15:20, 17/07/2026, vendredi
Soudan : Hemedti condamné à mort, une décision historique au cœur de la guerre
La justice soudanaise a condamné à mort par contumace Mohamed Hamdan Daglo, plus connu sous le nom de "Hemedti", chef des Forces de soutien rapide (FSR). Cette décision, rendue par un tribunal siégeant à Port-Soudan, constitue l'une des plus importantes mesures judiciaires prises depuis le début de la guerre civile qui oppose l'armée soudanaise aux FSR.
Le tribunal a reconnu Hemedti coupable de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité, de génocide ainsi que de l'assassinat de Khamis Abbakar, gouverneur du Darfour occidental, tué en juin 2023 après avoir publiquement accusé les FSR d'attaques contre les civils.
Quinze autres responsables des FSR ont également été condamnés, parmi lesquels figure Abdel Rahim Daglo, frère de Hemedti et l'un des principaux commandants du mouvement armé.
Une condamnation liée aux massacres du Darfour
La décision de justice intervient après plusieurs enquêtes portant sur les violences commises dans la région du Darfour occidental, notamment à El-Geneina.
Selon les Nations unies, entre 10 000 et 15 000 personnes, principalement issues de la communauté Massalit, ont été tuées lors des attaques perpétrées en 2023. Plusieurs rapports d'experts de l'ONU, d'organisations humanitaires et de défense des droits humains ont documenté des exécutions sommaires, des violences sexuelles, des destructions de villages ainsi que des déplacements forcés de populations.
Les autorités judiciaires soudanaises estiment que les preuves réunies permettent de qualifier ces faits de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre.
Les FSR rejettent cependant l'ensemble de ces accusations et affirment ne pas avoir ciblé les populations civiles.
Le parquet soudanais a annoncé vouloir transmettre les condamnations aux mécanismes internationaux compétents, notamment Interpol, afin d'obtenir l'arrestation et l'extradition des personnes condamnées. Toutefois, une notice rouge d'Interpol ne constitue pas un mandat d'arrêt international automatique et dépend de la coopération des États concernés.
Une portée politique avant tout symbolique ?
Cette condamnation intervient alors que le conflit entre l'armée dirigée par Abdel Fattah al-Burhan et les FSR de Hemedti est entré dans sa quatrième année.
Déclenchée en avril 2023, la guerre est née d'un affrontement entre les deux principaux dirigeants de la transition militaire, incapables de s'entendre sur l'intégration des FSR au sein de l'armée régulière et sur la transition vers un pouvoir civil.
Depuis, les combats se sont étendus à une grande partie du territoire soudanais.
Selon les estimations des Nations unies, le conflit a provoqué des dizaines de milliers de morts et le déplacement de plus de 11 millions de personnes, faisant du Soudan l'une des plus graves crises humanitaires au monde.
Sur le plan juridique, cette condamnation revêt une forte portée symbolique. En pratique, les possibilités d'exécution de la peine restent limitées tant que Hemedti demeure hors de portée des autorités soudanaises et continue de bénéficier d'un appareil militaire actif sur le terrain.
Les spécialistes du droit international rappellent également que les procédures nationales ne remplacent pas les enquêtes internationales déjà ouvertes sur les crimes commis au Darfour.
Pour les victimes et leurs familles, cette décision représente néanmoins une reconnaissance officielle des crimes qui leur sont reprochés. Elle pourrait également renforcer la pression diplomatique sur les dirigeants des FSR et accroître leur isolement sur la scène internationale.
Reste à savoir si cette condamnation constituera un tournant dans le conflit ou si elle demeurera essentiellement un acte judiciaire à forte valeur symbolique, sans effet immédiat sur l'équilibre militaire au Soudan.
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