trump et annoncent de lourdes pertes dans au moins l'une des deux chambres du Congrès.

Cette situation rend la Maison-Blanche dépendante du soutien du funeste lobby israélien.

Il faut modifier la perception, présente aux États-Unis, selon laquelle Israël ne sert pas les intérêts de Trump.

C'est là que Netanyahu intervient.


La deuxième raison concerne l'avenir des projets américains pour la région.

Il est évident que les politiques destinées à contenir d'abord l'Iran, puis la Chine et la Russie dans la région doivent se poursuivre, tout comme l'aménagement, de ce côté-ci de la frontière, d'un espace permettant à Israël de vivre en sécurité.

Que Netanyahu soit réellement l'homme de la situation pour les États-Unis est très discutable.

Mais les différents volets de ce projet, les accords d'Abraham, le corridor reliant l'Inde à l'Europe en passant par Israël et la réorganisation du bassin de la mer Caspienne, devront nécessairement se poursuivre.

Les États-Unis annoncent ainsi qu'ils mèneront leur projet à bien,
"avec ou sans Netanyahu".
Il existe également une autre dimension, même si l'on peut se demander si elle est suffisamment importante ou fiable pour constituer une troisième explication.

Il s'agit de l'évaluation américaine des résultats possibles des élections israéliennes.

L'hypothèse selon laquelle la nouvelle configuration politique à Tel-Aviv pourrait reposer sur une composition parlementaire limitant le pouvoir de Netanyahu permettrait d'expliquer le soutien de Trump.

Voilà pour les considérations relatives aux élections de 2026.

Mais il y a également 2028.

Sur ce point, il faut examiner les dernières déclarations du vice-président J. D. Vance :


"Je ne prendrai pas position sur la réélection du Premier ministre israélien Netanyahu. Je ne suis pas contre lui, mais je ne plaide pas non plus en faveur de son soutien. Je ne m'ingère pas dans les élections israéliennes."

Les propos de Vance marquent une prise de distance avec la déclaration de soutien de Trump.

C'est tout à fait normal, car il s'agit d'une question de politique intérieure américaine.

Sa propre base électorale, à commencer par le mouvement MAGA (Make America Great Again, mouvement politique associé à Donald Trump), critique sévèrement la politique de Washington qui privilégie Israël et compromet la doctrine "America First".

C'est précisément pour cette raison que Vance, en tant que futur candidat potentiel à la présidence des États-Unis, cherche à défendre cette ligne.


Le rapprochement entre la Türkiye et l'Iran, une crainte stratégique pour Israël


Venons-en maintenant aux questions les plus délicates.

Premièrement
, les propos tenus par Netanyahu dans ce même discours : "Trump et moi ne sommes pas d'accord au sujet de Recep Tayyip Erdoğan."

Une fois admis que les États-Unis ne peuvent pas renoncer à leur vision stratégique pour la région, il faut constater que ce processus ne pourra pas continuer à porter Netanyahu.

Soit il tombera, soit il ne se maintiendra qu'en ne tenant qu'à un fil.

Il est également vrai que les États-Unis de Trump adoptent une attitude plus chaleureuse envers Ankara.

Trump n'a pas encore tenu toute une série de promesses, mais on peut reconnaître qu'il affiche au moins un certain soutien dans son discours général.

Toutefois, cette attitude n'évoluera jamais au point de devenir une opposition stratégique à Israël.

Elle pourrait même ouvrir la voie à des initiatives destinées à assouplir la position d'Ankara lorsque la vision américaine de la région et les positions israéliennes convergent.


Deuxièmement, Netanyahu a évoqué les axes turc et iranien.

Il a présenté la possibilité d'un "rapprochement" entre les axes sunnite et chiite comme une menace majeure pour la région.

Ce n'est pas une surprise.

Mais cette présentation masque la véritable question.

Derrière l'Iran se trouve l'Orient.

Ce qu'ils craignent réellement, c'est un rapprochement de la Türkiye avec cet Orient.

C'est précisément sur ce point que leurs positions convergent.

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