17:33, 11/08/2026, mardi
Bénin: le "zéro papier" bouleverse l'administration publique
Le Bénin engage son administration publique vers l'objectif "zéro papier". L'État attend des économies sur les consommables et le stockage, ainsi que des services plus rapides pour les usagers. Mais les imprimeurs et gérants de kiosques de photocopie redoutent la disparition de leur activité. Ils réclament des formations et des mécanismes de reconversion. La réussite de cette réforme dépendra donc de sa capacité à inclure les acteurs économiques de proximité.
L'administration béninoise entre dans une nouvelle ère. En effet, le pays vise désormais l'objectif
"zéro papier"
dans ses services publics. Cette transition doit réduire l'impression, le stockage et l'archivage physique des documents.Ainsi, la réforme promet des services plus rapides et moins coûteux. Cependant, elle inquiète les professionnels de l'imprimerie. Entre espoir des usagers et craintes des artisans, le pari reste ouvert.
Le "zéro papier" au Bénin: une réforme d'ampleur
Chaque année, les ministères béninois traitent des millions de pièces administratives. De plus, ils les impriment, les classent et les conservent. Ce circuit coûte cher et ralentit les procédures.
C'est pourquoi l'État a choisi la dématérialisation globale. Cette option vise deux objectifs clairs. D'abord, rationaliser le budget public. Ensuite, optimiser les processus internes de fonctionnement.
Par ailleurs, la réforme s'inscrit dans une stratégie numérique plus large. Le Bénin mise depuis plusieurs années sur les services en ligne. La dématérialisation administrative en constitue donc l'étape logique.
Des économies budgétaires et logistiques attendues
Géronce Dovonou, chargé de communication, détaille la portée de cette décision gouvernementale. Selon lui, les gains sont à la fois financiers et logistiques.
"Dans un premier temps, il y aura une réduction des dépenses liées à l'achat de consommables informatiques. Ensuite, on aura une réduction liée aux coûts de stockage. Ces espaces-là vont être utilisés à d'autres fins utiles. Pour résumer, l'État ne réalise pas seulement des économies, mais il améliore la qualité des services publics à l'endroit des concitoyens"
, explique-t-il.Les mètres carrés libérés changent aussi la donne. En effet, les archives physiques occupent des locaux entiers. Ces surfaces pourront accueillir d'autres services.
De surcroît, la traçabilité des dossiers s'améliore. Un document numérique se retrouve en quelques secondes. À l'inverse, un dossier papier se perd facilement.
Les usagers saluent la fin des files d'attente
Du côté des citoyens, l'accueil est favorable. Les démarches en ligne suppriment de nombreux déplacements. Ainsi, les attentes aux guichets se raccourcissent.
Les entreprises y voient également un avantage direct. Un délai administratif plus court améliore leur trésorerie. De plus, la transparence des procédures limite les blocages.
L'argument écologique compte aussi. Moins de papier signifie moins de coupes et moins de déchets. Le Bénin affiche donc une ambition écoresponsable.
Le cri d'alarme de la filière du papier
Toutefois, l'enthousiasme n'est pas unanime. Les imprimeurs, les gérants de cabines de photocopie et leurs prestataires redoutent ce virage. Pour eux, la dématérialisation menace directement leur activité.
Narcisse Gnanhoui, gérant de kiosque de photocopie, exprime cette inquiétude sans détour.
"Nous nous demandons, en tant qu'imprimeurs ou photocopieurs, ce que ça peut nous créer comme inconvénients. Comment allons-nous en sortir avec nos machines ? Quand la chose était en papier, on trouvait des clients et on travaillait. Nous serions très reconnaissants que l'État s'y penche et pense à nous qui sommes dans ce domaine"
, plaide-t-il.Ces professionnels ont investi dans des équipements coûteux. Or, ces machines dépendent d'une demande administrative en chute. En revanche, aucun dispositif d'accompagnement n'a encore été annoncé.
Le secteur emploie par ailleurs de nombreux jeunes. Les kiosques de photocopie bordent les abords des ministères et des tribunaux. Leur modèle économique repose sur le flux de dossiers papier.
L'enjeu d'une transition numérique inclusive
Les prestataires du privé demandent donc l'ouverture d'un dialogue. Ils souhaitent des mécanismes d'accompagnement concrets. Parmi leurs demandes figurent les formations et les aides à la reconversion.
Plusieurs pistes existent déjà ailleurs. Ainsi, certains imprimeurs se tournent vers la communication visuelle. D'autres deviennent des points d'accès numériques de proximité. Ces relais aident les usagers peu à l'aise avec les démarches en ligne.
Cette dernière option mérite attention. En effet, la fracture numérique reste réelle au Bénin. Une partie de la population ne dispose ni de connexion stable ni d'équipement adapté.
C'est pourquoi les kiosques pourraient jouer un nouveau rôle. Ils accompagneraient les citoyens dans leurs formalités dématérialisées. La réforme créerait alors des emplois plutôt que d'en détruire.
Réussir le pari de la modernisation
En franchissant ce cap technologique, le Bénin réaffirme un choix clair. Il veut une administration moderne, rapide et écoresponsable.
Néanmoins, la réussite dépendra de deux facteurs. D'une part, la formation des agents publics au nouveau système. D'autre part, l'accompagnement de l'écosystème artisanal et commercial.
Le "zéro papier" ne se résume donc pas à une question technique. Il s'agit avant tout d'un choix de société. Reste à savoir si l'inclusion suivra le rythme de la modernisation.
Par Donatien SOWANOU, journaliste
A lire également:

International
Niger : bilan des trois ans du CNSP, les populations se prononcent

International
Bac 2026 au Bénin: la série C confirme son excellence

International
Mali : L'UA plaide pour l'ordre constitutionnel










