France : le CAE propose un plan "France 2040" face au décrochage dans la productivité
16:11, 17/09/2026, jeudi
AA

X
Selon ses estimations, si la France avait investi dans le numérique au même niveau que les États-Unis depuis 1995, entre 25 % et 50 % du retard de productivité aurait été résorbé en 2005, et entre 15 % et 30 % en 2025.Le Conseil d'analyse économique (CAE) a plaidé pour un plan "France 2040" afin de combler le retard de productivité de la France vis-à-vis des États-Unis, qui explique le décrochage du PIB par habitant.
Le constat alarmant du décrochage économique
Selon l'étude du Conseil d'analyse économique (CAE), le PIB par habitant de la France ne représente plus que 68 % de celui des États-Unis en 2025, contre 86 % en 1995. Ce décrochage traduit un creusement considérable de l'écart entre les deux économies en l'espace de trois décennies.
Cette divergence s'explique principalement par la faiblesse de la productivité du travail, soit la richesse produite par heure travaillée. Entre 1995 et 2025, celle-ci n'a progressé que de 0,8 % par an, soit deux fois moins vite qu'aux États-Unis (1,7 %), selon les données de la Banque mondiale citées dans le document.
La situation s'est encore dégradée au cours de la dernière décennie. La productivité française n'a crû que de 0,2 % par an, contre 0,64 % en Allemagne, 0,49 % en Espagne et 0,74 % dans l'ensemble de la zone euro.
Les freins technologiques à l'origine du retard
Le CAE attribue une part substantielle de ce décrochage aux difficultés de diffusion des nouvelles technologies au sein de l'économie française.
Internet, le cloud, les infrastructures de données et, plus récemment, l'intelligence artificielle, peinent en effet à se généraliser dans l'appareil productif tricolore.
Toutefois, l'organisme précise que le niveau d'investissement n'est pas le seul facteur en cause.
Selon ses estimations, si la France avait investi dans le numérique au même niveau que les États-Unis depuis 1995, entre 25 % et 50 % du retard de productivité aurait été résorbé en 2005, et entre 15 % et 30 % en 2025.
"Depuis le milieu des années 2000, le décrochage français ne vient donc plus seulement d'un retard d'investissement numérique, mais d'un rendement plus faible de cet investissement en gains de productivité"
, a analysé le CAE. Ce constat souligne l'importance cruciale de l'efficacité des dépenses technologiques.Un manque à gagner de plusieurs centaines de milliards
Xavier Jaravel, président délégué du CAE, a souligné l'ampleur de l'enjeu économique.
"Il y a un manque à gagner d'environ un tiers de revenu par habitant"
, a-t-il affirmé, estimant que la France pourrait être "plus riche d'un tiers de PIB par habitant".
Selon ses calculs, une telle progression pourrait générer jusqu'à 400 milliards d'euros de recettes publiques supplémentaires par an.
Par ailleurs, le CAE écarte l'hypothèse selon laquelle la baisse du temps de travail constituerait l'explication principale de ce décrochage, la diminution des heures travaillées ayant été compensée par la hausse du taux d'emploi des femmes et des seniors.
Vers un plan "France 2040" pour accélérer la transformation
Pour enrayer cette tendance, le CAE préconise de renforcer les dispositifs publics existants. Il propose notamment la mise en place d'un plan "France 2040", mobilisant un effort équivalent à 0,2 point de PIB par an, afin d'aider davantage les entreprises à adopter l'intelligence artificielle et d'autres technologies innovantes.
L'organisme s'est montré favorable aux appels à projets du plan France 2030. Ceux-ci ont produit des effets significatifs sur l'emploi, l'activité, l'investissement et la recherche et développement.
Les recettes supplémentaires générées au bout de trois ans dépassent même le montant des aides publiques accordées.
Le CAE affiche toutefois plus de réserve concernant le Crédit d'impôt recherche (CIR), qu'il juge
"très loin d'être autofinancé"
. Il préconise de mieux cibler ce dispositif, notamment en supprimant les incitations au-delà de 100 millions d'euros, susceptibles de constituer un
"effet d'aubaine"
pour les grands groupes.Pour rappel, le principal défi demeure d'améliorer la diffusion des technologies dans l'ensemble de l'économie, ce déficit de diffusion représentant à lui seul 64 % du décrochage de productivité lié au numérique, selon les données de l'étude.
A lire également:

International
France : les aides aux agriculteurs attendues "dans les prochains jours"

International
France : le PIB pourrait chuter de 3,6 % d'ici 2050

International
UE : la productivité accélère au deuxième trimestre 2026

International
Agriculture : la FNSEA réclame des aides rapides et n’exclut pas de nouvelles mobilisations
