Ouganda : le témoin clé du procès Besigye fragilise l'accusation
16:28, 19/09/2026, samedi
AFP

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Le témoin clé du procès Besigye fragilise l'accusationLe témoin clé de l'accusation dans le procès pour tentative de coup d'État visant l'opposant ougandais Kizza Besigye a multiplié les contradictions cette semaine à Kampala, fragilisant considérablement la thèse de la fronde armée contre le président Yoweri Museveni, ont indiqué des sources concordantes.
Un profil aux attributs douteux
Orlando
"Andy"
Wilson, présenté comme la pierre angulaire de la stratégie accusatoire, se définit sur les réseaux sociaux comme un ancien soldat britannique converti en enquêteur privé, photographe et garde du corps. Selon la biographie affichée sur le site de son entreprise Risks Incorporated, cet homme blanc d'une cinquantaine d'années revendique une expertise pointue dans les investigations sur le crime organisé, notamment les groupes mafieux issus de l'ex-Union soviétique, ainsi que des opérations antinarcotiques au Mexique. Il affirme avoir été approché en 2021 par un intermédiaire ougandais basé en Suisse, agissant pour le compte de Kizza Besigye, afin de fournir armes et formation militaire pour déposer le président Museveni.Contre-interrogatoire et contradictions flagrantes
Entendu depuis mi-août devant la juridiction de Kampala, le témoin avait enchaîné durant des semaines des dépositions accablantes pour l'opposition, assurant que l'ancien médecin personnel du président souhaitait bien mener un putsch contre celui qui dirige l'Ouganda depuis plus de quatre décennies. Toutefois, lors de son contre-interrogatoire mardi et jeudi, il a aligné les incohérences qui sapent désormais la crédibilité de l'accusation, allant à l'encontre de précédentes déclarations sous serment. Par ailleurs, ses aveux ont progressivement révélé des failles majeures dans la construction de l'affaire, alors que l'opposant comparaît pour complot et trahison.
Des preuves évanescentes et des armes plantées
L'accusation reproche à M. Besigye la possession de deux armes découvertes au Kenya, élément censé démontrer son intention de passer à l'acte dans son pays. Orlando Wilson a toutefois indiqué mardi sous serment que
"des policiers kényans"
les avaient "placés"
le 16 novembre 2024 "dans la chambre" nairobienne où il rencontrait l'opposant, contredisant la version selon laquelle celui-ci les détenait. De plus, il prétend avoir enregistré secrètement ce même jour une conversation compromettante via un chargeur de batterie dissimulant une caméra, mais "la vidéo n'était pas sauvegardée"
et la police kényane l'a effacée en manipulant l'appareil, a-t-il précisé devant les juges.L'affaire des formations militaires avortées
Le témoin soutient qu'il devait assurer le 23 juillet 2024 l'entraînement militaire de 36 proches de Kizza Besigye à Kisumu, dans l'ouest kényan frontalier de l'Ouganda, pour préparer le renversement du régime. En outre, il affirme que sa mission initiale consistait à trouver des équipements lourds, incluant grenades, drones et missiles sol-air, pour équiper ces recrues. Problème majeur pour l'accusation : ces 36 membres du Forum pour un changement démocratique (FDC), parti de l'opposant, avaient été arrêtés au Kenya avant la date fatidique et renvoyés en Ouganda où ils furent inculpés de délits liés au terrorisme, bien que le FDC affirme qu'ils devaient suivre une simple formation au leadership.
Dénonciations de fabrication par la défense
Les avocats de l'opposant ont aussitôt saisi ces contradictions pour dénoncer une machination judiciaire visant à éliminer le principal rival politique du régime. "Une démonstration claire que les charges sont fabriquées de toutes pièces et que Besigye et (son co-accusé) Obeid Lutale devraient être immédiatement remis en liberté", a affirmé l'ex-ministre kényane Martha Karua, qui assure la défense mais est interdite d'entrée en Ouganda. Par ailleurs, Eron Kiiza, un autre conseil ayant fui le pays, a accusé Orlando Wilson d'être
"l'auteur du complot, concocté avec les services de renseignement militaire"
et qui "travaille pour de l'argent",
ajoutant ironiquement que ses commanditaires auraient dû recruter quelqu'un de plus compétent.Contexte judiciaire et diplomatique
Kizza Besigye, malade, n'assiste pas aux débats et a refusé les avocats commis d'office par le tribunal, tandis que sa femme Winnie Byanyima, directrice de l'Onusida, dénonce des conditions de détention mettant sa vie en danger. Quelques heures après la prétendue réunion du 16 novembre, l'opposant avait été enlevé à Nairobi avant de réapparaître devant une cour martiale ougandaise, accusé de trahison, jusqu'à ce que la plus haute juridiction ordonne un transfert vers une juridiction civile. Selon la même source, le chef de la diplomatie kényane Musalia Mudavadi avait reconnu en mai 2025 avoir "
coopéré avec les autorités ougandaises"
dans cet enlèvement, justifiant cette entorse au droit international par "l'intérêt national",
tandis que l'ancien maire de Kampala Erias Lukwago, un autre défenseur, a été inculpé mi-juin de non-dénonciation de trahison et écroué.À lire également:

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