12:19, 05/10/2026, lundi
L’Algérie accélère le recul du français au profit de l’anglais
L’Algérie poursuit une politique de renforcement de l’anglais dans son système éducatif et certaines institutions publiques. Héritage de la colonisation, le français demeure largement utilisé mais perd progressivement du terrain. Cette évolution s’explique à la fois par les politiques d’arabisation engagées depuis l’indépendance, par les tensions récurrentes avec la France et par la montée de l’anglais comme langue internationale de référence dans les domaines scientifiques, technologiques et économiques. Le phénomène s’inscrit également dans une dynamique observée dans plusieurs pays africains.
L’Algérie poursuit son virage linguistique. Introduit à l’école primaire en 2022, l’anglais est désormais enseigné dès la 3e année primaire, tandis que le français ne débute qu’en 4e année. Une évolution qui illustre une transformation plus profonde touchant l’enseignement, l’administration et plus largement la place du français dans le pays.
Pour comprendre cette dynamique, il faut revenir sur l’histoire particulière de la langue française en Algérie.
Après l’indépendance en 1962, le français est resté largement utilisé dans de nombreux secteurs malgré la politique d’arabisation engagée par les autorités. L’écrivain algérien Kateb Yacine qualifiait d’ailleurs le français de "butin de guerre", une expression devenue célèbre pour décrire l’appropriation de la langue de l’ancien colonisateur par les Algériens eux-mêmes.
Pendant plusieurs décennies, le français a occupé une place centrale dans l’enseignement supérieur, notamment dans les filières scientifiques et médicales, mais aussi dans l’administration, les médias et le monde économique. Selon l’Organisation internationale de la Francophonie, près de 15 millions d’Algériens maîtrisent encore le français, soit environ un tiers de la population.
Mais cette situation évolue progressivement.
L’introduction de l’anglais dans le primaire en 2022 a marqué un tournant. Depuis, les autorités multiplient les initiatives pour renforcer son utilisation dans le système éducatif. L’objectif affiché est de rapprocher davantage l’Algérie des standards internationaux dans les domaines scientifiques et technologiques.
Cette évolution ne se limite pas à l’enseignement public. En septembre 2026, l’établissement Elite Kingdom School a inauguré à Chéraga, dans la banlieue d’Alger, une école proposant un cursus britannique Cambridge entièrement tourné vers l’enseignement anglophone. Après une première implantation à Oran en 2023, ce projet illustre l’intérêt croissant pour les formations en anglais.
Une évolution également visible dans les institutions
Le changement s’observe aussi au sein de certaines administrations et entreprises publiques.
Plusieurs organismes ont réduit l’usage du français dans leurs communications officielles au profit de l’arabe et de l’anglais. Sur le plan administratif, cette orientation s’est également traduite par une circulaire de la Direction générale des impôts entrée en vigueur le 1er février 2026, renforçant l’usage de l’arabe dans les documents et échanges administratifs.
Ces mesures s’inscrivent dans une politique plus large visant à consolider la place des langues nationales tout en favorisant l’anglais dans certains secteurs stratégiques.
Entre souveraineté culturelle et mondialisation
Le recul du français intervient dans un contexte politique particulier. Les relations entre Alger et Paris ont connu de fortes tensions ces dernières années, notamment autour du dossier du Sahara occidental et de plusieurs différends diplomatiques.
Pour de nombreux observateurs, la réduction progressive de la présence du français participe d’une volonté de renforcer l’autonomie culturelle et politique du pays vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale. Cette dimension symbolique accompagne toutefois une réalité plus pragmatique : l’anglais s’est imposé comme la langue dominante de la recherche scientifique, des technologies, du numérique et du commerce international.
L’Algérie n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Au Niger, les autorités ont retiré en 2025 au français son statut de langue officielle pour le remplacer par le haoussa comme langue nationale. Le français et l’anglais y sont désormais considérés comme des langues de travail. Le Mali et le Burkina Faso ont également pris leurs distances avec certaines institutions liées à la Francophonie.
Ces évolutions traduisent une tendance observée dans plusieurs pays africains: la volonté de réévaluer la place héritée du français dans les institutions nationales tout en cherchant de nouveaux repères linguistiques adaptés aux enjeux contemporains.
Pour autant, le français conserve aujourd’hui une place importante en Algérie. Son recul ne signifie pas sa disparition, mais plutôt une redéfinition progressive de son rôle dans l’éducation, l’administration et la société.
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