17:45, 27/08/2026, jeudi
HoroHouse: l'immobilier camerounais passe au numérique
HoroHouse veut simplifier la recherche de logement au Cameroun. Née d'une difficulté vécue par un étudiant de l'Université de Maroua, l'application référence aujourd'hui des centaines de biens. Elle propose des visites virtuelles et met le locataire en contact direct avec le propriétaire, sans frais d'agence. Ses fondateurs préparent la géolocalisation fine et l'intelligence artificielle. Le pays affronte un déficit officiel estimé à 2,5 millions de logements.
À Yaoundé, chercher un toit devient une affaire de smartphone. Annonces, photos, localisation et visites virtuelles tiennent désormais dans un téléphone. L'application
HoroHouse
porte cette promesse.Cette plateforme camerounaise veut relier directement propriétaires et candidats à la location. Elle réduit ainsi la chaîne d'intermédiaires. De plus, elle épargne au locataire des déplacements coûteux à travers la capitale.
Derrière l'outil, deux hommes et une frustration d'étudiant. Voici comment le projet s'est construit, et ce qu'il change vraiment.
Un pavillon de Mfou, vitrine du réseau
La scène se passe du côté de Mfou, en périphérie de Yaoundé. Danwé Basga Kaokamla et Marcel Kouedjou s'y retrouvent un après-midi. Les deux hommes dirigent HoroHouse.
Cette résidence figure parmi les logements référencés sur la plateforme. Elle mêle un décor de savane africaine et un confort très contemporain. Par ailleurs, elle accueille aussi bien des séjours courts que des locations permanentes.
Le chiffre avancé par ses responsables résume l'ambition. Selon eux, 90 % des locataires du site sont arrivés grâce à l'application.
HoroHouse, une idée née à l'Université de Maroua
Le projet n'est pas sorti d'un cabinet de conseil. Il vient d'un campus de l'Extrême-Nord camerounais.
Danwé Basga Kaokamla développait alors ses premières lignes de code. Il observait surtout la galère de ses camarades.
"Étant étudiant à l'Université de Maroua, je me suis rendu compte que mes camarades de classe peinaient à trouver des logements et plusieurs vivaient en colocation, parce qu'ils n'avaient pas trouvé de logements à temps"
, raconte le jeune développeur.L'idée de départ visait donc un public précis. Cependant, le constat s'est vite élargi.
"Je me suis dit, en tant qu'informaticien, pourquoi ne pas mettre sur pieds une application pour les étudiants"
, poursuit-il. Il ajoute avoir compris ensuite que le problème touchait "toute la nation camerounaise".
Depuis, le catalogue s'est étoffé. Des centaines de logements figurent aujourd'hui en ligne.
Comment fonctionne l'application HoroHouse
L'usage tient en quelques gestes. L'utilisateur fait défiler les offres, ouvre une fiche, lit les caractéristiques du bien. Il peut ensuite le situer sur une carte.
La fonction la plus mise en avant reste la visite à distance. Le candidat découvre l'intérieur du logement sans se déplacer. Ainsi, il élimine une partie des biens avant même de sortir de chez lui.
Ce détail pèse lourd dans une ville étendue comme Yaoundé. En effet, chaque visite physique coûte du transport, du temps et souvent des frais annexes.
Un contact direct avec le propriétaire
Le second argument vise les circuits classiques. Marcel Kouedjou, chef des opérations, le formule sans détour.
"HoroHouse vous met directement en contact avec le propriétaire du logement"
, explique-t-il. Selon lui, le locataire échappe de cette façon aux "cautions que les agents immobiliers vous demandent souvent"
et aux frais de visite. Il rappelle enfin que la visite virtuelle reste disponible en permanence.Cette désintermédiation constitue le cœur du modèle. En revanche, elle déplace aussi la charge de la vérification vers l'utilisateur.
Un marché du logement camerounais sous forte tension
Le succès de ce type d'outil ne doit rien au hasard. Le Cameroun affronte une crise du logement documentée depuis des années.
Le ministère de l'Habitat et du Développement urbain évalue le déficit à environ 2,5 millions de logements. Ce chiffre a doublé en une décennie, selon les données officielles reprises par la presse économique locale. La croissance urbaine, elle, ne ralentit pas.
L'offre publique reste très en retard. Le programme des 10 000 logements sociaux, lancé en 2009, n'a livré qu'une fraction de sa cible. De plus, la quasi-totalité du parc bâti relève de l'autoconstruction ou de circuits informels.
Dans ce contexte, la recherche d'un logement décent tourne souvent au parcours du combattant. C'est pourquoi une plateforme qui centralise l'offre trouve immédiatement son public.
Ce que le numérique ne règle pas encore
L'application simplifie la mise en relation. Elle ne supprime pourtant pas tous les obstacles.
La confiance reste le premier enjeu. Une annonce en ligne n'atteste ni de la propriété du bien, ni de la validité d'un titre foncier. Le locataire doit donc conserver ses réflexes de vérification.
L'accès au service pose une seconde question. La connexion mobile coûte cher et reste inégale selon les quartiers. Ainsi, une partie des ménages les plus modestes échappe encore à ces outils.
Enfin, le marché camerounais se remplit vite. Plusieurs plateformes locales proposent déjà des annonces, des cartes interactives ou des visites immersives. La concurrence s'annonce donc rude.
Géolocalisation et intelligence artificielle: la suite du projet
Les concepteurs ne comptent pas s'arrêter là. Ils travaillent sur un affinage de la géolocalisation. Ils annoncent également l'intégration prochaine de fonctions d'intelligence artificielle.
L'objectif paraît clair. Le téléphone doit devenir le point de départ unique de la recherche immobilière. Autrement dit, la plateforme vise le rôle de guichet, pas de simple vitrine.
Cette trajectoire rejoint une tendance continentale. Partout en Afrique, des jeunes développeurs attaquent des problèmes du quotidien avec des moyens légers. Le logement, les transports et les paiements arrivent en tête de ces chantiers.
HoroHouse propose une réponse pratique à une crise structurelle. L'application référence des centaines de biens, propose des visites virtuelles et met le locataire en contact direct avec le propriétaire.
Le service ne comblera pas le déficit de 2,5 millions de logements. Cependant, il attaque un maillon précis de la chaîne : la difficulté à savoir ce qui est disponible, et où.
Le pari des deux fondateurs se jouera sur la durée. La qualité des annonces, la fiabilité des propriétaires et le coût du service décideront de la suite. Pour l'instant, l'immobilier camerounais a bel et bien commencé sa mue numérique.
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