BP enterre son ambitieuse stratégie climat et remet les gaz sur les hydrocarbures
11:54, 27/02/2025, jeudi
AFP

Ben STANSALLAFP
BP prévoit désormais une hausse de sa production d’hydrocarbures d’ici 2030, alors qu’il s’engageait auparavant à une réduction de 25% par rapport à 2019. Le géant pétrolier BP a officialisé mercredi son abandon progressif de sa stratégie de transition énergétique pour se recentrer sur le pétrole et le gaz.
Cette décision vise à redynamiser ses bénéfices en baisse et à augmenter les retours aux actionnaires.
Virage stratégique vers les hydrocarbures
Depuis 2020, BP affichait une politique climatique plus ambitieuse que ses principaux concurrents. Cependant, le groupe avait déjà amorcé un recul progressif de ses engagements environnementaux, et en décembre dernier, il annonçait une réduction
"significative"
de ses investissements dans les énergies renouvelables.Mercredi, le directeur général Murray Auchincloss a confirmé ce revirement stratégique :
"Nous allons accroître nos investissements et notre production"
dans les hydrocarbures pour maintenir une "énergie à forte marge"
et adopter une approche "très sélective"
sur les investissements liés à la transition.Il a également reconnu que BP était allé
"trop loin, trop vite"
, affirmant que "le pétrole et le gaz seront nécessaires pendant des décennies"
.Des objectifs climatiques abandonnés
BP a supprimé tous ses objectifs précédents, y compris ceux de réduction des émissions, à l'exception de celles issues de ses opérations directes. Désormais, l'entreprise privilégie:
- L'amélioration des rendements pour les actionnaires,
- Une réduction des coûts jusqu’à 5 milliards de dollars d’ici 2027,
- Un désendettement accéléré.
Ces mesures font suite à l'annonce en janvier de 4.700 suppressions de postes, soit plus de 5% des effectifs.
Production et investissements en hausse
BP prévoit désormais une hausse de sa production d’hydrocarbures d’ici 2030, alors qu’il s’engageait auparavant à une réduction de 25% par rapport à 2019.
L’entreprise consacrera désormais 10 milliards de dollars par an aux hydrocarbures, soit les deux tiers de ses investissements en 2025, contre 1,5 à 2 milliards pour la transition énergétique, en baisse de 5 milliards par an.
BP prévoit également 20 milliards de dollars de cessions d’ici 2027, ce qui pourrait inclure la vente de sa filiale de lubrifiants Castrol.
Cependant, cette refonte stratégique peine encore à convaincre les marchés financiers : l’action BP a chuté de 2% à la Bourse de Londres après ces annonces.
Pressions et réactions contrastées
Ce revirement suscite l’indignation des défenseurs du climat. Greenpeace, qui saluait en 2022 l’approche de BP, estime désormais que
"les entreprises pétrolières n’ont ni la volonté ni la capacité de résoudre la crise climatique"
, selon Charlie Kronick, responsable de l’ONG au Royaume-Uni.En parallèle, certains investisseurs institutionnels favorables aux objectifs climatiques expriment leur mécontentement.
Toutefois, BP subit aussi la pression d’investisseurs activistes, comme le fonds Bluebell, qui exigeait depuis plus d'un an un recentrage du groupe sur les hydrocarbures, jugeant ses ambitions climatiques
"irrationnelles"
. Le fonds Elliott Management, connu pour ses interventions stratégiques, aurait aussi pris une participation significative dans BP.Une tendance qui se généralise
BP n’est pas le seul géant pétrolier à revenir sur ses engagements climatiques :
- Shell a adopté une approche similaire pour renforcer sa rentabilité,
- TotalEnergies maintient ses objectifs de réduction carbone mais a réduit de 500 millions de dollars ses investissements prévus en 2025 dans les énergies bas carbone.
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