Soudan : l'ONU dénonce l'économie de guerre
14:10, 15/07/2026, mercredi
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Des Soudanaises se rassemblent pour partager un repas chaud dans le camp de déplacés d’al-Rahmaniyah, près de la ville d’El-Obeid, dans la région du Kordofan du Sud, le 7 juillet 2026.Les belligérants au Soudan tirent profit des ressources naturelles pour financer le conflit, contribuant à une crise devenue auto-entretenue depuis avril 2023, selon un rapport du Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme.
Un conflit auto-entretenu par les ressources naturelles
Selon le document publié mercredi, l'armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) exploitent les territoires, routes commerciales et matières premières pour financer leurs opérations militaires. Ce phénomène, qui s'inscrit dans une logique d'économie de guerre, alimente un conflit déclenché en avril 2023 et ayant fait plus de 200 000 morts selon certaines estimations humanitaires. Par ailleurs, le rapport souligne que ce système contribue à un conflit devenu de plus en plus auto-entretenu.
Les ressources pillées au détriment de la population
"Les immenses richesses en ressources naturelles du Soudan devraient bénéficier à sa population. Malheureusement, ce que nous observons aujourd'hui est tout le contraire", a déploré le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Volker Türk, cité dans un communiqué. "En réalité, ces richesses ne font qu'affaiblir les droits humains et alimenter le conflit, causant douleur et souffrances à une échelle considérable", a-t-il ajouté. De plus, M. Türk a appelé au démantèlement de ce système, incitant la communauté internationale à accorder une attention particulière aux matières premières et aux routes commerciales qui le maintiennent en vie.
La gomme arabique, ressource stratégique pillée
Le rapport examine en particulier le commerce de la gomme arabique, résine d'acacia dont le Soudan fournissait 70 à 80 % de la production mondiale brute avant le conflit. D'une valeur à l'exportation limitée, cette ressource demeure pourtant essentielle pour des millions de Soudanais. En outre, de nombreux acteurs de la filière ont fait l'objet de menaces, détentions arbitraires, pillages et extorsions de la part des parties au conflit.
En mai 2025, les FSR auraient ainsi saccagé la Bourse de la gomme arabique et ses entrepôts à El-Nuhud, dans le Kordofan-Ouest, provoquant une importante désorganisation du commerce local. Selon la même source, certaines quantités provenant des zones contrôlées par l'armée sont acheminées vers Port-Soudan pour être exportées, tandis que des volumes importants issus des territoires contrôlés par les FSR empruntent des routes de contrebande vers des pays voisins.
Responsabilité des entreprises et traçabilité
L'ONU met également en garde contre le rôle joué par certains États voisins et pays de transit, où la ressource pourrait être réétiquetée avant d'atteindre le marché mondial, complexifiant son contrôle. Volker Türk a ainsi appelé les gouvernements à renforcer les mécanismes de responsabilité et de traçabilité. Selon le Haut-Commissaire, les entreprises doivent examiner attentivement les itinéraires, intermédiaires et documents pour garantir l'accès à des mécanismes de réparation pour les victimes.
"Les entreprises ne peuvent pas continuer à fonctionner aveuglément lorsqu'elles s'approvisionnent auprès de chaînes de valeur touchées par un conflit", a déclaré M. Türk. Il a précisé qu'elles devraient mettre en place une vigilance renforcée, notamment en examinant plus attentivement les documents et les éventuels changements d'étiquetage.
Pour rappel, le conflit entre l'armée soudanaise et les FSR a éclaté en avril 2023, provoquant plus de 200 000 morts selon certaines estimations et déplaçant des millions de personnes.
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