Le Yémen est le nouveau front de la guerre entre les États-Unis et l'Iran. Le conflit s'étend. Pour prendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, l'Iran fait payer un lourd tribut à l'Arabie saoudite. Nul ne sait exactement où s'arrêtera la guerre américano-iranienne, ni jusqu'où elle pourrait encore s'étendre. Il est question de préparatifs en vue d'une nouvelle attaque contre l'Iran, selon un calendrier ajusté aux échéances électorales. Les débats qui agitent l'Azerbaïdjan sont également liés à la perspective de cette offensive.
L'Alliance de La Mecque doit poursuivre ses contacts diplomatiques avec l'Iran tout en apportant son soutien à la sécurité de Riyad. L'aggravation de la crise au Yémen aura également des répercussions inévitables sur les événements en cours dans la Corne de l'Afrique.
Autrement dit, l'horizon reste plongé dans le brouillard. Et encore, nous ne parlons même plus du sud de la Syrie, du Liban ou de Gaza. Non pas parce que les problèmes y auraient été résolus. Bien au contraire, des crises plus importantes sont provoquées pour détourner notre attention.
De Gaza à l'Iran : comment Israël a déplacé l'attention internationale
L'une des raisons de la guerre déclenchée en Iran est la panique qui s'est emparée d'Israël. Ce qui a provoqué cette panique, c'est la réapparition, après des années, de la perspective d'un État palestinien, le génocide à Gaza ayant contraint la communauté internationale à envisager cette possibilité.
L'année dernière, lors de l'Assemblée générale des Nations unies, plusieurs dirigeants, dont le président américain Donald Trump et le président Recep Tayyip Erdoğan, se sont réunis. La décision de créer le Conseil de paix pour Gaza a été prise et la Déclaration de New York, publiée dans ce cadre, faisait explicitement référence à un État palestinien. Tout cela a effrayé Israël.
Pour Israël, l'enjeu fondamental est d'empêcher la création d'un État palestinien à Gaza et en Cisjordanie et d'écarter définitivement cette perspective. Netanyahu a alors consacré toute son énergie à convaincre Trump d'attaquer l'Iran afin de détourner l'attention. Et il y est parvenu.
Une chose est claire : tant que des Palestiniens vivront en Palestine, la possibilité d'un État palestinien existera toujours. C'est pourquoi Israël veut régler ce problème "à la racine", en chassant les Palestiniens de Palestine.
Vous vous souvenez : Israël souhaitait que les Palestiniens de Gaza soient envoyés vers des pays tiers. Cette proposition constituait même le fondement du projet de
"Riviera"
de Trump. Face à la polémique, le président américain avait fait marche arrière.Mais Israël a continué à faire à sa guise, poursuivant sa recherche de pays tiers susceptibles
d'"accueillir"
les Palestiniens.Il applique à cet égard une méthode en deux volets.
Premièrement
, il tente de convaincre des pays tiers à travers diverses mesures incitatives. Deuxièmement
, il cherche à pousser les Palestiniens à bout en maintenant Gaza dans un état inhabitable, en empêchant le passage à la deuxième phase du plan de paix pour Gaza et en encourageant la violence des colons en Cisjordanie.Les informations qui nous parviennent du terrain ne sont guère rassurantes.
Voilà des années que cela dure et Israël continue, sous toutes sortes de prétextes, d'entraver l'acheminement de l'aide humanitaire vers Gaza.L'hiver approche.
Seuls 17 % des besoins en matière d'hébergement ont pu être satisfaits.
La plupart des deux millions d'habitants vivent dans des camps exposés aux risques d'inondation. Il est difficile de se procurer des repas chauds, des produits d'hygiène, de l'eau potable ou des soins médicaux.Alors que l'occupation achève sa troisième année, sans que l'on sache quand elle prendra fin, je ne parle même pas de l'éducation des enfants ni des besoins les plus élémentaires.
Où en est donc le plan de paix pour Gaza ?
Le 31 juillet, Trump avait annoncé que le Hamas avait accepté de déposer les armes et que les soldats israéliens se retireraient de Gaza. Netanyahu a ouvertement rejeté ce plan.
Résultat ? Le plan ne fonctionne pas.
Le comité palestinien de technocrates chargé d'administrer Gaza attend toujours au Caire, car Israël ne l'autorise pas à entrer dans l'enclave. Les candidats palestiniens aux forces de police, pourtant approuvés par Israël, ne peuvent pas non plus quitter Gaza pour suivre leur formation.
Pendant ce temps, alors que les regards se tournent vers l'Iran et le Yémen, Israël déplace les blocs matérialisant la Ligne jaune afin d'étendre les zones qu'il contrôle à Gaza.
Selon l'ONU, Israël contrôle désormais 65 % du territoire, contre les 53 % convenus il y a un an.
Le risque d'un exode palestinien vers l'Europe
D'après les informations que j'ai recueillies, Tel-Aviv accélère ses politiques visant à contraindre les Palestiniens à l'exil.
Les efforts d'Israël pour trouver des pays tiers prêts à les accueillir n'ont donné aucun résultat. Désormais, toute son énergie est consacrée à des politiques destinées à pousser les Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie à bout. Les pressions vont s'intensifier.
En raison des politiques de violence menées par Israël depuis des décennies, une importante population palestinienne, estimée à environ dix millions de personnes, est déjà dispersée dans les pays voisins ou proches de la Palestine.
Ces Palestiniens avaient trouvé refuge dans les pays voisins en conservant l'espoir de "rentrer un jour chez eux".
Mais le génocide à Gaza a changé certaines choses : les Palestiniens perdent l'espoir de pouvoir rester chez eux ou d'y retourner. Ils traversent une profonde rupture.
Selon les rapports provenant du terrain, un mouvement migratoire encore limité a commencé, aussi bien depuis la Palestine que parmi les communautés palestiniennes installées dans les pays de la région,
notamment vers les pays européens.
Il est encore trop tôt pour parler d'un exode massif.
Cependant, selon les informations recueillies, l'absence de progrès dans le
"plan Trump"
, l'impossibilité de passer ne serait-ce qu'à sa deuxième phase, les fortes pressions exercées sur les habitants de Gaza et la violence des colons en Cisjordanie pourraient transformer ces mouvements encore modestes en une migration de masse.L'examen des routes migratoires montre que les pays européens figurent parmi les principales destinations envisagées.
Cette perspective est effrayante.
Si un tel scénario se réalise, le peuple palestinien sera dispersé, la perspective d'un État palestinien disparaîtra et Israël aura encore davantage les mains libres pour procéder à de nouvelles occupations.
Les conflits régionaux et l'instabilité s'aggraveront. Les équilibres géopolitiques et les rapports de force dans la région seront bouleversés.
L'Europe deviendra la destination d'une vague migratoire massive.
Ce serait un scénario dans lequel tout le monde serait perdant, sauf Israël.
Chacun doit prendre ses responsabilités pour arrêter Israël.

