Après que le président Trump a annoncé la reprise de la guerre avec l’Iran, le
CENTCOM
a indiqué avoir mené, pendant trois jours consécutifs, des frappes dans différentes régions du pays. Après que l’Iran eut frappé des navires qu’il accusait d’avoir violé l’accord, Trump a annoncé le rétablissement du blocus du détroit d’Ormuz et évoqué l’instauration d’un droit de passage de 20 %.L’Iran a, de son côté, annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz. Il s’est presque ouvertement moqué de Trump en affirmant qu’il était raisonnable que la puissance chargée de protéger le détroit prélève un droit de passage.
En annonçant être parvenus à un accord destiné, en quelque sorte, à suspendre la guerre sans s’entendre sur aucune question fondamentale, les États-Unis et l’Iran avaient déjà laissé entendre que les hostilités pouvaient reprendre. Les deux parties ne négocient désormais plus seulement sur le dossier nucléaire ou la réouverture du détroit d’Ormuz, mais également sur la recomposition de l’équilibre régional des puissances. Le fait que chacune se considère en position de force réduit les chances de parvenir à un accord global.
Un processus de négociation fragile
L’accord d’Islamabad conclu en juin prévoyait une période de négociation de 60 jours. Il reportait certaines questions essentielles tout en employant des formulations ambiguës concernant le respect de plusieurs conditions.
L’Iran a accusé Israël de ne pas respecter l’accord, les États-Unis d’avoir repris leurs attaques, d’avoir annulé l’autorisation permettant la vente de pétrole iranien et de tenter de dicter la manière dont les avoirs iraniens gelés devaient être utilisés.
Les États-Unis ont, pour leur part, reproché à l’Iran de ne pas garantir la sécurité de la navigation, d’attaquer des navires commerciaux et de chercher à instaurer un régime de contrôle de fait dans le détroit d’Ormuz.
Même si chacune de ces accusations comportait une part de vérité, le problème fondamental résidait dans les intentions différentes avec lesquelles les États-Unis et l’Iran s’étaient assis à la table des négociations.
Les États-Unis avaient engagé les discussions en partant du principe qu’ils avaient détruit les capacités de l’Iran et qu’ils pourraient lui arracher des concessions sur de nombreux dossiers en suspens depuis des années. L’Iran estimait, au contraire, être sorti de la guerre avec des gains stratégiques et pensait pouvoir remodeler l’équilibre régional des puissances en réorganisant le régime de passage dans le détroit d’Ormuz.
Trump peut être considéré comme ayant réussi à contraindre l’Iran à accepter les négociations et à réaffirmer qu’il ne chercherait pas à acquérir la bombe nucléaire. Ces résultats ne correspondaient cependant pas à la capitulation stratégique souhaitée par Trump.
De son côté, l’Iran a conclu que sa résistance avait contraint les États-Unis à revenir à la table des négociations. Il a préféré considérer la promesse d’une levée des sanctions et l’ouverture de négociations comme des signes de faiblesse.
Ces intentions et orientations divergentes ont créé une dynamique qui rendait le processus de négociation fragile dès le départ. Celui-ci a finalement échoué précisément pour cette raison fondamentale.
Il reste évidemment possible de revenir aux négociations et de mettre fin à la guerre. La manière dont les deux parties évaluent leur propre position au moment de s’asseoir à la table des discussions demeure toutefois déterminante.
En d’autres termes, il peut être possible de mettre fin à la guerre, mais une paix durable ne semble pas envisageable tant que les causes profondes du conflit n’auront pas été éliminées.
Du dossier nucléaire à l’ordre régional
Avant la guerre, les capacités nucléaires de l’Iran se trouvaient au centre des discussions. Les États-Unis avaient annoncé à plusieurs reprises qu’ils n’accepteraient pas que ces capacités atteignent un niveau permettant la fabrication d’une bombe.
La lutte d’influence régionale entre Israël et l’Iran figurait parmi les principales causes ayant déclenché cette guerre.
Jusqu’à l’arrivée de Trump, les États-Unis avaient néanmoins organisé leur pression principalement autour de la question du désarmement nucléaire.Après l’opération menée au Venezuela, Trump a adopté une attitude beaucoup plus audacieuse. Il a cherché à détruire les capacités nucléaires et balistiques de l’Iran et espérait même, si cela était possible, provoquer un changement de régime. Cette approche a bouleversé tous les équilibres.
Comme lors de l’opération contre Qassem Soleimani pendant son premier mandat, Trump pensait que l’Iran ne serait pas en mesure d’apporter une réponse sérieuse et qu’il ne fermerait pas le détroit d’Ormuz. Lorsque ses calculs se sont révélés erronés, Trump s’est retrouvé engagé dans une guerre dont il était impossible d’obtenir rapidement l’issue souhaitée.
L’une des conséquences les plus importantes de la guerre a été la capacité de l’Iran à frapper les alliés des États-Unis dans la région et à provoquer une crise pétrolière mondiale en fermant le détroit d’Ormuz.
En démontrant également qu’il pouvait infliger des dommages significatifs à Israël, l’Iran a réussi à contraindre Washington à rechercher un cessez-le-feu. Il a cependant payé un prix élevé pour y parvenir et imposé de lourds coûts aux pays de la région.
L’administration Trump s’est tournée vers les négociations afin de réduire les pressions provenant de la région et de la crise pétrolière. La partie iranienne a, quant à elle, considéré la survie du régime et le contrôle du détroit d’Ormuz comme une victoire.
Ces dynamiques ont poussé les pays de la région à développer des voies énergétiques alternatives. Même si elles ont conduit les deux parties à la table des négociations, l’ordre du jour ne se limitera désormais plus au seul dossier nucléaire. Le nouveau régime du détroit d’Ormuz et la manière dont l’équilibre régional des puissances sera établi figurent également parmi les questions fondamentales.
Entre négociation et guerre
La principale raison de l’effondrement du processus de négociation ne résidait pas dans la réussite ou l’échec de la diplomatie, mais dans les conclusions différentes que Washington et Téhéran avaient tirées de la guerre.
Les deux parties ont supposé que la confrontation militaire avait renforcé leur position. Lorsque les négociations se sont retrouvées dans l’impasse, le retour au conflit est apparu comme la voie la plus rationnelle.
La décision de reprendre les affrontements témoigne de la volonté des deux parties de renforcer les cartes dont elles disposent.
Elle contribue cependant à approfondir encore davantage l’incertitude. Il faudra néanmoins nous habituer à ces mouvements de va-et-vient.Personne ne s’attendait évidemment à ce que de nombreux problèmes restés sans solution pendant des années puissent être réglés au cours d’un processus de négociation de seulement 60 jours.
Il est très probable que cette nouvelle phase de confrontations débouche elle aussi sur un nouveau processus de négociation. Une paix durable ne pourra toutefois être obtenue qu’au moyen d’un "grand marchandage" portant sur la manière dont l’équilibre régional des puissances doit être organisé.
Même si Trump souhaite parvenir à un tel accord, Israël fera tout son possible pour empêcher la conclusion d’un texte qui ne réduirait pas au minimum les capacités nucléaires, balistiques et régionales de l’Iran.
Dans la période à venir, le conflit et la négociation continueront donc d’être utilisés non pas comme deux solutions alternatives, mais comme deux instruments différents d’un même marchandage.
Il semble difficile de briser ce cycle tant que l’une des parties ne sera pas arrivée à la conclusion que la guerre ne renforce plus sa position.

