12:44, 05/10/2026, lundi
ONU: l’Afrique réclame sa place, le Soudan proteste
Une représentation plus juste, des financements accessibles et le respect de la souveraineté : plusieurs pays africains ont porté ces revendications à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2026, à New York. Le Kenya a plaidé pour une réforme du Conseil de sécurité, tandis que le Ghana et l’Afrique du Sud ont insisté sur les obstacles financiers au développement. Le Soudan a dénoncé les interventions étrangères et l’absence du général Abdel Fattah al-Burhan, empêché de participer faute de visa américain.
Pris ensemble, ces discours font apparaître une préoccupation commune : disposer de moyens politiques et économiques pour agir sur l’avenir du continent. Ils abordent cependant des situations différentes, de la représentation dans les institutions internationales à la protection des populations confrontées à la guerre.
Conseil de sécurité, dette et climat: les demandes africaines
Le 23 septembre, le président kényan William Ruto a dénoncé le décalage entre l’égalité souveraine proclamée par l’ONU et le fonctionnement du Conseil de sécurité. Les 54 États africains membres de l’organisation ne disposent d’aucun siège permanent dans cette instance chargée du maintien de la paix et de la sécurité internationales.
Le Conseil compte quinze membres, dont cinq permanents : la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie. Les dix autres sont élus pour deux ans. Des pays africains participent donc aux travaux du Conseil, mais leur présence reste temporaire, sans les prérogatives attachées au statut permanent. Cette distinction est au cœur de la demande de réforme.
Modifier cette composition suppose toutefois de changer la Charte des Nations unies. Son article 108 exige l’adoption des amendements par les deux tiers des membres de l’Assemblée générale, puis leur ratification par les deux tiers des États membres, dont tous les membres permanents du Conseil. La réforme dépend ainsi aussi de l’accord des puissances qui détiennent déjà ces sièges.
La question financière a occupé une place tout aussi importante dans les interventions africaines. Pour les gouvernements concernés, les ressources consacrées au remboursement de la dette réduisent les possibilités d’investir dans les services publics, les infrastructures et l’adaptation climatique.
Le président ghanéen John Dramani Mahama a demandé aux pays développés de respecter leurs engagements climatiques au moyen de subventions prévisibles plutôt que de prêts. Son argument : les pays les moins responsables du réchauffement ne devraient pas s’endetter davantage pour faire face à ses conséquences. Il a évoqué les pluies irrégulières, l’érosion côtière et la désertification auxquelles sont confrontées les populations africaines.
Le 24 septembre, le ministre sud-africain des Relations internationales, Ronald Lamola, a lui aussi insisté sur le choix difficile entre répondre aux besoins des citoyens et satisfaire les créanciers. Il a appelé à une action multilatérale pour libérer les ressources absorbées par le service de la dette et les réorienter vers le développement. Il a également demandé des financements prévisibles pour renforcer la résistance aux catastrophes et accompagner la transition énergétique.
Ces interventions relient donc la réforme des institutions à des enjeux concrets: financer les écoles et les hôpitaux, reconstruire après les catastrophes et soutenir l’activité économique. Dans cette lecture, une représentation accrue doit aussi permettre aux États africains de mieux défendre leurs priorités budgétaires.
Soudan: le visa d’al-Burhan et les soutiens étrangers en cause
Le 28 septembre, le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mohieldin Salim Ahmed Ibrahim, a pris la parole à la place du général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée et président du Conseil de souveraineté de transition. Il a critiqué les États-Unis pour ne pas avoir délivré le visa nécessaire à sa participation.
Le ministre a présenté cet épisode comme une atteinte à l’égalité souveraine des États. Il a demandé à l’ONU de documenter l’incident et d’examiner le respect de l’accord de siège de 1947, qui encadre les obligations du pays hôte envers les représentants participant aux activités des Nations unies.
Selon une source diplomatique soudanaise et un analyste occidental cités par Reuters le 22 septembre, la délivrance du visa aurait été liée à l’acceptation d’un cessez-le-feu de 90 jours proposé par le conseiller américain Massad Boulos. Ce lien a été rapporté par l’agence sur la base de ces sources. Dans sa réponse citée par Reuters, le département d’État américain a affirmé vouloir travailler avec des partenaires sérieux pour la paix et accroître le coût de la poursuite du conflit pour les belligérants.
Au-delà du visa, le représentant soudanais a demandé l’arrêt des transferts d’armes, de munitions et de combattants étrangers. Il a particulièrement visé les réseaux soutenant les Forces de soutien rapide, engagées depuis avril 2023 dans une guerre contre l’armée soudanaise. Il a également rejeté les solutions imposées de l’extérieur, tout en affirmant l’ouverture du Soudan à des efforts de paix constructifs.
Les conclusions des enquêteurs de l’ONU dépassent néanmoins les accusations formulées par les autorités soudanaises. La mission internationale indépendante d’établissement des faits a documenté le rôle des soutiens extérieurs dans les capacités militaires des belligérants. Elle a aussi relevé de graves violations des droits humains et du droit international humanitaire commises par l’armée comme par les Forces de soutien rapide, dont certaines pourraient constituer des crimes de guerre.
Devant le Conseil des droits de l’homme, le 7 septembre, la mission a appelé les États à interrompre les soutiens militaires susceptibles d’alimenter ces violations, à faire respecter l’embargo sur les armes au Darfour et à soutenir son extension à l’ensemble du Soudan. Elle a également demandé la préservation des preuves et la protection des victimes et des témoins.
Le débat sur les ingérences rejoint ainsi une exigence immédiate: réduire les moyens qui prolongent les combats et protéger les civils. Pour les populations soudanaises, la portée des engagements diplomatiques se mesurera à leur traduction sur le terrain, dans l’accès à l’aide, la sécurité et les possibilités de retrouver une vie quotidienne.
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