46 % des musulmans envisagent de quitter la France si Le Pen gagne

La rédaction
11:19, 16/10/2026, vendredi
Yeni Şafak
46 % des musulmans envisagent de quitter la France si Le Pen gagne
Lionel BONAVENTUREAFP
46 % des musulmans envisagent de quitter la France si Marine Le Pen gagne aux élections présidentielles.

Un sondage Ifop pour Marianne révèle que 46 % des musulmans envisagent de quitter la France si Marine Le Pen est élue en 2027. Cette peur s'appuie sur la menace d'une interdiction du voile et sur la hausse des discriminations. Pourtant, l'exode a déjà commencé : des milliers de Français musulmans, souvent diplômés, ont quitté le pays. Marine Le Pen tente de les rassurer.

Près d'un musulman sur deux se voit déjà partir. C'est ce que révèle un sondage Ifop pour
Marianne
, publié cette semaine. Selon l'étude,
46 % des musulmans
envisagent de quitter la France si Marine Le Pen remporte la présidentielle de 2027.
Pourtant, ce départ n'est pas qu'une hypothèse. Depuis plusieurs années, des milliers de Français musulmans ont déjà quitté le pays. Ils fuient l'
islamophobie
et les discriminations.

Ce que dit le sondage Ifop pour Marianne

Marianne
a commandé une enquête sur un scénario précis. Les sondés devaient dire ce qu'ils feraient en cas de victoire de Marine Le Pen en 2027. Ainsi, le résultat mesure une peur, pas un plan de départ.

Le chiffre phare est net. 46 % des musulmans interrogés envisagent de s'installer dans un autre pays. De plus, 20 % d'entre eux disent qu'ils partiraient à coup sûr.

Le malaise dépasse la seule communauté musulmane. Dans l'ensemble de la population, 21 % envisagent aussi de partir. Par ailleurs, 44 % des personnes de confession juive, 43 % des électeurs de La France insoumise et 40 % des plus jeunes se disent prêts à l'exil.

Pourquoi des musulmans veulent quitter la France

La crainte n'a rien d'abstrait. 81 % des musulmans interrogés pensent qu'une victoire de Marine Le Pen ferait grimper les agressions et les discriminations. En effet, ils vivent déjà un climat de suspicion permanent.

Le programme du Rassemblement national nourrit cette peur. En effet, le député Jean-Philippe Tanguy a confirmé fin août un projet d'interdiction du voile dans l'espace public. Les contrevenantes risqueraient une amende. Pour contourner les obstacles juridiques, Marine Le Pen évoque un référendum.

Face à ce projet, la résignation reste minoritaire. Seuls 27 % des musulmans interrogés cacheraient leur appartenance religieuse au quotidien. En revanche, 18 % cesseraient de porter le voile en public.

Un autre chiffre inquiète. 41 % de l'ensemble des sondés refuseraient de respecter des lois qu'ils jugent injustes. Cette défiance révèle une société sous tension.

Les réactions: Le Pen rassure, d'autres relativisent

Invitée de l'émission
Objectif Élysée 2027
, la candidate du RN a réagi. Elle affirme que les musulmans se trompent en craignant son arrivée au pouvoir. Selon elle, ils pourront continuer à pratiquer leur religion sans difficulté.

Cependant, ses projets contredisent ses mots. L'interdiction du voile vise directement des femmes musulmanes. On ne rassure pas une communauté en lui retirant un droit visible.

Marine Le Pen ajoute que seuls la charia et le fondamentalisme seraient visés. Or, les musulmans de France entendent cet amalgame depuis des années. C'est pourquoi sa promesse sonne creux.

L'Ifop alerte, des commentateurs relativisent

François Kraus, directeur du pôle politique de l'Ifop, évoque un risque de
"blocages importants"
. Il parle aussi de fortes craintes et d'un sentiment d'insécurité.

À l'inverse, l'émission d'Élisabeth Lévy sur Sud Radio relativise. Elle estime que la plupart des sondés ne partiront pas vraiment. Leurs réponses traduiraient plutôt une humeur.

Cette prudence se défend, car un sondage mesure une intention. Toutefois, l'intention elle-même dit quelque chose de grave. Quand près d'un citoyen sur deux d'une communauté pense à l'exil, la République a un problème.

Un exode silencieux a déjà commencé

Ces départs ne datent pas de ce sondage. En avril 2024, trois universitaires ont publié
La France, tu l'aimes mais tu la quittes
aux éditions du Seuil. Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpin ont interrogé plus de 1 000 personnes. Ils ont aussi mené 140 entretiens approfondis.

Les résultats sont sans appel. 71 % des participants citent le racisme et la discrimination pour expliquer leur départ. Ils s'installent à Londres, Dubaï, New York, Casablanca, Montréal ou Bruxelles. La plupart sont diplômés du supérieur.

Certains témoignent aussi de contrôles de police répétés. D'autres se sentent devenus des citoyens de seconde zone. Ainsi, ils partent pour vivre simplement en paix.

Les chercheurs estiment les départs à plusieurs milliers, voire à des dizaines de milliers de personnes. Aucune statistique officielle n'existe, car l'État ne recense pas les départs selon la religion. Le chiffre réel pourrait donc être bien plus élevé.

En comptant les familles et les départs discrets, on atteindrait peut-être des centaines de milliers de personnes. Cette hypothèse reste à documenter. Néanmoins, elle mérite d'être posée.

L'islamophobie, un gâchis pour la France

Ces départs privent le pays de cadres, d'ingénieurs et de médecins. À l'étranger, ces Français trouvent l'ascension sociale qu'on leur refusait ici. Ils y gagnent aussi une forme d'indifférence, c'est-à-dire le droit d'être simplement français.

Pendant ce temps, le climat se durcit. En novembre 2025, un sondage Ifop commandé par la revue Écran de veille a alimenté les amalgames. Quatre conseils départementaux du culte musulman ont déposé plainte. Ils dénoncent un texte qui distille
"le poison de la haine".

Ainsi, la stigmatisation se nourrit de sondages orientés et de discours politiques. En revanche, peu de responsables parlent du coût humain de cette politique.

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