Pourront-ils sauver Netanyahu ?

Abdullah Muradoğlu
Abdullah MuradoğluAuteur Nouvelle Aube
09:16, 01/09/2026, mardi • Rédaction de Nouvelle Aube - Yeni Şafak Français français
Pourront-ils sauver Netanyahu ?

En 2024, la Cour pénale internationale (CPI) avait émis un mandat d’arrêt contre le génocidaire Benyamin Netanyahu pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ce mandat est toujours en vigueur. Les 124 États parties à la CPI, dont les 27 membres de l’Union européenne, sont tenus de remettre à la Cour toute personne visée par un mandat d’arrêt si elle entre sur leur territoire.

En l’absence de délai de prescription, Netanyahu ne pourra échapper à un procès tant qu’il sera en vie. Cette étiquette restera toujours accrochée à son cou. Que leur pays soit ou non partie à la CPI, serrer la main de Netanyahu, où que ce soit, reviendra pour les dirigeants de l’Union européenne à jouer avec le feu.


Netanyahu pris entre la CPI et ses procès


Par ailleurs, lorsqu’il tombera du pouvoir, son incarcération à l’issue des procès pour corruption qui le visent est considérée comme quasiment certaine. S’il a jusqu’à présent réussi à éviter la prison, les choses risquent de sérieusement se compliquer pour Netanyahu s’il perd les élections d’octobre. En dehors des États-Unis, il ne lui reste que très peu de pays où il pourrait trouver refuge. Et nul ne sait jusqu’où les États-Unis seront disposés à protéger et à soutenir Netanyahu.

Comme le montrent les exemples du chah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi et du dictateur philippin Ferdinand Marcos, les Américains sont connus pour abandonner les tyrans déchus, même lorsqu’ils ont été leurs alliés les plus fidèles.
Rappelons qu’après sa fuite, le chah déchu avait été contraint d’errer de pays en pays comme s’il était pestiféré.
Netanyahu joue les prolongations et il est du genre à pouvoir tout faire pour rester au pouvoir. L’état de guerre permanent est devenu pour lui un moyen de conserver le pouvoir. Parfaitement conscient du sort qui pourrait l’attendre,
Netanyahu cherche désormais à prolonger son règne en s’en prenant à la Türkiye.

De son côté, le président américain Donald Trump, incapable de maîtriser Netanyahu alors que celui-ci fait dérailler ses propres plans, a demandé à plusieurs reprises au président israélien Isaac Herzog de gracier Netanyahu. Trump sait qu’il ne pourra pas se débarrasser autrement de Netanyahu. Jusqu’à présent, Herzog n’a pas répondu favorablement aux appels insistants de Trump en faveur d’une grâce. Pour qu’Herzog puisse prendre une décision de grâce, Netanyahu doit être jugé et reconnu coupable. Or Netanyahu n’est pas certain qu’Herzog le graciera.


Washington veut aussi neutraliser la CPI


Trump s’agite également pour arracher Netanyahu aux mains de la CPI. Les États-Unis ne sont pas partie à la CPI. Pourtant, sous son mandat, Joe Biden avait déclaré soutenir la tentative de la CPI de juger le dirigeant russe Vladimir Poutine et avait même affirmé que les États-Unis coopéreraient avec la Cour. Trump, lui, travaille depuis son premier mandat à neutraliser totalement la CPI. Il avait même décidé d’imposer des sanctions à des membres de la Cour.

Au mois d’août dernier, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait annoncé que des sanctions étaient également imposées à la présidente de la CPI, Tomoko Akane, ainsi qu’à Abdoulaye Seye, avocat principal au Bureau du Procureur. Ces sanctions, qui comprennent des interdictions de voyager, le gel des avoirs et des restrictions concernant les relations commerciales avec des citoyens américains, font partie de la campagne menée contre la CPI. Selon Rubio, la faute d’Akane et de Seye est d’avoir directement participé à des efforts visant à enquêter sur des responsables de pays qui ne reconnaissent pas la compétence de la CPI, à les arrêter, à les placer en détention ou à les poursuivre.

En juillet, le département d’État américain avait également annoncé son intention de
"démanteler"
la CPI en utilisant
"tous les moyens"
à sa disposition. "Convaincre" d’autres pays de quitter la CPI, affaiblir la Cour par des interdictions de voyager et des sanctions supplémentaires visant la CPI et les organisations qui lui sont liées figurent parmi ces moyens. Dans ce contexte, l’annonce du nouveau gouvernement du Venezuela de son intention de se retirer de la CPI constitue une évolution notable, alors que le chef de l’État du pays et son épouse ont été enlevés par les États-Unis lors d’une opération militaire.
À propos de la campagne menée contre la CPI, Trump avait déclaré :
"[Rubio] n’essaie pas de me défendre. Il essaie de défendre Bibi et plusieurs autres personnes."
Quant aux faucons pro-israéliens du Congrès américain, ils prétendent que
"la CPI attend son tour pour juger les Américains"
, afin de dissimuler que leur véritable objectif est de protéger Israël et les génocidaires sionistes.
Trump, qui appelle Netanyahu
"Bibi"
, ne se contente pas de faire la guerre à l’Iran pour le sauver : il tente également de faire disparaître la CPI. C’est pourquoi les motivations qui se cachent derrière cette étrange "obsession pour Bibi" de Trump suscitent des interrogations. Je ne pense pas non plus que Trump versera des larmes si Netanyahu perd les élections. Au contraire, Trump poussera un profond soupir de soulagement. L’une de ses caractéristiques les plus connues est de perdre immédiatement tout intérêt pour les
"perdants".
Netanyahu et sa clique sioniste portent désormais, devant le tribunal de l’humanité, le sceau de
"meurtriers génocidaires".
Quels que soient ceux qui se tiennent derrière lui, Netanyahu ne pourra jamais se débarrasser de cette marque. Le sort de dizaines de milliers d’enfants palestiniens ne restera pas impuni et, tôt ou tard, justice sera rendue.
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