16:16, 18/09/2026, vendredi
Israël: l'extrême droite s'en prend à la famille de la réalisatrice de "NAZA"
Le 16 septembre 2026, des dizaines de militants d'extrême droite ont manifesté à Savyon devant le domicile des parents de Rachel Szor, coréalisatrice du documentaire "NAZA". Menés par Mordechai David, ils ont scandé "peine de mort pour les traîtres". Le cinéaste Itamar Rose, venu contre-manifester, a été pourchassé et bousculé. "NAZA", primé à la Mostra de Venise, s'appuie sur des témoignages de militaires israéliens sur le ciblage de civils à Gaza.
Des tensions ont éclaté le 16 septembre 2026 devant le domicile des parents de Rachel Szor. La coréalisatrice du documentaire primé "NAZA" est visée depuis plusieurs jours par une campagne d'hostilité en Israël.
Des dizaines de militants d'extrême droite se sont rassemblés à Savyon, dans le centre du pays. Ils scandaient "peine de mort pour les traîtres" devant la résidence familiale. Le cinéaste et contre-manifestant Itamar Rose a été pris à partie, pourchassé et bousculé.
Un rassemblement mené par Mordechai David à Savyon
Le rassemblement s'est tenu mercredi soir à Savyon, une ville aisée du centre d'Israël. Des dizaines de manifestants ont convergé vers le domicile des parents de Rachel Szor.
Le militant d'extrême droite Mordechai David a mené l'action. Selon des captures diffusées en ligne, Roy Star figurait également parmi les organisateurs. Ce dernier est présenté par plusieurs médias israéliens comme un proche du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir.
Des sources rapportées par la presse israélienne évoquent la participation de militants et de membres d'équipes de campagne du parti Otzma Yehudit (Jewish Power). Cette information n'a toutefois pas été confirmée de manière indépendante à ce stade.
Selon Israel Hayom, la police et les gardes-frontières étaient présents sur place. Le rassemblement s'est ainsi déroulé sous surveillance policière.
"Peine de mort pour les traîtres"
Les manifestants brandissaient des pancartes hostiles aux deux réalisateurs. Certaines accusaient les cinéastes de
"trahison envers les soldats tombés de Tsahal"
. D'autres appelaient à "dénoncer les traîtres parmi nous".
Le slogan le plus rapporté reste toutefois
"peine de mort pour les traîtres"
. Plusieurs médias israéliens, dont Haaretz
, ont également rapporté des propos individuels appelant à ce que les réalisateurs soient jugés puis "envoyés à la potence"
. Ces propos, attribués à des manifestants non identifiés, doivent être lus avec les précautions d'usage.Mordechai David a par ailleurs menacé de traquer les réalisateurs à leur retour en Israël.
"Où qu'ils aillent, nous les poursuivrons, légalement (...) nous les bloquerons partout dans le pays"
, aurait-il déclaré dans une vidéo publiée mercredi, selon les propos relayés par le Times of Israel
.Itamar Rose pris à partie en marge de la manifestation
Le cinéaste Itamar Rose s'était rendu sur place en tant que contre-manifestant. Il a été pris à partie par des membres du groupe rassemblé devant la résidence.
Selon les images qui circulent sur les réseaux sociaux, Itamar Rose a été pourchassé et bousculé. Aucune interpellation n'a été signalée à ce jour concernant cet incident.
Le rassemblement s'est poursuivi un second soir, jeudi 17 septembre. Les manifestants scandaient alors
"expulsons les traîtres"
, selon le Times of Israel
.NAZA, le documentaire qui embrase Israël
Le documentaire "NAZA" est au cœur de cette controverse. Rachel Szor l'a coréalisé avec le journaliste Yuval Abraham.
"NAZA" a remporté le Prix spécial du jury à la 83e Mostra de Venise, samedi 12 septembre 2026. Sa première projection aurait été saluée par une ovation debout de 25 minutes, selon plusieurs médias.
Ce succès critique tranche avec l'accueil réservé au film en Israël. En effet, la sortie du documentaire a déclenché une vague de menaces contre ses créateurs et leurs proches.
Des témoignages de soldats israéliens sur les frappes à Gaza
Le film s'appuie sur les témoignages de 24 membres anonymes du renseignement militaire israélien. Ces sources affirment que les décisions de ciblage israéliennes intégraient systématiquement un nombre attendu de morts civiles palestiniennes à Gaza.
L'armée israélienne (Tsahal) rejette ces accusations. Le gouvernement israélien les qualifie également de mensongères.
Rachel Szor et Yuval Abraham avaient déjà coréalisé "No Other Land" en 2024. Ce film consacré aux démolitions israéliennes à Masafer Yatta, en Palestine occupée (Cisjordanie), avait reçu l'Oscar du meilleur documentaire.
Le gouvernement israélien monte au créneau contre les réalisateurs
La classe politique israélienne s'est saisie de l'affaire. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a promis une loi visant à retirer la citoyenneté à ceux qui
"diffament"
les soldats de Tsahal à l'étranger. "Leur place n'est pas parmi nous"
, a-t-il déclaré dans une vidéo publiée sur X.Le ministre de la Culture Miki Zohar a de son côté accusé les deux cinéastes de trahison. Il a réclamé le retrait de leur citoyenneté et demandé au Shin Bet d'enquêter sur un éventuel soutien du Hamas au film.
Le président Isaac Herzog a en revanche pris ses distances avec cette demande. Il a qualifié le film de
"honte"
, tout en jugeant la révocation de citoyenneté "totalement hors de propos"
, selon des propos rapportés par la chaîne N12.Cette controverse survient à cinq semaines des élections israéliennes, prévues le 27 octobre 2026. Le sort réservé au film s'invite ainsi directement dans la campagne.
Ce qu'il faut retenir
Le documentaire "NAZA" met en cause l'armée israélienne dans le ciblage délibéré de civils palestiniens à Gaza. Cette accusation, portée par d'anciens membres du renseignement militaire, vaut désormais à ses auteurs une campagne de menaces ouvertes.
La scène de Savyon illustre un climat de plus en plus hostile envers toute critique de l'armée israélienne. Elle intervient alors que le bilan humain de la guerre à Gaza continue de susciter l'indignation internationale.
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