18:03, 13/08/2026, jeudi
Ouganda et Israël: la statue de Yonatan Netanyahu ravive une histoire sensible
Le 1er août 2026, l'armée ougandaise a inauguré à Entebbe une statue de Yonatan Netanyahu, frère du Premier ministre israélien, tué lors du raid de 1976. Commandé par le général Muhoozi Kainerugaba, ce monument scelle un rapprochement assumé entre Kampala et Tel-Aviv. Il éclaire une histoire militaire oubliée, une influence religieuse croissante et un basculement diplomatique qui interroge la solidarité africaine avec la Palestine.
À Entebbe, l'armée ougandaise vient d'inaugurer une statue de Yonatan Netanyahu, frère aîné de Benjamin Netanyahu, tué lors du raid israélien de 1976. Près de cinquante ans après l'opération, ce monument ravive une question plus large. Comment les liens historiques, militaires et religieux entre Israël et l'Ouganda ont-ils façonné les relations entre les deux pays ?
Le 1er août 2026, l'armée ougandaise a dévoilé à Entebbe une statue consacrée à Yonatan "Yoni" Netanyahu. Le monument se dresse près de l'ancien terminal de l'aéroport international. C'est à cet endroit que le commando israélien a trouvé la mort en 1976.
La statue a été commandée par le chef des forces armées ougandaises, le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président Yoweri Museveni. Pour saisir la portée de cette inauguration, il faut cependant remonter près d'un demi-siècle en arrière.
Entebbe 1976, un épisode qui n'a jamais disparu
Le 27 juin 1976, le vol Air France 139 reliant Tel-Aviv à Paris est détourné vers Entebbe, en Ouganda. Les pirates de l'air, membres du Front populaire de libération de la Palestine et d'un groupe allemand, réclament la libération de prisonniers palestiniens.
Le président ougandais Idi Amin joue alors un rôle de médiateur. Dans le même temps, il apporte son soutien aux ravisseurs. Israël décide finalement de lancer une opération militaire à près de 4 000 kilomètres de son territoire.
Dans la nuit du 3 au 4 juillet 1976, les commandos israéliens prennent d'assaut l'aéroport. Yonatan Netanyahu, qui dirige l'unité d'élite Sayeret Matkal, est tué durant l'affrontement. Il reste le seul militaire israélien mort ce jour-là.
Le bilan ougandais est en revanche bien plus lourd. Environ vingt soldats ougandais périssent pendant l'assaut. De plus, les Israéliens détruisent huit MiG stationnés sur la base militaire voisine. L'Organisation de l'unité africaine dénonce alors une violation de souveraineté.
Mais cette histoire comporte un paradoxe.
Ouganda et Israël: une alliance militaire oubliée
Avant de devenir adversaires, les deux pays entretenaient des relations militaires étroites. Israël a en effet formé les forces armées ougandaises de 1963 à 1972.
L'armée de l'air ougandaise s'est également constituée avec du matériel et un appui israéliens. Kampala était donc, pendant près d'une décennie, un partenaire privilégié de Tel-Aviv en Afrique de l'Est.
Puis la rupture arrive. Idi Amin expulse les conseillers israéliens en 1972 et se rapproche de la cause palestinienne. Quatre ans plus tard, l'armée israélienne revient à Entebbe. Cette fois, elle y tue des soldats ougandais et détruit une partie de la flotte aérienne du pays.
Pourquoi, dès lors, honorer aujourd'hui l'homme tombé lors de cette opération ?
Un monument qui affiche un choix diplomatique
Le général Muhoozi Kainerugaba présente le monument comme un instrument de rapprochement. Dès février 2026, il annonçait vouloir ériger la statue à l'endroit exact où Yonatan Netanyahu avait été tué.
Lors de la cérémonie, il a salué
"le courage, le devoir et le service désintéressé"
. Il a par ailleurs affirmé que l'amitié entre l'Ouganda et Israël "dépasse largement 1976"
. Il a enfin appelé les deux pays à faire front commun contre les menaces sécuritaires.Un représentant de la délégation israélienne a comparé le soutien ougandais à celui des Kénites, un peuple biblique allié d'Israël. La référence religieuse n'est donc pas un détail.
Un argument chrétien assumé
En mars 2026, le chef de l'armée ougandaise était allé beaucoup plus loin. Il déclarait que son pays entrerait en guerre aux côtés d'Israël en cas de menace existentielle.
Sa justification était explicitement religieuse.
"Nous soutenons Israël parce que nous sommes chrétiens"
, affirmait-il alors. Il a également expliqué, dans un message ensuite supprimé, que Jésus lui aurait demandé en rêve d'ériger ce monument.Le rapprochement ne relève donc pas seulement de la mémoire militaire.
Quand la géopolitique rencontre la religion
L'Ouganda compte parmi les pays africains où le christianisme évangélique et pentecôtiste pèse le plus lourd. Ce courant y dépasse 20 % de la population selon le Pew Research Center.
À l'échelle du continent, la progression est spectaculaire. En 2006, le même institut estimait à environ 107 millions le nombre de pentecôtistes africains, soit 12 % de la population. En 1970, en revanche, pentecôtistes et charismatiques réunis représentaient moins de 5 % des Africains.
Cette dimension religieuse irrigue aujourd'hui la relation entre Kampala et Tel-Aviv. Des responsables religieux ougandais défendent publiquement l'idée d'un lien privilégié entre chrétiens et Israël. Certains évoquent depuis des années le développement d'un tourisme religieux entre les deux pays.
Mais jusqu'où va cette influence ?
L'indépendance ne se limite pas au territoire
Un État peut être souverain juridiquement et rester influencé culturellement ou idéologiquement. L'histoire africaine offre de nombreux exemples de ce type.
La domination y passait rarement par les seules armes. Elle empruntait aussi l'éducation, les institutions, les échanges économiques ou la construction des récits historiques.
Il ne serait pas rigoureux d'affirmer, sans preuves solides, qu'Israël instrumentalise le pentecôtisme pour affaiblir le panafricanisme. Cependant, il reste légitime d'étudier la manière dont certains réseaux évangéliques et certaines lectures bibliques construisent une image très favorable d'Israël en Afrique.
Ce que ce monument dit aussi de la Palestine
Le choix ougandais intervient dans un contexte précis. Israël poursuit son offensive à Gaza et son expansion coloniale en Palestine occupée (Cisjordanie). Plusieurs États africains renforcent pourtant leurs liens avec Tel-Aviv, comme l'a montré la polémique autour d'un
éventuel accueil de réfugiés palestiniens par le Congo-Brazzaville
.Ce mouvement heurte une longue tradition de solidarité africaine avec la cause palestinienne. En effet, les luttes anticoloniales du continent se sont souvent construites en écho au combat palestinien. D'autres capitales suivent d'ailleurs le chemin inverse, à l'image de la Tunisie, dont le Parlement a examiné une
loi punissant toute normalisation avec Israël
.À Entebbe, une statue rappelle donc la mort d'un officier israélien. Aucune plaque, en revanche, ne rappelle avec la même solennité les vingt soldats ougandais tués la même nuit. C'est aussi cela, la mémoire officielle : un tri.
L'inauguration de cette statue dépasse largement le symbole. Elle acte un choix stratégique et religieux clairement affiché par le futur homme fort de Kampala.
Les prochains mois diront si ce rapprochement se traduit par des accords militaires ou sécuritaires concrets. Le débat, lui, est déjà ouvert sur tout le continent.
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