Moussa Hissein Moussa
12:28, 05/10/2026, lundi

Guinée-Bissau: Embaló vise la présidentielle du 6 décembre

Dix mois après le coup d’État qui l’a chassé du pouvoir, Umaro Sissoco Embaló veut retrouver la présidence de Guinée-Bissau par les urnes. L’ancien chef de l’État a annoncé, le 28 septembre à l’AFP, son intention de rentrer au pays et de participer à l’élection présidentielle prévue le 6 décembre 2026. Son projet intervient dans un cadre institutionnel profondément remanié, qui soulève notamment une question sur son éligibilité après plusieurs mois d’exil.

Les élections de décembre doivent permettre le retour au pouvoir des civils. Mais l’annonce d’Embaló remet aussi au premier plan les circonstances du putsch de novembre 2025 et les conditions dans lesquelles la transition militaire prépare le scrutin.

Un retour politique sur fond de coup d’État controversé

Lors de son échange avec l’AFP, Embaló n’a pas précisé la date de son retour. Le 29 septembre, Reuters a rapporté qu’il envisageait de rentrer le 4 octobre, en citant une source informée du dossier. Cette échéance reste donc un projet rapporté par l’agence.

L’ancien président a quitté le pays après la prise du pouvoir par les militaires, le 26 novembre 2025. Le putsch est intervenu à la veille de l’annonce attendue des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives. L’armée a interrompu le processus électoral, puis installé le général Horta N’Tam à la tête de la transition.

Les circonstances de cette rupture restent controversées. Plusieurs observateurs avaient soupçonné Embaló d’avoir lui-même orchestré le coup d’État pour éviter une défaite électorale. Ces soupçons ne constituent pas une démonstration de son implication, mais ils continuent de peser sur la lecture politique de son retour annoncé.

Le général Horta N’Tam, présenté comme un proche de l’ancien président, dirige aujourd’hui la transition. La charte adoptée en décembre 2025 lui interdit de se présenter à la prochaine présidentielle. Cette interdiction concerne le chef de la transition ; elle ne tranche pas la question distincte de l’éligibilité d’Embaló au regard des nouvelles règles électorales.

La prise du pouvoir par l’armée avait suscité une condamnation de l’Union africaine. Le 28 novembre 2025, son Conseil de paix et de sécurité avait suspendu la participation de la Guinée-Bissau aux activités de l’organisation jusqu’au rétablissement de l’ordre constitutionnel. Il avait également demandé que la Commission nationale des élections puisse achever le dépouillement et proclamer les résultats.

Le scrutin prévu en décembre 2026 s’inscrit donc dans une séquence ouverte par l’interruption d’une précédente élection. Pour les acteurs politiques comme pour les électeurs, la capacité des institutions à mener le vote jusqu’à son terme constitue un enjeu central.

Une nouvelle Constitution et une éligibilité incertaine

La transition a organisé, le 30 août 2026, un référendum sur une nouvelle Constitution. Selon les résultats provisoires annoncés par la Commission nationale des élections, le texte a été approuvé par 70 % des votants. Les autorités militaires présentent cette réforme comme un moyen de réduire l’instabilité liée au partage du pouvoir entre la présidence et le gouvernement.

La nouvelle Constitution permet au chef de l’État de nommer et révoquer le Premier ministre et les membres du gouvernement, et de dissoudre le Parlement en cas de grave crise politique. Le futur président disposerait ainsi d’une autorité accrue sur l’exécutif.

La réforme modifie également la représentation parlementaire, avec une réduction du nombre de sièges de 102 à 65. Elle dépasse donc la seule organisation de la présidence et transforme aussi les équilibres entre les institutions.

L’opposition a contesté ce processus. Le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, le PAIGC, avait appelé au boycott du référendum, estimant que les garanties politiques et institutionnelles étaient insuffisantes. Le renforcement de la présidence intervient ainsi dans un climat de désaccord sur les conditions mêmes de la transition.

Pour Embaló, une disposition retient particulièrement l’attention : les candidats à la présidence doivent avoir résidé de manière continue en Guinée-Bissau durant les cinq années précédentes. Cette exigence, absente de l’ancien cadre constitutionnel, pose la question des conséquences de son exil sur une éventuelle candidature.

Reuters a souligné, le 29 septembre, que l’effet de cette règle sur son éligibilité restait incertain. Son annonce politique ne permet donc pas, à elle seule, de conclure que sa candidature pourra être validée. Le traitement de cette condition sera un élément déterminant de la préparation du scrutin.

La crédibilité des élections dépendra aussi de garanties plus larges. Dans un communiqué du 5 mars 2026, l’Union africaine avait appelé à une transition inclusive et transparente, au respect des libertés fondamentales et à un dialogue associant les forces politiques et la société civile. Elle avait également insisté sur l’indépendance de la Commission électorale et de la Cour suprême, ainsi que sur la subordination des forces armées au pouvoir civil.

Au-delà du retour annoncé d’un ancien président, l’enjeu est donc institutionnel. Les élections du 6 décembre doivent permettre aux citoyens de désigner leurs dirigeants dans un cadre crédible et de voir leur choix respecté. C’est sur cette capacité à préserver le résultat des urnes que se jouera la sortie durable de la transition militaire.

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