15:18, 14/09/2026, lundi
Smotrich veut expulser les Gazaouis pour 50 000 dollars
Le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich a proposé de verser 50 000 dollars à chaque Gazaoui pour qu'il quitte le territoire, vers des pays comme le Bangladesh ou le Tchad. Il qualifie de nouveau les deux millions d'habitants de Gaza de "nazis". Ces propos, tenus lors d'un podcast et relayés le 12 septembre 2026, prolongent une rhétorique de déplacement forcé que le droit international qualifie de crime de guerre.
Bezalel Smotrich a de nouveau franchi une ligne. Le ministre israélien des Finances a proposé, lors d'un podcast diffusé cette semaine, de payer 50 000 dollars à chaque habitant de Gaza pour qu'il quitte le territoire. Direction suggérée: le Bangladesh, le Tchad, le Congo ou le Cameroun.
Ces propos ne relèvent pas du dérapage isolé. Ils s'inscrivent dans une longue série de déclarations où Smotrich qualifie systématiquement les deux millions de Palestiniens de Gaza de "nazis". Cette fois, il va plus loin: il chiffre sa politique d'expulsion.
Ce que Smotrich a réellement dit
Le ministre reconnaît d'abord:
"C'est incontestablement une guerre, et quiconque en sort est un réfugié selon votre système, selon les instruments du droit international"
, concède-t-il.Cependant, il retourne aussitôt cet aveu en accusation. Selon lui, l'Europe et l'Égypte porteraient la responsabilité de la situation.
"Si chaque pays d'Europe acceptait d'accueillir 20 000 ou 30 000 Gazaouis, cette histoire serait réglée"
, affirme-t-il.Cette déclaration a été rapportée le 12 septembre 2026 par l'agence azerbaïdjanaise Azernews. Le lendemain, l'association CAPJPO-EuroPalestine a confirmé le contexte: lors du même podcast, l'animateur suggère d'expulser les Gazaouis
"vers des pays pauvres d'Afrique"
. Smotrich ne le contredit pas.L'aveu d'un chiffre: 50 000 dollars par personne
Le passage le plus glaçant concerne le financement de cette expulsion. Interrogé sur la destination des Gazaouis, Smotrich botte en touche.
"Ce n'est pas notre problème. On donne à chacun d'eux 50 000 dollars"
, déclare-t-il.Cette phrase mérite d'être lue lentement. Un ministre en exercice évoque, sans détour, l'achat du départ d'une population entière.
L'échange se poursuit sur un ton tout aussi choquant. À la question
"où vont-ils aller ?"
, Smotrich répond par une liste de pays pauvres: "Au Bangladesh, puis au Tchad, puis au Congo, puis au Cameroun".
Un vocabulaire qui ne trompe personne
Ce chantage financier ne sort pas de nulle part. Smotrich l'inscrit lui-même dans une logique plus large, qu'il assume publiquement.
"À mes yeux, il n'y a pas d'autre issue"
, tranche-t-il.Puis vient la phrase qui résume toute sa doctrine.
"Deux millions de nazis ne peuvent pas continuer à vivre ainsi"
, affirme-t-il, en parlant de la population civile de Gaza.Ce terme n'est pas nouveau chez lui. Depuis des mois, le ministre israélien désigne systématiquement les Gazaouis, enfants compris, par ce mot. Des experts en droit international y voient un langage de déshumanisation, préalable classique aux politiques d'épuration ethnique.
Une hypocrisie jamais assumée par Israël
Smotrich pointe du doigt
"l'hypocrisie européenne"
et "l'hypocrisie égyptienne"
. Selon lui, l'Égypte fermerait volontairement son passage frontalier pour "compliquer les choses".
Cette accusation ignore pourtant un fait documenté depuis des années. Le Caire refuse tout transfert de population parce qu'il y voit, à raison, une opération de nettoyage ethnique déguisée en aide humanitaire.
De plus, aucun pays n'a d'obligation à accueillir une population que l'occupant israélien cherche justement à faire disparaître de son propre territoire. Le droit international parle de déplacement forcé, pas de
"solution".
Une politique de "dissuasion" par le vide
Smotrich ne cache d'ailleurs pas l'objectif final de sa démarche. Vider Gaza de ses habitants réglerait, selon lui, un problème sécuritaire durable.
Cette logique a déjà un nom en droit international. Le transfert forcé d'une population civile hors de son territoire constitue un crime au regard du Statut de Rome.
Ainsi, un ministre en exercice théorise publiquement une politique que la justice internationale qualifierait de crime de guerre. Il le fait sans être inquiété par sa propre hiérarchie.
Une question rhétorique qui inverse les responsabilités
Smotrich termine sur une interrogation qu'il présente comme centrale.
"Comment la population de Gaza en est-elle arrivée là ?"
, demande-t-il.Cette question inverse pourtant l'ordre des causes. Gaza subit depuis des années un blocus, des bombardements massifs et une famine documentée par les Nations unies.
En revanche, Smotrich ne s'interroge jamais sur les responsabilités de l'occupation, de la colonisation en Palestine occupée (Cisjordanie), ni sur celles de son propre gouvernement. Le procès qu'il instruit vise systématiquement les victimes, jamais les auteurs.
Le droit international a un nom pour cette politique: le transfert forcé de population. Ce nom, Smotrich ne le prononce jamais.
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