Le démocrate américain Ro Khanna a peut-être pensé que le sentiment de sécurité que lui conférait son mandat de membre du Congrès aurait valeur de protection en Cisjordanie (Palestine) occupée. Lorsqu’il a été harcelé et retenu par des colons sionistes armés, il s’est retrouvé face à la réalité.
Khanna voyageait en Palestine avec des accompagnateurs américains.
Des colons illégaux barraient la route avec des fusils automatiques fournis par les États-Unis à Israël, puis distribués aux colons par le gouvernement israélien. Ils n’ont même pas tenu compte du fait que Khanna était membre du Congrès américain.Les soldats israéliens arrivés sur les lieux ont préféré discuter avec les colons, dont ils assurent toujours la protection, plutôt que de libérer la route. Ce n’est qu’après que cette rétention eut été signalée à l’ambassade des États-Unis en Israël que Khanna et ses accompagnateurs ont été autorisés à poursuivre leur voyage.
Dans une déclaration, Khanna a raconté ce qu’il avait ressenti durant cette rétention forcée :
"Dans cette situation, je me suis senti impuissant. S’ils peuvent faire en sorte qu’un membre du Congrès américain se sente impuissant pendant 90 minutes, imaginez ce que ressentent chaque jour les Palestiniens vivant sous occupation."
Le traitement infligé à Khanna, qui figure parmi les personnalités susceptibles de représenter le Parti démocrate à l’élection présidentielle de 2028, n’était que la forme la plus légère de l’oppression que les Palestiniens subissent 365 jours par an.L’impunité des colons en Palestine occupée
Le fait que Khanna soit membre du Congrès américain, une institution qui soutient Israël sans condition quoi qu’il fasse, lui a peut-être simplement sauvé la vie.
De nombreux citoyens américains ont en effet été tués par des soldats israéliens en Palestine, et ces meurtres sont, comme toujours, restés impunis.
Le nombre de colons sionistes illégaux à Jérusalem et en Palestine dépasse les 750 000. Quant à l’Union européenne, qui prétend soutenir la
"solution à deux États"
, elle ne va pas au-delà de simples condamnations contre les colons. Une part importante de ces derniers est constituée de Juifs de nationalité américaine. Il est donc possible que des citoyens américains aient également figuré parmi les colons sionistes armés qui ont barré la route à Khanna et à ses accompagnateurs, les ont effrayés, harcelés, insultés et retenus de force.Témoigner des atrocités d’Israël est dangereux. À Gaza, des centaines de journalistes ont été tués afin qu’ils ne puissent pas raconter ce qu’ils avaient vu.
Pendant ce temps, aux États-Unis, les élus et sénateurs favorables à Israël prennent des poses larmoyantes devant le Mur des Lamentations.
Ils visitent les lieux que le gouvernement israélien souhaite leur montrer, répètent comme des perroquets ce qu’on leur dit, reçoivent leurs devoirs à faire et rentrent dans leur pays. La faute de Khanna a été de voir ce qu’Israël ne voulait pas qu’il voie.
Affirmant que l’impunité absolue dont bénéficie Israël grâce au chèque en blanc accordé par les États-Unis avait engendré une culture toxique de l’oppression, Khanna a déclaré :
"Si les Américains connaissaient dans le détail ce qui se passe ici, aucun d’entre eux ne soutiendrait cela."
Bien entendu, cette phrase n’exprime pas toute la vérité. Les sionistes chrétiens américains soutiennent sciemment le génocide à Gaza.
Lorsque les prédicateurs sionistes chrétiens se rendent à Jérusalem, ils n’entrent pas en contact avec les Églises chrétiennes locales et ferment également les yeux sur les persécutions infligées aux chrétiens par les colons juifs.
L’AIPAC devient un handicap électoral
Ro Khanna a été le premier membre du Congrès à signer un engagement promettant de ne pas accepter de dons de campagne du Comité des affaires publiques américano-israéliennes, l’une des organisations les plus puissantes du lobby israélien aux États-Unis, plus connue sous l’acronyme
AIPAC. Khanna, qui affirme qu’Israël commet un génocide, était lui aussi devenu une cible du lobby.Recevoir des dons de l’AIPAC et s’afficher à ses côtés étaient autrefois considérés comme des avantages importants pour les responsables politiques républicains et démocrates lors des élections. Cette situation a récemment changé. Les responsables démocrates, en particulier, fuient désormais l’AIPAC comme la peste.
Être vu aux côtés de l’AIPAC ne garantit plus une victoire lors des primaires. Au contraire, cela peut désormais mettre une candidature en danger. Dans de nombreuses circonscriptions, l’AIPAC a donc commencé à recourir à des comités écrans pour distribuer ses dons.
L’évolution des sentiments à l’égard d’Israël au sein de la base du Parti démocrate pousse également les candidats à la présidence à modifier leurs positions.
Les personnalités susceptibles de se porter candidates ne peuvent plus promettre un soutien inconditionnel à Israël. Elles cherchent, au contraire, à prendre leurs distances avec Israël et avec le lobby israélien. Même les démocrates du Congrès qui défendent Israël avec le plus de ferveur n’ont plus leur assurance d’autrefois.Tout le monde reconnaît aujourd’hui que Kamala Harris a perdu l’élection de 2024 parce qu’elle ne s’était pas engagée à suspendre le soutien militaire à Israël. Lors de l’élection de 2028, Israël constituera de nouveau un test.
C’est cette réalité qui fait dire au membre du Congrès Ro Khanna, après avoir vu le monstre de ses propres yeux et l’avoir directement rencontré en Cisjordanie :
"Que je sois candidat ou non, j’irai dans chaque coin de l’Amérique pour raconter leurs histoires, celles des Palestiniens, et expliquer ce qui se passe en Palestine Occupée."

